13 mars 2010
De Phnom Penh à Bousra, le 4 novembre 2009
Mercredi 4 novembre, nous sommes partis à 7h30. La route jusque Bu Sra a de nouveau duré huit heures. Le ciel clair s'assombrissait à mesure que nous nous rapprochions de la forêt, bien que les nuages blancs dévoilaient des bribes d'un fond bleu azur. La terre des pistes avait séché, malgré les pluies survenues les jours passés. Cuits par la chaleur, les herbes folles sur les collines du Mondolkiri, agitées tel des vagues sous la force du vent, ont revêtu une robe dorée comme les blés.
Arrivés à la maison, nous avons rangé et installé nos objets de décoration. Alors que nous étions partis faire un tour en voiture sur la plantation en bordure du soir, nous avons été rattrapés par la pluie. Le vent se levait et la température baissait au point de nous donner des frissons. Au moment de nous coucher, nous avons évoqué les souvenirs phares de notre séjour à Phnom Penh. Une récompense que nous ne regrettons pas nous être accordée.
A Phnom Penh, le 3 novembre 2009
Grisaille dont nous a gratifiés le ciel ce matin 3 novembre. Nous sommes partis au restaurant Comme à la maison, où nous avait fixé rendez-vous un couple de Français, récemment arrivés au Cambodge pour travailler à l'Ambassade de France. L'Ambassadeur nous avait mis en contact. Laurence travaille à la Chancellerie et Mathieu à la Coopération. Il écrit également des romans dont le premier, « La ville sans regard », a été publié chez J.C. Lattès. Ils sont très sympathiques. Nous les reverrons certainement.
Plus tard dans l'après-midi, nous nous sommes coltinés la corvée – habituelle avant de repartir à Bu Sra – des courses au supermarché : d'abord Lucky, puis Thai Huot. Ensuite, Phearun nous a déposés au bout d'une rue adjacente au quai où se situe Le Bougainvillier. Nous avons profité d'une accalmie pour parcourir la distance nous séparant de notre logement. Alors que la pluie reprenait, nous avons regardé la fin des festivités sur le fleuve.
A Phnom Penh, le 2 novembre 2009
Lundi 2 novembre, nous sommes allés à la réserve animalière de Phnom Tamao. Située à 44 km de Phnom Penh, la plus grande réserve animalière du pays accueille des animaux confisqués à des trafiquants ou sauvés des pièges tendus par les braconniers (…) Mélange de zoo et de parc à safari, Phnom Tamao deviendra sans doute l'une des meilleures réserves animalières de la région dans les prochaines années. (Lonely Planet) « Il est très difficile d'observer la faune du pays, car les grands mammifères vivent dans des régions isolées et inhospitalières. Phnom Tamao est l'endroit idéal pour en découvrir l'incroyable variété. » (Idem) Ce qui nous a le plus marqués dans cette visite est le fait que notre guide était un sourd muet mimant ses explications avec des gestes. Nous suivait également un vendeur de noix de coco accrochées à sa bicyclette essayant de nous les faire acheter à tous prix : il lançait aux ours les fruits, sans attendre notre accord préalable, et insistait en citant les animaux qui mangent des cocos et ceux qui n'en consomment pas ; pour les éléphants, il nous a d'abord fait boire le jus avant de jeter aux pachydermes la coque renfermant la chair.
Le soir, nous avons revu Emeric, ami et ancien camarade de classe de Geoffroy, qui était revenu de Siem Reap, où il s'était fait mordre par un serpent, sans fâcheuse conséquence heureusement. Il était venu nous voir la semaine précédente à Bu Sra et avait passé quelques jours avec nous. Il devait s'envoler le lendemain pour retrouver en France la grisaille.
