10 novembre 2009
A Phnom Penh, le 27 septembre 2009
Je suis fatiguée car je me suis levée relativement tôt (vers 6h30) et que je me suis couchée tard (vers 1h00). En voici les raisons. D'abord, je devais me rendre à l'entrepôt de SDV, compagnie de transport maritime, pour assister à l'ouverture du conteneur, en provenance du Liberia, et au transbordement de nos affaires personnelles dans un camion voyageant à Memot dans la province de Kampong Cham. De là, un koyun prendra le relais pour aller à Bu Sra. Nos effets sont arrivés dans un bon état, excepté parfois certains meubles ayant un peu souffert de l'air marin. L'entrepôt de SDV – appartenant au Groupe Bolloré qui détient une part des actifs de SOCFIN – situé dans une zone industrielle de Phnom Penh, m'a donné l'impression d'être en bord de mer. En effet, le sable recouvre le sol et la chaleur était accablante. Le vin cuvé devait aussi y être pour quelque chose.
La veille au soir, j'étais invitée chez les Monnin avec Frédéric et Christian, l'auditeur interne de SOCFIN. Nous étions trois belges rencontrant d'autres expatriés : Christine, directrice de SDV-Cambodge (originaire du Mans), et son mari, Francis (franco-sicilien), dirigeant d'une entreprise de construction, Eric (français) qui travaille à l'Institut Pasteur et sa femme, Danissa, travaillant pour une ONG slovaque essayant de réduire la transmission du virus du sida de la mère à l'enfant. La soirée était animée et le succulent repas exhalait les saveurs de la cuisine de maman : rôti, gratin dauphinois et champignons cuisinés, notamment. Après la soirée, arrosée avec du vin de premier choix, Christine et Francis ont reconduit Frédéric, Christian et moi à l'hôtel.
Nous sommes allés prendre un dernier verre (soft) tous les trois au Zenith Lounge du Phnom Penh Hotel, où se produisait une soirée Cowboys.
Après un début de journée rempli, suivi de réunions avec le directeur d'un bureau d'études environnementales et Philippe Monnin, puis de retranscription de notes de réunion, je suis partie faire des courses à Thai Huot, superette réputée pour ses produits français. Laurence y faisait ses emplettes avant de voyager à Bousra le lendemain.
A mon retour à l'hôtel, j'ai décidé de tester le centre de bien-être, où l'homme à l'accueil m'a conseillé le massage thaï. Il m'a conduite dans une petite pièce occupée par… un lit d'environ 1m50 de large. Au début, je ne savais pas trop quoi faire. L'homme ne m'avait rien expliqué. Après avoir aperçu, en bout de lit, une chemise pliée en carré et, en-dessous, un pantalon extrêmement large, je les ai enfilés. Entre-temps, une femme, venue me voir, avait acquiescé lorsque je lui ai montré les vêtements. Quand elle est revenue et que j'étais habillée, elle m'a demandé de me coucher sur le dos et a commencé à me masser. J'avais envie de crier, à certains moments, quand les doigts de la masseuse exerçaient une pression trop forte à supporter sur mes pieds et jambes. Pour ceux qui ne connaissent pas la technique du massage thaï, il s'agit d'un massage complet du corps (des pieds à la tête) en pressant à certains endroits et en tirant sur les membres pour débloquer les raideurs. La masseuse utilise aussi ses pieds pour appuyer dans le dos du client. Je n'ai noté qu'un point négatif, certes important : un baffle diffusait des chansons détonnant avec l'ambiance censée accompagner ce genre d'activité. J'aurais souhaité une musique plus douce et relaxante que la voix, par exemple, de Céline Dion, chantant en plus en anglais. Après une séance d'une heure, on se sent léger, rasséréné. Et le lendemain, bizarrement, on sent des courbatures, comme si on avait fait du sport la veille. Il est possible que ces effets se soient en fait manifestés à cause des 30 minutes que j'ai passées à la salle de musculation un matin. Bien que je n'y connaisse pas grand-chose en matière de massage, thaï qui plus est, j'ai constaté un soulagement de la douleur que j'éprouvais au genou depuis plusieurs semaines. Je crois que quand je retournerai à Phnom Penh, j'essaierai encore ce type de massages. Le choix des méthodes et établissements est vaste.
A Phnom Penh, le 25 septembre 2009
La progression des études suit son cours normal. L'équipe s'est agrandie d'un nouveau membre, Jean-Philippe, ethnologue français, résident de Sinaoukville, en plus de Frédéric, Sylvain et moi. Puis, il faut compter les enquêteurs, au nombre de deux, qui sont des Phnongs. Au cours de notre second séjour à Phnom Penh, j'ai participé avec Frédéric à certaines réunions, dont l'une avec une Suisse, spécialiste en droits humains au Bureau des Nations Unies pour les Droits de l'Homme.
Hormis le travail, j'ai découvert quelques restaurants sympas, dont deux de cuisine française : Le Deauville, près du Vat Phnom, et Comme à la Maison, établissement hébergeant une boulangerie-pâtisserie dont la vitrine allèche les papilles.
