1 juin 2010

A Angkor, le 31 mars 2010


Nous avons contacté sur le tard l'Association khmère des guides d'Angkor. Elle nous a fourni un guide anglophone (25 $ pour la journée, au lieu de 35 $ en français). Avec lui, nous sommes parties à bord du tuk-tuk de Nang – que nous avons employé les trois jours – à destination d'Angkor Thom (« grande cité »).
Cinq portes conduisent au fameux édifice : quatre aux points cardinaux, dont l'une surnommée « Porte de la mort » où étaient envoyés les condamnés vers une fin certaine, ainsi qu'une cinquième entrée à l'est, appelée « Porte de la Victoire », voyant revenir les guerriers victorieux. Ainsi, le roi depuis sa « tour d'observation » connaissait les moindres faits et gestes dans son royaume.
L'allée menant à la Porte Sud – celle que les touristes empruntent généralement pour se rendre à Angkor Thom car il s'agit de l'entrée la mieux reconstituée – est bordée d'une rangée de 54 démons (à droite) et d'une autre de 54 dieux (à gauche): un thème provenant du mythe du barattage de la mer de lait (cf. ci-dessous), avec comme différence deux nagas au lieu d'un seul serpent, Jayavarman VII voulant marquer, par cette symétrie, le changement de l'hindouisme au bouddhisme.
A l'intérieur de la ceinture des remparts, elle-même encerclée de douves (à nouveau une représentation du mont Meru entouré d'océans), s'élève le Bayon, le temple aux 216 visages sculptés dans la pierre. Surmontant 54 tours, ceux-ci veillent sur toutes les régions du pays.
Les explications historiques et mythologiques de notre guide nous ont captivées. Les fresques incrustées évoquent le passé guerrier et les scènes quotidiennes de ces hommes et femmes des temps ancestraux. Certaines coutumes, tel le sacrifice de buffles, sont remarquablement devenues l'apanage des minorités ethniques, populations les plus rurales du Cambodge contemporain.
Jayavarman VII (1181-1219), qui éleva Angkor Thom (ainsi que Ta Prohm), avait opté pour le bouddhisme mahayana, qui selon Lonely Planet était déjà populaire parmi ses sujets. Ce roi-bâtisseur fit construire des routes, des écoles et des hôpitaux dans tout l'empire. « Les centaines de temples qui subsistent ne constituent que la partie sacrée de l'immense centre politique, social et religieux de l'ancien Empire khmer, une cité qui comptait à son apogée un million d'habitants, alors que Londres n'en dénombrait que 50 000 » (LP). Les autres constructions, en bois ou avec d'autres matériaux moins durables que la pierre, n'auraient pas survécu à l'usure et aux caprices du temps (et du Temps). C'est aussi à Jayavarman VII qu'on doit la fête des eaux, commémoration de la victoire sur les Chams en 1181. La disparition de cet illustre souverain bouleversera la destinée d'Angkor : « Après la mort de Jayavarman VII (…), l'Empire khmer entama son déclin. L'hindouisme redevint la religion d'Etat pendant plus d'un siècle et les sculptures bouddhiques qui ornaient les temples hindous furent saccagées ou abîmées. Les Siamois pillèrent Angkor en 1351, puis de nouveau en 1431. La cour des souverains khmers se déplaça alors à Phnom Penh et ne revint que brièvement à Angkor au XVIe siècle. » (Lonely Planet)
A quelques centaines de mètres du Bayon se dresse une statue géante de Bouddha, assis sur un serpent enroulé sur lui-même dont la tête se dresse au-dessus de celle du Bodhisattva. Initialement présente au centre du Bayon, cette statue évoque l'épisode du serpent à sept têtes (naga) venu au secours de Bouddha pour le protéger des intempéries, envoyées par un démon cherchant à le distraire de sa méditation. Un statue similaire se trouve dans la tour centrale d'Angkor Vat (cf. photo).
Toujours à l'intérieur de la forteresse d'Angkor Thom, se trouve la Terrasse des Eléphants, ornée de pachydermes. Le Roi et son entourage s'y asseyaient pour regarder les jeux se produisant au stade. A quelques pas de là, la Terrasse du Roi lépreux – surnommée ainsi parce que la statue qui y trône a une main abîmée – accueillait les séances de tribunal présidées par le roi. Devant la terrasse, s'alignent douze tours en latérite. On raconte que des funambules s'y produisaient sur des cordes tendues entre les murs.
Après un déjeuner (diner) à Here We Eat, nous avons profité de l'ombrage au Ta Prohm pour poursuivre notre randonnée au frais. Les fromagers et figuiers étrangleurs étreignent les édifices de ce temple bouddhique, dédié à la mère de Jayavarman VII. C'est là qu'a été tourné Tomb Raider I avec l'actrice Angelina Jolie. Quant au film avec les tigres, « Deux Frères » de Jean-Jacques Annaud, il fut tourné, entre autres décors, au temple Beng Mealea (à 40 km du Bayon).
En tuk-tuk pour Angkor Vat, nous sommes passés devant le temple en grès Ta Keo, surnommé « temple Crystal », élevé en l'honneur de Shiva sur une montagne, symbolisant le mont Meru à nouveau. Le prasat (tour-sanctuaire de pierre) Preah Vihear (au nord du Cambodge), que dispute la Thaïlande au Cambodge, est un autre exemple de temple-montagne dédié à Shiva, construit celui-là en haut d'une falaise (525 m). Comme Angkor Vat, il est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Le « plus vaste édifice religieux du monde », Angkor Vat a été édifié en l'honneur de Vishnou, le dieu à huit bras. Ce temple, exceptionnellement orienté vers l'ouest – symbolisant la mort (Vishnou est également souvent associé à l'ouest), devait servir à la fois de temple et de mausolée pour Suryavarman II (1112-1152).
« A l'instar des autres temples-montagnes d'Angkor, Angkor Vat est une réplique miniature de l'univers. La tour centrale symbolise le mont Meru, entouré de pics plus petits (les autres tours), au milieu des continents (les cours inférieures) et des océans (la douve). Le naga à sept têtes [ornant souvent les escaliers et les ponts] représente l'arc-en-ciel, pont symbolique entre l'homme et la demeure des dieux. » (LP) Le temple exhibe des représentations de scènes du Ramayana (l'un des écrits fondamentaux de l'hindouisme) : par exemple, Rama (septième incarnation de Vishnou), avec une armée de singes, combattant le démon Ravana, ayant enlevé sa belle épouse Sita ; ainsi qu'une scène avec Krishna, huitième incarnation de Vishnou.
Une longue fresque représente le barattage de la mer de lait. « 88 asura (démons) sur la gauche et 92 deva (dieux) sur la droite (…) fouettent la mer afin d'en extraire l'élixir de l'immortalité. Les démons tiennent la tête du serpent et les dieux la queue (…) Soutenus par les apsaras [nymphes ou déesses célestes] (…) les dieux l'emportent. » (LP)
Au moment où le soleil entamait sa descente, Jane et moi, tout comme d'autres touristes, sommes montées admirer le panorama du sommet de la tour centrale.

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