A Phnom Penh, le 1er novembre 2009
1er novembre, la fête de l'eau a officiellement commencé. Bon Om Tuk commémore la victoire de Jayavarman VII sur les Chams qui occupaient Angkor en 1177. Ce festival a donc lieu dans deux villes importantes du Cambodge : la capitale, Phnom Penh, évidemment, mais aussi Siem Reap, près de laquelle se situe la cité d'Angkor, ancienne capitale du royaume. Des courses de bateaux ont lieu sur le fleuve. Chaque embarcation, décorée de couleurs vives, est propulsée par une quarantaine de rameurs. Jusqu'à deux millions de visiteurs affluent dans la capitale pour profiter des réjouissances. (Lonely Planet)
La fête marque aussi l'inversion du cours du Tonlé Sap (tonlé signifie « fleuve »). « De la mi-mai au début octobre (la saison des pluies), le niveau du Mékong augmente rapidement, refoulant les eaux du Tonlé Sap et renversant son cours vers le nord-ouest et dans le lac du même nom. La superficie passe alors de 2 500 km2 à 13 000 km2, voire plus, et sa profondeur maximale, de 2,20 m à plus de 10 m. Vers le début du mois d'octobre, le Mékong amorce sa décrue, le Tonlé Sap reprend son cours normal et draine le surplus du lac vers le Mékong. Ce processus extraordinaire fait du Tonlé Sap l'une des plus riches réserves de poissons d'eau douce du monde (…) » (idem)
Après le (petit) déjeuner, nous sommes partis en longeant la berge vers le nord du centre-ville où se dresse le Vat Phnom. En plus de symboliser la fondation de Phnom Penh – Madame Penh y déposa les quatre statues du Bouddha trouvées dans le tronc d'un arbre flottant sur le fleuve –, la seule colline de la ville abrite des singes gesticulant ou paressant dans les tamariniers. « Beaucoup viennent aujourd'hui y prier pour la réussite aux examens ou dans les affaires. Quand un vœu est exaucé, le fidèle revient porter l'offrande promise lors de la supplique – guirlande de jasmin ou bananes, dont les esprits seraient particulièrement friands (…) Mendiants, gamins des rues, vendeurs de boissons et d'oiseaux en cage (on paie pour les libérer, mais ils sont dressés à revenir dans leur cage) sollicitent les visiteurs sans trop d'insistance. » (Lonely Planet)
Après nous être délectés de la fraîcheur ombragée qu'offre le Vat Phnom, nous avons continué notre promenade en suivant le tracé du guide Lonely Planet. Nous nous sommes arrêtés siroter un pot au Bar des Ecrivains de l'hôtel Le Royal, appelé ainsi en l'honneur des journalistes et écrivains qui y résidaient pendant la guerre. Ensuite, nous avons foulé les rues animées, en passant par le marché central et explorant la rue 240, réputée pour ses boutiques, de stylistes notamment. J'ai acheté des vêtements dans la boutique Sông, fabriqués au Vietnam d'après une vendeuse. Nous avons déjeuné (diné) au Sugar Palm, à côté, où j'ai pu goûter une spécialité cambodgienne, le délicieux amoc, curry de poisson à la noix de coco tandis que Geoffroy dégustait un lok lak (dés de bœuf sautés au sel, poivre et jus de citron).
Nous avons ensuite monté le boulevard Sothearos où l'animation commençait à gagner son plein et la foule à croître. En arrivant devant le Palais royal, les hommes en uniforme ordonnaient aux gens de se mettre sur les abords des trottoirs pour libérer le passage. Nous avons vu venir un cortège de voitures, transportant probablement le Premier Ministre Hun Sen. Puis ce fut au tour de la famille royale de rejoindre la tribune d'honneur. Avant la sortie du souverain, les pigeons ont effectué une danse énigmatique, s'envolant des flèches du palais et tourbillonnant dans le ciel au-dessus de nos têtes. Ayant regagné notre hôtel, après une randonnée de 6 heures, nous sommes montés prendre un rafraichissement sur le balcon.
De notre observatoire, nous avons assisté au feu d'artifice magistral explosant au-dessus du fleuve, déployant ses éclats réverbérés sur les flots, sous la bienveillance de la lune argent. Une série de barges décorées avec des illuminations défilait sous les éclairs artificiels. Nous avons été impressionnés par le spectacle, même si, à mon avis, Bangkok doit offrir un festival encore plus grandiose.
A Phnom Penh, le 31 octobre 2009
Samedi 31 octobre, après un (petit) déjeuner au saut du lit, Geoffroy et moi avons quitté le Phnom Penh Hotel pour nous rendre en voiture, conduite par Phearun, au marché russe (Phsar Tuol Tom Pong), surnommé ainsi par les étrangers car les Russes y faisaient leurs courses dans les années 1980. On y trouve de tout, notamment des vêtements de marques internationales, provenant des fabriques alentour, à des prix défiant toute concurrence. (Lonely Planet) Nous avons acheté deux nattes de couleur naturelle bordées d'un contour marron pour remplacer les nattes affreuses dans le séjour – l'une au motif fleuri, l'autre ressemblant à un tapis de prière musulman –, deux abat-jours en tissu orangé et deux boîtes en bois pour mouchoirs.