Entre Bousra et Phnom Penh, le 24 septembre 2009
A Phnom Penh, nous sommes allés comme d'habitude loger au Phnom Penh Hotel. Le soir, nous n'avons rien fait de spécial, excepté manger au restaurant thaï-khmer niché dans la galerie commerciale de l'hôtel, tant nous étions fatigués du long voyage.
A Bousra, le 20 septembre 2009
Geoffroy, Frédéric, Jean-Philippe, Sylvain et moi avons effectué une promenade en forêt dans Sethikula. Après avoir laissé la voiture à la lisière du bois, nous avons longé un sentier forestier le long duquel étaient postés des panneaux où l'on pouvait lire – à condition de connaître l'écriture khmère – « sanctuaire faunistique ». Durant notre balade, nous avons observé des essarts, cultivés entre autres en riz, courges, haricots, aubergines et plantés avec des anacardiers (produisant les noix de cajou). Nous avons pu jauger l'étendue de l'exploitation forestière illégale et contemplé des arbres à résine « saignés ». La résine, produit forestier autre que le bois, sert notamment à éclairer et colmater les brèches des canoës. Vendue, elle est prétendument une importante source de revenu pour les communautés autochtones comme les Phnongs. Nous avons pu échapper à l'armée des fourmis rouges assiégeant un tronc au moment où nous marchions dessus tels des funambules. Nous sommes arrivés à un campement phnong où quatre familles séjournent pour les travaux des champs. Nous avons communiqué avec ces personnes grâce à l'interprétation de Sylvain. Une dame était en train de confectionner des cerceaux avec des tiges de bambou. Après avoir posé à la dame âgée des questions « à l'occidentale », nous avons pris congé et continué notre excursion. Plus loin, nous avons remarqué un tracteur, qui venait d'être abandonné, chargé en grumes, coupées illégalement bien sûr. Arrivés à une rivière, nous avons décidé de rebrousser chemin pour rejoindre notre véhicule. Nous avons marché environ deux bonnes heures. Au retour, nous avons encore repéré un nid d'abeille, suspendu en haut d'un arbre mort. Merveille de la nature que les hommes auraient tort de déranger.
Entre Phnom Penh et Bousra, le 9 septembre 2009
La planification des études AFD m'a amenée à rencontrer, outre les responsables de l'AFD au Cambodge, nombre de parties prenantes tels que des représentants d'organisations non-gouvernementales (ONG) internationales et locales, de l'organisation des Nations-Unies pour l'Education, les Sciences et la Culture (UNESCO), des fonctionnaires de l'Etat et des professionnels, notamment une anthropologue.
Frédéric et moi avons quitté Phnom Penh pour Bousra. La route a été bonne jusque Sen Monorom, où nous nous sommes arrêtés pour rendre visite à WWF et Bill Herod, directeur provincial de Village Focus et porte-parole des ONG locales. Après avoir passé du temps à nous entretenir avec ces personnes et que Frédéric se soit acheté un parapluie dans un magasin de la ville, nous avons pris la route de Bousra. Il fallait cependant espérer ne pas rencontrer un camion embourbé au milieu du chemin et que la nuit nous surprenne. Geoffroy m'avait prévenue que la route était mauvaise. Aucun problème ne s'est présenté tant que nous roulions sur le goudron. L'homme d'affaires qui gère la route a installé un péage demandant aux conducteurs deux dollars par aller-retour.
Les choses se sont corsées environ 10 kilomètres avant Bousra, la piste dans la forêt devenant boueuse et parfois très glissante en saison des pluies. Alors que nous avons rencontré une fondrière, deux voitures étaient arrêtées de chaque côté de la route, dont celle de l'architecte Philippe dans laquelle voyageaient Manu et Tavi. Leur véhicule était coincé dans une ornière. J'ai téléphoné à Philippe Monnin qui a envoyé un tracteur pour les aider à sortir. Nous sommes ensuite repartis vers notre destination en passant sur le côté, à travers les broussailles. Notre chauffeur, informé qu'un pont à proximité de Bousra était démoli, a emprunté une déviation. Un peu plus loin, Phearun est descendu voir à quoi ressemblait le chemin qui s'avançait. La rivière avait creusé son sillage près d'une buse : en observant par-dessous, on a constaté que la couche de terre mesurait moins de 40 centimètres ; le pont risquait donc de s'écrouler à notre passage. La nuit était tombée et j'essayais de joindre Geoffroy, ou quelqu'un d'autre à Bousra le réseau étant défaillant.
Geoffroy m'a appelée à ce moment et nous a dit qu'un pick-up venait nous chercher. En attendant, j'écoutais les bruits nocturnes et je contemplais le mouvement des branchages. Ambiance à la fois lugubre et envoûtante. L'autre véhicule est arrivé. Frédéric et moi avons traversé le pont et sommes montés dedans. Bien que nous pensions voir Phearun tenter la traversée du pont, il a fait demi-tour et nous l'avons revu plus tard au bureau. Le chauffeur de la voiture de secours a emprunté un chemin à travers la brousse avant de rejoindre la route normale où se situe le pont en bois à côté des chutes de Bousra.
J'ai retrouvé Geoffroy au bureau où étaient aussi présents Philippe le DG et Pierre. Geo et moi avons regagné nos pénates. J'ai retrouvé les chiens et chats et découvert les lumières qu'avait installées Geo pendant mon absence. L'éclairage, crée une ambiance plus feutrée, cosy, au séjour et à la salle à manger, tout en bois. Nous ajouterons par la suite des chapeaux, nasses ou autres objets en guise d'abat-jour. J'ai aussi vu les nouvelles étagères dans la salle de bain et la penderie dans l'une des chambres. Lin nous a servi le repas. J'étais évidemment fatiguée par cette longue journée à sillonner la partie nord-est du pays.
A Phnom Penh, le 6 septembre 2009
Frédéric et moi sommes allés au bureau vers 10 heures. Laurence et Philippe étaient là. Pour déjeuner (dîner), nous sommes allés tous les quatre à La Marmite, restaurant que j'avais déjà testé avec Geoffroy. Je n'avais pas très faim à cause du (petit) déjeuner copieux tardif. Je me suis donc contentée d'une entrée, consistante certes – croustillants de chèvre. J'ai toutefois goûté du sorbet fabriqué par un compatriote : un délice.
Nous sommes ensuite retournés au bureau. Frédéric et moi avons tenté de rassembler la documentation et nos idées. En soirée, tandis que Frédéric rentrait à l'hôtel, j'ai rejoint Saream au Sorya Shopping Centre où elle était chez un glacier en compagnie de la sœur et du beau-frère d'une collègue de Bousra. Après avoir pris congé d'eux, nous avons fait le tour du centre commercial en explorant les étages l'un après l'autre. Arrivé au sommet, la vue n'est pas très excitante : on aperçoit des bâtiments ordinaires du quartier. Là-haut se trouve une piste pour patins à roulettes. Il paraît que l'immeuble héberge également un cinéma. Les lieux étaient animés et pas mal fréquentés en ce dimanche.
Ensuite, nous sommes allées à An Nam car j'avais envie de changer de cuisine par rapport à mon début de séjour dans la capitale en passant à un registre plus sain. Cependant, je n'ai pas apprécié autant que je le pensais : les rouleaux de printemps n'étaient pas dans des feuilles de galettes de riz mais enveloppés dans des feuilles de menthe et les vermicelles étaient plus épais que je ne l'avais entrevu ; en outre, la saveur du plat ne m'a pas plu. Mis à part ces impressions négatives, le lieu était bien rempli. Saream m'a dit qu'un groupe d'acteurs de télévision – dont une dame est membre de la famille royale – mangeaient à la table voisine.
Après le repas, j'ai voulu marcher un peu autour de la place sur laquelle se dresse la statue en l'honneur de l'amitié entre le Vietnam et le Cambodge (d'après l'explication de Pascal). Il s'agirait plutôt, au vu de l'effigie (une famille avec des armes !), d'une commémoration de l'arrivée victorieuse des Viets en pays khmer. Plus loin, nous avons été attirées par la musique rythmant la parade des fontaines luminescentes (récemment construites, d'après Saream). La balade pédestre autour du parc puis la virée à bord de la petite voiture Tigo de Saream m'a procuré la sensation que Phnom Penh est une ville agréable à vivre de jour comme de nuit (j'aimerais par exemple visiter le marché nocturne) : la capitale foisonne de restaurants et de bars éclectiques comparables aux standards européens.
Bien que le milieu rural, parfois présent dans l'urbanisme, rappelle l'Afrique à certains égards, les infrastructures de Phnom Penh renvoient l'image d'un pays, voire d'un continent, en plein éveil et mouvement. Même si le Cambodge a pris du retard sur ses voisins, le pays, toutefois sporadiquement, est assez développé pour jeter de la poudre aux yeux de ceux qui viennent d'Afrique de l'Ouest. Le charme cambodgien, c'est aussi pour nous qui aimons la campagne, d'avoir conservé des richesses naturelles… jusqu'à présent. Il est souhaitable que les autorités n'embrassent pas trop avidement les sirènes de la mondialisation en bradant les beautés environnementales contre le(ur) profit à court terme. C'est bien sûr à Mondolkiri que je pense, vaste région la moins peuplée avec deux habitants par kilomètre carré en moyenne, mais où la faune comprendrait encore des tigres et des ours, outre les éléphants, et pourtant où les concessions en tous genres semblent gagner du terrain.A Phnom Penh, le 5 septembre 2009
Le matin, je suis allée m'enregistrer au Consulat belge. En fait, il s'agissait de rencontrer le consul honoraire dont le bureau d'ingénierie se trouve dans un des bâtiments du Phnom Penh Centre, un complexe immobilier hébergeant diverses entreprises. Le consul semblait abasourdi de savoir que je vivais dans le Mondolkiri, endroit pour le moins reculé. Quand, plus tard, il m'a revue à la librairie Monument Books, son Courrier International sous le bras, il m'a d'ailleurs asséné sur le ton de la gentille plaisanterie : « vous êtes venue faire un tour dans la civilisation… ». Pendant ce temps, je regardais les cartes postales représentant pour la plupart Angkor. Mon dévolu se porta sur des photos de scènes de la vie rurale, plus exemplative de la région du Mondolkiri. Pourtant, elles ont été prises toutes, sauf une, à Siem Reap, province qui abrite Angkor également. Je me suis rendue compte tardivement, en m'abreuvant dans le café de la librairie, qu'il ne s'agissait pas de cartes postales mais de photographies. Pour une bonne cause, c'est déjà ça ! J'ai aussi acheté un livre en anglais, « When the war was over » de la journaliste américaine Elisabeth Becker sur les conseils d'un ami dont « le cœur est en partie au Cambodge » et qui m'a procuré une liste de littérature sur les Khmers Rouges. J'ai également pris un numéro du magazine Géo dont la couverture titrait sur les chamanes, sujet que nous avions effleuré avec Sylvain Vogel. Le prix des magazines étrangers au Cambodge est élevé (plus de 13 USD pour Géo). Par contre, j'ai cru apercevoir des photocopies de journaux !