Puis, nous sommes allés à l'incontournable musée Toul Sleng ou musée du génocide. « En 1975, les forces de sécurité de Pol Pot investirent le lycée Tuol Svay Prey et en firent la prison de haute sécurité 21, ou S-21. Elle devint rapidement le plus grand centre de détention et de torture du pays. Entre 1975 et 1978, plus de 17 000 détenus du S-21 furent massacrés au camp d'extermination de Choeung Ek. Le S-21 est devenu le musée Toul Sleng, un témoignage bouleversant des atrocités commises par les Khmers rouges (…) Les Khmers rouges tenaient des registres méticuleux de leurs exactions. Chaque prisonnier qui arrivait au S-21 était photographié, parfois avant et après une séance de torture. Plusieurs salles sont entièrement tapissées de photos en noir et blanc d'hommes, de femmes et d'enfants, presque tous exécutés par la suite (…) » (Lonely Planet) Des étrangers, français, américains et australiens ont aussi été détenus et assassinés. « Quand l'armée vietnamienne libéra Phnom Penh au début de l'année 1979, elle ne trouva que sept prisonniers vivants au S-21 ; ils devaient leur survie à leur talent de peintre ou de photographe. Quatorze autres avaient été torturés à mort alors que les Vietnamiens approchaient de la ville. Dans les salles où ils furent retrouvés, des photos témoignent du sort atroce qu'ils connurent. Ils sont enterrés dans le jardin de l'ancien lycée. La visite de Toul Sleng est éprouvante. L'aspect banal du lieu le rend d'autant plus épouvantable : l'environnement urbain, la simplicité des bâtiments scolaires (…) les lits rouillés, les instruments de torture, les barbelés empêchant les prisonniers de se jeter des balcons et les cellules improvisées évoquent la face la plus terrifiante de l'humanité (…) » (Lonely Planet)
Quoi que la visite fut instructive (le documentaire du réalisateur franco-cambodgien, Rithy Panh, Bophana, étant projeté sur place), nous avons trouvé les locaux mal entretenus et la présentation du contenu peu soignée. Nous aurions souhaité plus d'efforts de reconstitution ainsi qu'une plus grande netteté des photographies et davantage de considération des victimes, par exemple en plaçant une limite dans les chambres de torture que les visiteurs ne pourraient franchir.
Après avoir quitté le musée de l'horreur, nous avons pris la direction de notre hôtel pour le reste du séjour, le Bougainvillier, situé sur le Quai Sisowath. Le choix de cet hébergement s'explique par la situation du lieu, favorisant la vue sur le fleuve, permettant d'assister à la fête des eaux sans en perdre une miette et en évitant le bain de foule. Le personnel nous a reçu impeccablement dans un cadre soigné et une déco orientale raffinée. Un serveur nous a offert un verre de jus de mangue, accompagné d'une serviette rafraichissante. Nous sommes ressortis dans la rue pour aller à notre chambre logée dans le bâtiment au-dessus de celui voisin. Située au quatrième étage – parfait pour voir sans être vu –, la suite s'ouvre sur un patio couvert d'un toit de paille, abritant la salle de bain et un salon d'extérieur. En face, une autre porte accède à la chambre spacieuse aménagée sous les combles et ornée d'un lit, d'un secrétaire, d'une garde-robe, d'un meuble bar-TV et d'un salon en rotin tourné vers le fleuve. Ce mobilier confirme les dires d'une connaissance selon lequel le patron, français, serait un amateur d'art. Une petite terrasse, où jonchent des grands pots dans lesquels poussent des bougainvilliers blancs et roses et gardée par une balustrade en fer forgé, offrait une vue imprenable sur les préparatifs de la fête. Geoffroy a immortalisé les réjouissances avec son appareil photo Reflex et suivi la scène grâce à ses jumelles.
Vue d'ici, il semble bien que Phnom Penh est la perle de l'Asie. Notre impression générale est l'excellence visée par les prestataires du secteur tertiaire dans le pays. La qualité, notamment du service, est ordinaire au sens d'habituel ; la variété des expériences est étonnante pour nous qui sommes des novices du tourisme en Asie. La seule ville de Phnom Penh déborde de potentiels et talents qui méritent d'être connus et explorés. Le joyau le plus précieux réside dans la serviabilité des gens : ici, le client est roi.
Après un déjeuner (diner) au KWest, brasserie de type anglo-saxon, nous sommes allés au Musée national. Il occupe un joli bâtiment traditionnel en terre cuite, construit entre 1917 et 1920 au milieu d'un jardin charmant. Le musée comprend quatre salles ouvertes sur un patio. (Lonely Planet) « Le musée renferme la plus belle collection au monde de sculptures khmères, plus d'un millénaire de somptueuses réalisations d'un art exceptionnel. » (Idem) Geoffroy et moi avons particulièrement apprécié nous asseoir dans la cour après la visite : les plantes attirent quelques oiseaux et papillons dans ce décor d'un autre temps, masquant la réalité urbaine proche.