Plus tôt, j'étais allée avec Ratana, le secrétaire de Philippe, parcourir les magasins à la recherche de vêtements pour expatriés, c'est-à-dire plus ou moins classiques. En vain. J'ai constaté avec déception que le prêt-à-porter féminin au Cambodge se résume principalement à des fringues de poupées Barbie, style adolescente, avec des fioritures et tape-à-l'œil. Pas vraiment de bon goût en somme, selon nos standards européens. La vérité est que la majorité des Cambodgiens continue de vivre avec un revenu peu élevé. Je crois que pour connaître les bonnes adresses, il faut se renseigner auprès des expats habitués. Apparemment, Phnom Penh compte aussi des créateurs mais, dans ce cas, j'imagine que la plupart des portefeuilles sont renfrognés. Tout un parcours du combattant à travers la ville, entre marchés couverts et boutiques « bon chic bon genre excentrique », dont l'une logée dans un édifice moderne surprend les chalands par les bars aux reflets d'argent au milieu des fringues à la queue leu leu.
A 14h30, nous avions rendez-vous au bureau avec Philippe, Frédéric, Sylvain et Sok Sarom (le nom de famille précède le prénom au Cambodge) pour tenir une réunion préparatoire aux études. Le soir, j'ai mangé avec Frédéric au Hugo's Grill, restaurant BBQ du Phnom Penh Hotel. Les plats sont tellement copieux qu'avant la fin de l'entrée – nous avions demandé des salades, nous étions déjà rassasiés. Ayant commandé le plat principal avant (poisson pour moi, côtes de bœuf pour Frédéric), nous n'avons pu nous rétracter et avons donc été contraints d'assumer notre choix aveugle.
A Phnom Penh, le 4 septembre 2009
Je suis partie à Phnom Penh, seule avec le chauffeur Phearun, dans la voiture de fonction de Geoffroy. A mesure que nous approchions de la capitale, le spectacle sur la route devenait plus pittoresque : qui sur sa moto transportant un lit, qui des cochons. La circulation devenait également plus dense et j'ai ressenti quelques frayeurs car je ne suis pas encore habituée à la conduite cambodgienne, c'est-à-dire imprévisible. J'ai regretté de ne pas avoir mon appareil photos à portée de main, notamment pour photographier des enfants montés sur des buffles.
Arrivée dans la capitale, je suis d'abord allée au bureau m'entretenir avec Philippe avant de me rendre à l'aéroport accueillir Frédéric Mertens. Il restera normalement trois semaines. Le soir, Frédéric et moi sommes allés avec Pascal le comptable à La Patate 2, restaurant franco-belge dans un cadre agréable et soigné. La présentation des plats est originale et la nourriture de qualité.
Il convient de décrire les tâches liées aux études pour l'AFD ainsi que les rôles respectifs de chacun. L'étude de faisabilité se divise en deux composantes : l'une économique, l'autre environnementale et sociale. C'est de la deuxième qu'il s'agit actuellement et dont Frédéric Mertens s'occupe. Cette composante comprend une étude d'impact environnementale et sociale, un plan de gestion environnemental et social et un plan d'action de réinstallation des populations, déplacées physiquement et/ou économiquement (dernier cas de figure dans le projet concerné). Durant cette mission, Frédéric Mertens vise à recruter les experts pour réaliser les études, revoir les termes de référence en les adaptant au contexte et élaborer un calendrier d'exécution et un budget. Le rapport final devrait être remis fin décembre, ce qui est plutôt court. Pour cet exercice, nous avons besoin de recruter un spécialiste environnemental et un sociologue. Nous bénéficions d'ores et déjà de l'assistance du linguiste Sylvain Vogel pour faciliter la communication avec les Phnongs. Nous aurons probablement recours à un bureau d'études ou une ONG pour établir l'inventaire de la faune et la flore dans la région. Dans l'équipe, Frédéric Mertens est Chef de mission alors que je suis coordinatrice.
A Bousra, le 1er septembre 2009
La saison des pluies a repris de plus belle, amenant son lot de tracas, par exemple le transport des plants. Toutefois, la période de planting devrait s'achever sur un bilan positif pour la compagnie (1 800 ha plantés de mai à septembre 2009) et les travailleurs qui recevront une prime.