A notre retour à l'hôtel, les spectateurs commençaient à affluer vers le centre de gravité. Nous avons siroté un apéritif assis à la terrasse du restaurant du Bougainvillier tandis qu'un spectacle pyrotechnique
déclinait ses couleurs chatoyantes devant nous au-dessus de l'eau où plongeaient les feux d'artifice et autres paillettes scintillantes. Nous avons mangé à l'intérieur, dans un cadre aéré et élégant, bercé de rythmes chauds latino. Après s'être rempli l'estomac de mets gastronomiques savoureux, nous sommes partis pour une balade digestive le long de la croisette cambodgienne. Les quais ont récemment été rénovés ; il reste à planter des palmiers et cocotiers entre les allées. Ayant entendu du bien du pub Memphis, j'y ai emmené Geoffroy. Encore un peu tôt pour les sorteurs phnompénois, nous avons bu une bière tous les deux dans le bar ayant pour thème le rock and roll. Le concert commençait à 22h30. Le public a peu à peu investi la salle : principalement des jeunes professionnels, dont Maia, juriste, à qui l'équipe de l'étude d'impact a confié une analyse juridique contenue dans les termes de référence. C'était une drôle de coïncidence de la voir, vêtue d'une tenue de collégienne, que nous avons ensuite imputée au fait qu'elle chantait dans le groupe !
A Phnom Penh, le 30 octobre 2009
Vendredi 30 octobre, Geoffroy et moi sommes allés au bureau de Phnom Penh. Nous devions également passer à la banque chercher notre carte… deux mois après avoir ouvert notre compte ! J'avais rendez-vous chez le coiffeur à 13h00. La femme de l'Ambassadeur de France m'avait recommandé De Gran, salon de beauté, dont le patron est japonais. C'était une aventure dans laquelle Geoffroy m'a accompagnée. Nous avons franchi un portail derrière lequel s'étendait une allée de grands carreaux blancs ; de chaque côté un bassin étiré en longueur ruisselait d'eau cristalline. Dans la bâtisse en face, tout le monde attendait derrière l'immense baie vitrée pour nous accueillir, y compris des femmes avec casque et micro. Une première dame à la réception nous a invités à nous asseoir dans la salle d'attente pourvue de chaises écarlates. Le maître a débarqué en nous honorant d'un salut japonais : inclinaison avec les mains posées sur les cuisses. Il avait une allure fantasque, avec sa trousse de ciseaux et peignes attachée à la ceinture. Une assistante cambodgienne a traduit notre échange anglo-japonais à propos de la coupe. Puis, je suis partie au lavage qui offrait une expérience à part entière : il dure plus longuement que d'ordinaire, comprend deux applications de shampooing et un soin et se ponctue de massages vigoureux des tempes et de douces caresses avec le pommeau, pendant que les yeux sont couverts d'un linge cotonneux. Après l'étape du lavage, je suis allée prendre place sur un siège face à un miroir sous un éclairage éblouissant, mélange de lumière naturelle et artificielle. Il faut savoir que la couleur dominante de la salle, ouverte sur l'extérieur, est le blanc et le matériau principal le verre, ce qui favorise la réverbération. Bref, pendant toute la durée de la coupe, j'ai tenu mes yeux à demi ouverts tant l'éblouissement me gênait. Ce qui fut le seul désagrément à l'ensemble. L'artiste m'a coiffée avec assurance tout en discutant avec Geoffroy et moi, par le truchement de son interprète. Son maniement rapide des outils, ses déplacements agiles et son air absorbé dans l'action m'ont incitée à le comparer à Edouard aux mains d'argent. Geoffroy l'a d'ailleurs complimenté en lui disant que c'était agréable de le regarder travailler. Après un rinçage final et le séchage, puis le paiement, nous sommes sortis de l'enceinte, suivis de la troupe. Quand la voiture s'est mise en route, le maître et ses assistants alignés nous ont remerciés par un salut japonais simultané en pleine rue.
De Bousra à Phnom Penh, le 29 octobre 2009
Jeudi 29 octobre, j'ai entrepris un nouveau voyage vers Phnom Penh, cette fois, à ma grande joie, en compagnie de Geoffroy. Nous attendions ce séjour avec impatience. J'avais préparé minutieusement le programme, tenant compte de la raison principale de notre déplacement vers la capitale : la célèbre Fête des Eaux, du 1er au 3 novembre. Le couronnement du roi Sihamoni, le 29 octobre, et, le 31, l'anniversaire de son père, Sihanouk, prolongeaient notre congé de deux jours.
En route pour Phnom Penh, partis d'heure matinale, nous avons admiré le ciel d'un bleu immaculé éclairant les rondeurs du Mondolkiri. Nous nous sommes à nouveau étonnés de la diversité des fleurs, plantes et arbres, à la croissance sauvage ou plantés dans les jardins bordant les habitations. Dans la plaine, le riz mûr, prêt pour la récolte, colore les rizières d'une teinte dorée. Geoffroy aimerait survoler ces champs arborant des formes géométriques. Les eaux, en décrue, étincelaient sous les rayons du soleil culminant dans le ciel. Je ressentais à la fois la gaieté de partir en congé et le malaise de me rapprocher de la pollution urbaine.
Le voyage dura presque huit heures, malgré l'amélioration de la route. Peu après notre arrivée au Phnom Penh Hotel, Geoffroy et moi sommes allés nous détendre dans la piscine. Ensuite, nous avons poussé la porté du centre de bien-être et jeté notre dévolu sur une formule pour couple « steam-sauna-jacuzzi, massage des pieds et de la tête ». Comme nous devions être séparés pour le spa, nous sommes passés directement au massage. Le massage des pieds a lieu dans une grande pièce où trônent de nombreux fauteuils confortables. Après un bain de pieds chaud, la masseuse – la même que la fois précédente dans mon cas – malaxe la partie inférieure des jambes pendant une heure. Pendant ce temps-là, le client est libre de regarder la chaîne de télévision thaïlandaise – très moderne – ou de fermer les yeux. Quant à Geoffroy et moi, nous parlions entre nous pendant ce moment de délassement. Ensuite, les deux femmes nous ont emmenés dans une pièce où se trouvaient deux lits. Il n'y avait aucune musique, mais une lumière tamisée émanant du plafond et des photophores. Les masseuses nous ont alors palpé la tête, sans toutefois négliger la nuque, les bras, le dos… et le buste pour moi. La masseuse, frêle, a une force surhumaine dans les doigts. Après avoir regagné notre chambre et pris une douche, nous sommes allés manger au restaurant khmer-thaï au rez-de-chaussée de l'hôtel.
A Bousra, du 5 au 18 octobre 2009
Revenons sur les grands événements de la période écoulée. D'abord, Manu nous a quittés, suite aux coups qu'il a portés à Dimitri. Ensuite notre chienne est en chaleur ; nous devons donc prendre des précautions pour qu'elle n'ait pas de rapport avec son père. La vétérinaire nous ayant expliqué que la pilule est dangereuse pour les chiens – utilisée par les femmes jadis, je préfère ne pas lui donner, et attacher les chiens à nouveau, si possible le plus loin possible l'un de l'autre afin qu'ils ne puissent se rencontrer. Cependant, j'essaye de les lâcher deux fois par jour dans l'enclos. Le reste du temps, ils peuvent se balader le long de la corde. De toute façon, ils préfèrent généralement rester à l'ombre, à moins qu'une proie ne passe dans le jardin. Les chaleurs chez la chienne se produisent heureusement seulement deux fois par an ; elles durent maximum trois semaines et la chienne est censée être la plus féconde entre le 9e et le 14e jour. D'après ce que j'ai lu sur internet, pour la chatte, c'est une autre histoire. Il faudra certainement qu'on intervienne chez ces animaux d'une manière ou d'une autre (contraception ou opération).
J'ai continué à m'impliquer dans les études AFD, en particulier pour l'étude de faisabilité. Celle-ci constitue en fait l'ossature sur laquelle viennent se greffer l'étude d'impact, le plan de gestion et le plan de réinstallation. Par exemple, j'ai récolté des informations concernant les données sociales de la concession, c'est-à-dire des renseignements relatifs au personnel, à leurs conditions de travail, aux procédures administratives liées aux ressources humaines. J'ai commencé à rédiger le texte décrivant ces questions. Je serai peut-être bientôt amenée – à la demande de Philippe – à m'occuper d'autres aspects de cette étude, concernant entre autres les composantes « plantations d'hévéas familiales » et « jardins à bois certifiés », que le prêt non-souverain visé par les études doit permettre de développer.
Geoffroy et moi avons continué notre installation dans la maison de village en bois sur pilotis. Nous avons d'abord ordonné les diverses boîtes dans la chambre convertie en grenier. Puis, nous avons posé des étagères dans le bureau permettant de créer un grand espace de rangement. Nous avons aussi accroché des tableaux apportés du Libéria ; ce qui donne un aspect personnalisé à l'ensemble, contrastant avec le style originel, les trophées par exemple, sans toutefois être dénué d'esthétisme. Il reste à ajouter des abat-jours sur quelques lampes suspendues. Enfin, nous aimerions meubler l'espace à notre goût en changeant le salon et en ornant le séjour d'un nouveau meuble TV et d'une bibliothèque pour accueillir nos livres.