Comme toujours, nous essayons de balader les chiens les dimanches. Dimanche dernier, nous avons été avec eux dans un coin de forêt située dans la deuxième concession, appelée Sethikula. Quant à moi, j'ai entrepris les leçons de khmer grâce à un livre avec CD offert par Saream. Vous pourriez penser que les livres coûtent aussi cher qu'en Europe. Or il n'en est rien ; le pays regorge de copies en tous genres : livres, CD, DVD dont les prix environnent 2 à 3 dollars américains. Un fléau pour les droits d'auteurs. Il en est de même pour les vêtements. Aussi certains créateurs retirent de la vente leurs modèles dès que ceux-ci commencent à être copiés.
Ce livre, que j'utilise pour apprendre le khmer, « Khmer au Quotidien » a le mérite et l'avantage d'être pédagogique et fonctionne selon le système de l'API (Alphabet Phonétique International). Il s'articule en unités et leçons. L'auteur principal est Jean-Michel Philippi, linguiste, qui, paraît-il, est admirablement cultivé et connaît le Cambodge sur le bout des doigts. Il écrit pour le Cambodge Soir et est prof à l'université de Phnom Penh. Le procédé d'apprentissage à l'aide du bouquin me permettra d'avancer pas-à-pas afin d'acquérir une maîtrise progressive de la langue cambodgienne. De plus, j'ai demandé à Sylvain Vogel de se renseigner pour trouver un prof de khmer cambodgien à Sen Monorom, qui pourrait servir de guide et correcteur efficace. Il ne reste qu'à instaurer des plages horaires pour que Geoffroy puisse lui aussi s'y mettre sérieusement, à raison d'une heure par jour. Ce qui pourra, j'espère, devenir possible après la fin du planting.
Je me demande quel exotisme je vais pouvoir vous offrir au cours de ce récit. Il y a bien eu la tant attendue dégustation du durian, fruit hors du commun. Disons que l'odeur est peu agréable et très forte (d'ailleurs on a vu des interdictions d'apporter du durian dans les chambres d'hôtel), le goût est sucré (j'ai trouvé comme le longane) et la texture pâteuse, un peu à la manière de l'avocat. Cet aliment est pour le moins nourrissant et ne se mange en dessert que parcimonieusement. Il laisse néanmoins après le repas un arrière-goût un peu désagréable.
A Phnom Penh, le 23 août 2009
Geoffroy et moi nous sommes levés relativement tôt. Après un (petit) déjeuner très diversifié, nous sommes partis à l'assaut de la ville… à pied. Après avoir descendu le Boulevard Monivong, nous avons longé la gare coloniale. Face à elle se dressait l'imposante tour moderne de la Canadia Bank (111 mètres). Après avoir marché entre les bâtiments neufs et les taudis, nous avons aperçu le dôme art déco du Phsar Thmei (marché central). Nous avons pénétré le marché où s'étalait une variété de produits frais dégageant divers effluves, dont l'odeur reconnaissable du durian. Après avoir déambulé parmi les étals, nous sommes ressortis en plein air. En contournant le marché, nous est apparu le centre commercial Sorya Shopping Center où se superposent plusieurs étages, exposant toutes sortes de marchandises telles que vêtements, chaussures, jouets, livres, équipement électronique. Après l'avoir escaladé jusqu'au sommet et en être redescendus, nous avons continué notre randonnée pédestre en nous dirigeant vers le Musée national. L'atmosphère était pesante et moite, mais nous n'avons pas cédé à la tentation de demander un taxi – que dis-je ?, d'accepter, vu le nombre de chauffeurs qui nous accostaient !
Pour se rendre au Musée national, nous avons emprunté une rue hébergeant quantité de galeries d'art proposant à la vue et à l'achat des peintures et sculptures d'artistes cambodgiens. Nous avions décidé de faire l'impasse sur le Musée national cette fois-ci pour ne pas s'ennuyer à regarder pendant des heures des objets alignés. Le Palais Royal étant fermé sur le temps de midi, nous nous sommes désaltérés avec une bière pression Angkor au Riverside avant d'aller manger au Friends, qui « forme des anciens enfants des rues aux métiers de l'hôtellerie. » (Lonely Planet) Poisson enveloppé dans une feuille de banane pour Geoffroy, salade au poulet pour moi, accompagnés d'un cocktail glacé au jus de lychee et au sorbet de fruit du dragon. C'était très bon. Notre voisin de table, français, Blaise, était venu passer plus d'un mois dans la région. Avec son sac à dos, il pensait combiner le Cambodge et la Thaïlande. On lui a donné notre numéro de téléphone au cas où il déciderait de se lancer à la découverte du Mondolkiri, révélant à nos yeux les paysages les plus magnifiques.