Entre-temps, une équipe a commencé à nettoyer la colline sur laquelle devrait être construite notre future maison en plantation. En bordure du soir, nous sommes allés y faire un tour. Au sommet, où se trouvera sûrement la maison du DG, la vue est magnifique. Elle contemple un coucher de soleil plongeant dans l'accolade de deux collines.
Avec le retour du soleil, la plantation revêt une parure émeraude dans un écrin de pureté. Nous aimerions venir y habiter le plus tôt possible, mais la construction des maisons prendra certainement du temps, d'autant que les plans ne sont pas encore dessinés.
Joe Garrison, le photographe, est revenu pour un nouveau round de photos illustrant les activités de la compagnie. Joe a eu la gentillesse d'imprimer une série de photos, tels que des portraits, à distribuer à ses sujets, surtout des Phnongs, mais j'ai aussi reçu une photo de moi buvant à la jarre. Dommage que je fasse une grimace ! Depuis le dernier passage de Joe, la plantation a encore changé : la charpente des maisons ouvrières est sortie de terre au village, près de la rivière Ochel ; la croissance des hévéas est fulgurante ; et le défrichement a commencé dans la concession de Sethikula.
Geoffroy a instauré une organisation des travaux de préparation qui permettent de mieux tenir compte des spécificités des populations locales. Il a demandé le traçage préalable des routes kilométriques et a confié à une équipe mixte, composée de Phnongs et Khmers,
la mission d'inspecter les lieux afin de délimiter correctement les sites d'intérêt culturel pour les Phnongs (forêts sacrées, cimetières). Ensuite, il fait tracer les routes secondaires et, chaque fois, avant l'abattage d'un bloc, l'équipe part recenser les biens des familles phnongs, tels que les essarts, se trouvant sur ces terrains.
Philippe nous a annoncé la visite de l'Ambassadeur de France au Cambodge, Mr Jean-François Desmazières, et son épouse. Les parents de Geoffroy les avaient rencontrés en Côte d'Ivoire en 2002. L'objet de sa venue est de constater lui-même le développement de la concession. Comme ils séjourneront à la maison, nous allons préparer la chambre d'amis de circonstance, en plaçant une moustiquaire de lit notamment.
Mercredi 14, j'ai reçu la responsabilité de superviser l'organisation du diner officiel avec l'Ambassadeur devant se tenir le vendredi 16. Il ne fallait pas tarder. Après avoir concocté le menu avec le personnel de cuisine, nous avons commandé la nourriture jeudi matin à Mme Sotheary, basée au bureau de Sen Monorom. L'après-midi, l'équipe d'impact social avait rendez-vous avec le vice-gouverneur en charge de la concession au gouvernement provincial à Sen Monorom. Ce qui tombait bien : nous pouvions faire d'une pierre deux coups en rencontrant notre interlocuteur et en prenant les courses au bureau. Notre faux départ avec la Landcruiser – échangée contre un pick-up quelques minutes après le démarrage à cause d'un problème de radiateur – et la fondrière aux chutes d'eau nous ayant fait perdre du temps, Jean-Philippe a préféré téléphoner au secrétaire pour annuler la réunion.
Lin m'accompagnait à Sen Monorom. Nous sommes allées toutes les deux au marché pendant que Jean-Philippe et Sovan, Phnong recruté comme enquêteur pour l'étude d'impact social, se rendaient au bureau du SEILA, organisme qui coordonne les actions de développement dans la province. Après avoir collecté les provisions pour le diner et des statistiques sur la région, nous sommes rentrés à Bu Sra.
J'avais appris en début d'après-midi que l'Ambassadeur et sa femme arriveraient un jour plus tôt. Ils devaient passer une nuit à Sen Monorom au cas où il était trop tard pour s'aventurer sur la route de Bu Sra. Comme ils avaient bien roulé, que le temps était clément et qu'ils prévoyaient d'atteindre Bu Sra avant la nuit, ils avaient décidé de venir directement. J'étais à la maison pour les accueillir.
Nous avons diné tous les cinq, avec Philippe, à la maison. Pendant le repas, nous avons entendu notre chienne geindre. Geoffroy est allé voir. Ce qui ne devait surtout pas arriver s'était produit : les deux clebs étaient coincés et la chienne souffrait le martyr. Elle bavait même de l'écume.
Vendredi matin, les invités se sont levés tôt pour aller à l'appel des travailleurs. Après le petit déjeuner, nous sommes allés ensemble visiter l'école et l'hôpital avant de nous rendre en plantation. Après le déjeuner à la maison, nous avons agrémenté la visite de la scierie par une balade en forêt (sacrée). A 15 h, j'ai quitté mes compagnons pour donner quelques consignes au personnel de cuisine pour le repas du soir.
L'apéritif a eu lieu à la maison, le repas au bureau. L'ambiance était détendue et à la bonne franquette. Philippe a pris la parole au cours de la soirée. Il a remercié l'Ambassadeur pour sa visite, appréciant qu'il ait été le premier officiel à venir sur la plantation. Le DG de SOCFIN-KCD a reconnu que tout n'était pas parfait mais que la société essayait de faire de son mieux. L'Ambassadeur lui a répondu que le contexte dans lequel la concession se développait était difficile. Il a déclaré être satisfait de sa visite, lui ayant permis de constater que le projet avançait, contrairement aux rumeurs propagées à Phnom Penh.
Le lendemain, l'Ambassadeur et Catherine sont partis en compagnie de Philippe… et de Sylvain, ayant été appelé à rentrer dans la capitale, une fois encore – pour régler un problème avec son supérieur. Catherine a invité Geoffroy et moi à dormir chez eux – à l'Ambassade ! – quand nous serons à Phnom Penh. Je pense qu'elle organisera un diner pour que nous rencontrions des gens.
Le départ de nos hôtes a laissé une sensation de vide dans la maison. Nous avons décidé de poursuivre notre emménagement. Geoffroy a fabriqué une moustiquaire pour la fenêtre du salon. On peut désormais laisser la fenêtre ouverte, même la nuit, sans que les chats ne puissent se faufiler à l'intérieur. Geo a ajouté une étagère supplémentaire dans la cuisine afin de caser davantage d'objets. Quant à moi, j'ai rangé la pièce avec les penderies, où j'ai placé une étagère – vernie pour la protéger contre la moisissure – sur laquelle j'ai posé le linge : draps, serviettes de bain et nappes.
Après une balade avec les chiens sur la colline, où nous avons élu notre futur domicile, plateau de granit surplombant une jungle de bambous et d'arbres majestueux, nous avons continué à agrémenter notre maison actuelle. Nous avons revêtu le bureau d'images paisibles : grands mats, voiles et phare au cœur d'une mer déchainée ou d'un océan infini. A présent, nous vaquons à nos occupations sur la musique émanant des baffles, récemment accrochés dans le séjour, et dans l'atmosphère chaleureuse, procurée par la lumière des lampes tamisées recouvertes de nasses, reflétant sur les boiseries des halos clairs et ombragés.
12 mars 2010
A Bousra, le 4 octobre 2009
Alors que nous pensions faire une grasse matinée avant de nous adonner au rangement de nos affaires, Laurence a appelé Geoffroy par téléphone à 7h00 : elle lui a demandé d'assister, en qualité de directeur, à une réunion à la Maison 8 où logent les expats. La veille au soir, Manu a asséné des coups à Dimitri sur la terrasse. Manu a donc exécuté sa volonté de casser la gueule de celui qu'il ne peut plus voir en peinture. Après avoir écouté les versions individuelles des deux rivaux, il y a eu une réunion avec les résidents de la Maison 8 (Pierre, Jean-Philippe et Sylvain inclus) pour discuter des règles de la vie en communauté. Je crois que les Phnongs auraient quelques leçons à leur prodiguer.
Plus tard, Geoffroy et Juan ont installé la clôture électrique pour les chiens qui pourront dorénavant vivre librement (sans plus être attachés, sauf Sirocco quand le générateur est éteint). Quant à moi, j'ai nettoyé et passé l'aspirateur en préparation au déplacement de certains meubles, dont deux venus du Libéria. Le nettoyage et le rangement (seulement partiel car beaucoup reste à faire) nous a pris presque toute la journée.
En fin d'après-midi, Geoffroy et moi sommes allés à moto sur la plantation. Après cinq kilomètres, nous sommes arrivés sur une piste boueuse où la moto s'est embourbée. Nous avons dû redoubler d'efforts pour la sortir de la gadoue. Pas facile de soulever une bécane de 110 kilos enlisée dans un bourbier ! Nous en sommes tout de même sortis. Geoffroy avec de la boue jusqu'aux chevilles !
Plus loin, à l'approche d'une flaque, je suis descendue de moto et j'ai attendu, appareil photos dégainé, que Geoffroy essaye de franchir l'obstacle. Malheureusement, la moto s'est bloquée. Nous avons eu beau enfoncer des morceaux de bois en guise de levier, pousser et tirer de toutes nos forces, la moto est restée plantée au milieu du bourbier. Il a fallu que nous nous en remettions à des collègues. Après avoir appelé Seila et parlé à Pierre au téléphone, nous avons attendu les secours alors que la nuit tombait et qu'un rideau de pluie menaçait au loin. Pierre et Sylvain sont arrivés avec un groupe de cinq Cambodgiens, qui ont tâché de sortir l'engin à l'aide d'une corde. Geoffroy est revenu à la maison en chevauchant sa moto, tandis que je suis rentrée en voiture avec Pierre et Sylvain. Nous avons invité nos deux comparses à prendre un verre à la maison. Pierre a dégusté le whisky The Balvenie âgé de 10 ans, fraîchement arrivé du Libéria. Nous avons parlé entre autres du dressage des chiens.