Au fil de notre escapade, nous nous sommes ébahis de rencontrer des moines bouddhistes, parfois munis d'un parapluie contre le soleil, se promenant dans les rues urbaines comme des passants ordinaires, à l'exception de leur robe safran et de leurs cheveux rasés. En chemin, nous avons flâné dans quelques boutiques de vêtements et d'artisanat khmer où la soie se taille la part belle. Arrivés au Palais royal, nous étions déjà fatigués de notre marche à pied sous la chaleur torride phnompenoise. « Avec ses toits khmers classiques et ses dorures, le Palais royal domine la ligne d'horizon de la capitale (…) Résidence officielle du roi Sihamoni, ce vaste domaine est en partie fermé au public. Les visiteurs ont seulement accès à la pagode d'Argent et à ses alentours. Les photos sont interdites à l'intérieur de la pagode. Si vous vous présentez en short ou les épaules découvertes, vous devrez louer une tenue adéquate. Le palais est très fréquenté le dimanche, lorsque s'y pressent les Khmers des campagnes (…) » (Lonely Planet)
Nous avons quelque peu survolé la visite ; néanmoins, nous nous sommes délectés des jardins luxuriants et de la fraîcheur de l'arrosage. « La pagode d'Argent doit son nom à son sol constitué de 5 000 dalles d'argent, pesant chacune 1 kg. La plupart sont couvertes pour être protégées, mais on peut en voir quelques-unes près de l'entrée. Construite en bois en 1892 sous le règne du roi Norodom et sans doute inspirée du vat Prah Keo de Bangkok, la pagode fut rebâtie en 1962. (…) Les Khmers rouges l'épargnèrent pour prouver au monde extérieur leur souci de préserver l'héritage culturel du pays. » (LP)
Nous avons un peu écourté la visite. A la sortie du Palais, nous avons finalement loué un tuk tuk (prononcez touk touk) pour rejoindre notre hôtel. J'ai négocié avec le chauffeur, qui voulait nous faire payer 5 dollars, pour baisser le montant de la course à 3 dollars. Ce devait être encore un bon prix, car non seulement content de nous prendre à bord de son engin, il a également commenté les édifices se dressant sur notre passage. La balade fut fort agréable et rafraîchissante. Nous avons plongé dans la piscine de l'hôtel pour nous détendre en cette fin de journée éreintante.
Le soir, Pascal nous a invités à son repaire, le Fun Planet, un café tenu par un Suisse, où se fréquentent des francophones autour de verres. Les clients présents écoutaient de la musique française à tue-tête. Pascal et sa femme, cambodgienne, nous ont emmenés dans un beer garden (littéralement jardin à bière) pour se sustenter. La nourriture était bonne. Chaque serveuse s'occupe d'une table, resservant régulièrement à boire. La scène accueillait à tour de rôle des musiciens et "artistes" chantant en khmer, y compris des traductions de chansons anglo-saxonnes telles que Hotel California. Plus tard, nous avons été ambitieux en voulant retourner au Fun Planet. Bien que l'ambiance, en petit comité, était plaisante, les bières Angkor et Anchor, après la Tiger servie presque à volonté au beer garden et suivies d'un sommeil limité, nous ont mis sur les rotules pour le lendemain.
Lors de notre séjour à PP, on a pu se rendre compte de l'existence de la mendicité, dans une mesure certes restreinte, et du commerce de charme, voire de la prostitution latente. Bien sûr, nous n'avons pas fréquenté les lieux où sévissent les pires pratiques. Ainsi Lonely Planet consacre un encart aux « "bars à hôtesses" ou "bars à filles", qui accueillent volontiers hommes ou femmes. Si certains sont plutôt sélects et bien tenus, d'autres frôlent le sordide et ressemblent plutôt à une maison close doublée d'un bar. Certaines filles sont des prostituées, d'autres des serveuses plus traditionnelles et quelques-unes sont seulement à la recherche d'un petit ami. »
A Phnom Penh, le 22 août 2009
Geoffroy et moi sommes allés à Phnom Penh. La naissance de la ville repose sur une anecdote : « Selon la légende, Phnom Penh fut fondée après qu'une vieille femme, nommée Penh, eut découvert quatre représentations du Bouddha sur les berges du Mékong. Elle les installa sur une colline voisine et la ville qui surgit alentour fut appelée Phnom Penh, la colline de Penh. » (Lonely Planet) Plus prosaïquement : en 1431, Phnom Penh succéda à Angkor au titre de capitale du Cambodge ; la ville offrait une position plus centrale et un accès au Mékong pour le commerce avec le Laos et la Chine, ainsi qu'aux eaux poissonneuses du Tonlé Sap. Une autre raison du déclin d'Angkor sont les attaques des Siamois (Thaïs) que subissait régulièrement la cité. Le site n'en demeure pas moins une œuvre architecturale splendide, symbole de la puissance khmère d'antan ; en témoigne son inscription au patrimoine mondial en 1992.
Nous avions prévu d'acheter une voiture d'occasion, de faire quelques courses et de découvrir la ville. Après environ sept heures de route, nous avons atteint la capitale. Nous nous sommes immédiatement rendus au Phnom Penh Hotel. Saream nous a rejoints avec le propriétaire de la voiture à vendre et son agent, un ancien collègue de Manu. On a regardé la voiture : un Toyota Land Cruiser diesel de douze ans, de couleur grise avec boîte de vitesses manuelle, climatiseur à l'arrière, réservoir supplémentaire et compartiment frigorifique. Le rendez-vous s'est conclu avec un acompte de 500 dollars. La deuxième étape consistait à attendre lundi pour retirer au bureau le reste de l'argent.