Après ce dimanche peu banal, nous avons dû nous mettre au lit avec la résignation que le lendemain, une nouvelle semaine de travail démarrait. Nous éprouvions la contrariété des weekends trop courts, même s'il s'agissait du premier week-end en amoureux au terme d'un mois pendant lequel Geoffroy et moi n'avions pu partager que deux dimanches. La pluie constitue actuellement une contrainte majeure à nos déplacements en aggravant l'état des pistes et en allongeant le temps de trajet pour rejoindre les lieux d'escapade potentiels.
A Bousra, le 3 octobre 2009
J'ai pris la décision d'interdire l'accès de la maison à Coquin. Je ne supportais plus qu'il marque son territoire à divers endroits de la maison ! Pas question qu'un chat gâche l'harmonie par son urine pestilentielle – même si jusqu'à présent je lui autorisais tous ses caprices. Il restera dehors, au moins jusqu'à ce qu'on le castre ! Maintenant que l'aspirateur est arrivé, cette demeure va pouvoir respirer la propreté. Enfin, si notre cuisinière (censée être en même temps femme de ménage) acquière un objectif similaire au nôtre de bannir la poussière et les toiles d'araignée qui tapissent les murs, plafonds et objets.
A Bousra, le 30 septembre 2009
De Sen Monorom à Bousra, le 29 septembre 2009
De Phnom Penh à Sen Monorom, le 28 septembre 2009
Lundi matin, je me suis rendue au bureau SOCFIN-KCD de Phnom Penh d'où je devais partir pour Bu Sra avec Laurence, Pierre, Dimitri et Sylvain. Après avoir franchi le seuil de la porte, j'ai rencontré, à ma grande surprise, un couple de retraités australiens assis dans le hall d'entrée. Ruth et Winston étaient eux aussi sur le point de partir, en compagnie de collègues cambodgiens, dans le Mondolkiri, mais pas jusqu'à Bu Sra. Ils effectuaient une dernière mission avec Mission Aviation Fellowship à Sen Monorom en vue d'obtenir un accord avec les autorités locales pour la réfection de la piste d'atterrissage. Ce qui permettrait de reprendre les vols entre la capitale cambodgienne et le chef-lieu de la province de Mondolkiri, réduisant ainsi le trajet de sept heures ou plus à environ une heure. La compagnie SOCFIN-KCD financerait les travaux de réparation. Tout en profitant au personnel de la société, ce projet, s'il aboutit, bénéficiera aussi à d'autres, telles que les ONG actives dans la région.
Nous sommes partis après 10 heures car il fallait que le Département Approvisionnement effectue des achats de matériel à la dernière minute, tels que des pneus, à emmener à Bu Sra. Sylvain et moi étions dans la voiture de Geoffroy avec Phearun au volant, tandis que Laurence, Pierre et Dimitri étaient dans une autre voiture. Les deux véhicules étaient chargés à bloc. Après plusieurs heures de voyage, agrémenté par la musique du Ipod, nous nous sommes arrêtés pour manger à Memot. Peu de temps après avoir quitté le restaurant, en voulant regarder si j'avais reçu un sms de Geoffroy sur mon téléphone portable, j'ai réalisé que j'avais oublié mon sac à main. J'ai demandé à Phearun de retourner sur les lieux. Une dame, en voyant la voiture revenir, est allée chercher mon sac et me l'a apporté. Ouf ! Cette aventure m'a valu de parler à Sylvain de ma distraction ponctuelle. Il m'a confié être pareil.
Avant Sen Monorom, nous avons été bloqués plusieurs dizaines de minutes à l'approche d'un pont. Des véhicules avaient des problèmes pour avancer. A l'arrière d'une file de camionnettes et voitures, nous attendions notre tour pour passer. Comme il se faisait déjà tard et que la pluie tombait, Laurence a décidé que nous passerions la nuit à Sen Monorom. Nous avons mangé un bon repas au restaurant voisin de la maison de SOCFIN-KCD à Sen Monorom. Pierre nous a bien fait rigoler avec ces propos comiques. Sylvain et moi sommes allés dormir dans une guesthouse non loin du bureau (Long Vibol Guesthouse), tandis que les autres sont restés dormir dans la maison, louée par SK et reconvertie en bureau avec chambres.