Après nous être reposés, nous avons invité Saream à manger dans le restaurant vietnamien An Nam. « Discret, ce petit restaurant sert une excellente nourriture vietnamienne garantie sans glutamate. » (Guide du Routard) Puis, nous sommes allés prendre un verre au FCC (Foreign Correspondents' Club, rappelant l'époque des correspondants de guerre), où un spectacle de danseurs travestis divertissait les clients au dernier étage, d'où la vue est grandiose. « Le club des correspondants de presse rassemble depuis belle lurette plus de touristes et d'expats que de seuls journalistes. » (GR) « Le 'F' comme les expatriés le surnomment occupe un superbe bâtiment colonial qui offre une vue somptueuse sur le Tonlé Sap et le Musée national. » (Lonely Planet)
A Bousra, le 16 août 2009
L'après-midi, nous sommes allés promener avec les chiens en plantation. Geoffroy voulait me montrer un coin charmant. Nous avons laissé la voiture sur la route, puis marché jusqu'à l'orée d'une forêt. Comme le sol était boueux, on a rebroussé chemin et traversé des lignes plantées d'hévéas et des andains. Nous sommes arrivés à une source à l'ombre d'un arbre enlacé par un figuier étrangleur. Ensuite, nous sommes montés sur un mont de granit au pied duquel file une rivière. L'endroit est magnifique. L'eau se forge un passage entre les rocs. Une petite plage de sable borde la rive. En amont, plonge un rideau qui déploie ses arabesques au cœur d'une flore luxuriante.
A Bousra, le 9 août 2009
Nous avons reçu la visite d'un couple de Français, Amandine et Alexandre. Geoffroy connaissait Amandine au Cameroun et ne l'avait pas revue depuis au moins dix ans. Ils étaient en vacances dans le pays et avaient prévu de se rendre à différents endroits dont, outre la capitale, Siem Reap (Angkor Vat), la province de Battambang, la région côtière au sud et la province du Mondolkiri pour nous voir.
Dimanche, nous avons tous les quatre suivi un programme chargé. Après le (petit) déjeuner, nous sommes partis à Sen Monorom. Nous avons fait un détour par le marché, où nous avons demandé la direction pour se rendre à l'océan d'arbres (samot cheur), Lonely Planet mentionnant seulement que le lieu se situe à 6 km au nord ouest de la ville. Deux gentilles dames dans un magasin pour touristes, avec qui on n'a pas vraiment réussi à communiquer, nous ont offert un café glacé à côté d'un torréfacteur et vendu du café et du miel de la région.
Après avoir tenté en vain de trouver la fameuse forêt d'émeraude, Geo a téléphoné à Pierre pour qu'il lui explique le chemin. Remis sur la bonne voie (il faut couper la piste d'atterrissage), nous avons rencontré un panneau indiquant plusieurs lieux et, continuant à gravir le mont, nos yeux ont croisé des pancartes informant le nombre de kilomètres restants pour atteindre la curiosité touristique. A destination, nous sommes tombés sur un jardin d'arbres aux déformations variées au sein duquel avaient été montées des paillottes pour accueillir les pique-niques. La vue peu dégagée surplombait certes une forêt dense mais nous n'avons pu réellement l'admirer, seulement l'entrevoir à travers les troncs. Un escalier de fortune inachevé plongeait d'un côté mais ne permettait pas de descendre plus de vingt mètres ni de profiter d'un meilleur panorama. Il ne s'agissait pas d'observatoire à proprement parler, comme semblait l'affirmer le guide touristique.
Après la découverte de cette forêt, nous avons déjeuné (diné) à Nature Lodge, où la construction du nouveau bar sur une plateforme avait bien progressé depuis notre premier passage. Puis, nous sommes revenus vers Bousra où nous avons évidemment arrêté la voiture aux chutes. Nous sommes directement descendus pour nous rendre au bas de la deuxième cascade. Le débit de l'eau avait augmenté en raison des fortes pluies qui étaient passées. Ce qui offrait donc un spectacle plus impressionnant que la première fois. Geoffroy aimerait bien y retourner après un gros orage pour voir ce que cela donne.
Au retour, alors que la nuit s'apprêtait déjà à s'installer, nous avons fait une boucle par la plantation pour y emmener nos visiteurs. Le soir, nous avons mangé des carbonnades-frites. J'avais demandé à Phalla d'apprendre la recette des carbonnades à Lin, sa remplaçante, avant que la première ne nous quitte pour aller accoucher à Phnom Penh. Lin est une personne agréable, parlant suffisamment bien anglais et sachant cuisiner de façon créative. Lin nous a par exemple servi au repas du jus de pommes et du jus de mangues frais ; elle nous a aussi étonnés avec une présentation originale de fruits (tranches de pastèque avec peau découpée en forme de poignée ; quartiers de pommes disposés en étoile).
Un fait remarquable dans notre cuisine : le frigidaire est quasiment vide et bien qu'on n'ait pas acheté de provisions à Phnom Penh avant de venir à Bousra, on mange tous les jours une nourriture bonne, saine et variée, constituée de protéines (viande, volaille, poisson ou fruits de mer), féculents (souvent riz, mais aussi manioc, pomme de terre, pâtes) et beaucoup de légumes (divers) et fruits (servis en dessert à chaque repas).
Geoffroy et moi sommes surpris du comportement des Cambodgiens, en raison de leur esprit d'entreprise et de leur serviabilité. Aussi sommes nous satisfaits que personne ne nous demande de les aider (avec de l'argent). Au contraire, les collègues que nous apprécions nous font plaisir. Saream nous a offert des livres pour apprendre le khmer. Saromm et sa femme nous ont préparé un repas typiquement cambodgien, composé de galettes de riz, fourrées avec du bœuf haché, et leur accompagnement. Concrètement, on prend une feuille de laitue, dans laquelle on dépose un morceau de galette ; on ajoute des rondelles de concombre et des feuilles (de coriandre entre autres) et on trempe dans une sauce sucrée où baignent des oignons, cacahuètes, piments, etc. Un régal !
A Bousra, le 8 août 2009
Au cours de l'après-midi, je me suis rendue avec Geoffroy à l'endroit où se situent les tombes piétinées. L'une est visible à la croix en bois qui la rehausse. Sur le lit en terre gisait une jarre cassée. On voyait des lambeaux de tissus, une gourde, quelques amphores brisées dispersés autour du caveau. Cet apparat d'aspect ancien contrastait avec les emballages de boisson et quelques cigarettes offertes dans la matinée au défunt, et les bougies et l'encens allumés pour la cérémonie.
Face à la destruction partielle de la forêt sacrée et à la dégradation des tombeaux, les Phnongs et la famille concernée ont demandé de protéger les lieux sacrés afin de continuer à en jouir et de pouvoir s'y recueillir. Sans prétendre à un éclairage des faits, il convient de jeter la lumière sur l'état des lieux : l'arrivée de ce qu'on appelle « développement », le progrès, aux portes de la « jungle » (ou de la forêt), sur des terres détenues depuis des millénaires par les peuples indigènes du Cambodge, peuples premiers, synonyme souvent de natifs, voire sauvages. Nous sommes en train de vivre ce qui s'est produit par le passé ; l'histoire se répète, d'une façon certes plus pacifiste : la victoire des conquistadors sur les Incas, Mayas et Aztèques, la conquête de l'Ouest par les pionniers contre les Amérindiens. Il faut nuancer la métaphore - terme moins approprié qu'hyperbole visant à exagérer. Il ne s'agit pas en l'occurrence d'extermination au sens propre. Plutôt faut-il parler, à l'heure de la mondialisation, de bouleversement culturel, pouvant résulter soit en acculturation soit en assimilation. En tout cas, la question des Phnongs représente le cheval de bataille de la compagnie, des ONG et des autorités. La compagnie s'attèle à employer les services d'experts en la matière, tel que le linguiste, défenseur des Phnongs.
Bien sûr, il faut distinguer entre les membres d'un groupe a priori homogène. Certains pourront être absorbés par le changement, de manière quasi volontaire. D'autres combattront peut-être les incursions ou subiront les perturbations, comme on peut le supposer pour les personnes âgées. Déjà, leur environnement naturel a été bouleversé par la métamorphose d'une proportion de forêt en vaste plaine. On peut se demander ce qu'ils deviendront dans l'avenir à plus large échelle si l'on n'y prend pas garde. Il est possible qu'ils soient repoussés, plus ou moins expulsés, des deux côtés de la frontière cambodgienne-vietnamienne. N'ayant pas les moyens de lutter contre ce phénomène en s'organisant, il est raisonnable que la compagnie soutienne ces personnes, au-delà du rachat de leurs terres (ce qu'elle a déjà commencé), en leur offrant du travail rémunéré, soit en les employant (actuellement, un tiers des employés SOCFIN est phnong) soit en les aidant à développer des plantations d'hévéa familiales dont les Phnongs seraient les propriétaires (ce qui est en cours).
A Bousra, le 5 août 2009
Geoffroy et moi, avec d'autres personnes de SOCFIN, étions invités à une cérémonie phnong. Le groupe des organisateurs, emmenés par la femme du cornac, avait convoqué l'événement après que les bulldozers aient abattu une partie de forêt sacrée. Un mot d'explication concernant les forêts sacrées présentes sur la concession : les Phnongs considèrent que ces repaires abritent des esprits de la nature . La compagnie, soucieuse de respecter la culture des populations locales, a loué les services du cornac qui, monté sur son éléphant et accompagné d'un employé de SOCFIN muni d'un GPS, a tracé les frontières des forêts sacrées. Toutefois, l'une d'elles s'est retrouvée amputée de plusieurs arbres lors du défrichement. Geoffroy impute cette méprise au GPS dont la marge d'erreur serait d'environ 6 mètres. Une autre cérémonie est prévue cette semaine pour apaiser les morts dont les tombes ont été endommagées lors de l'abattage dans un autre bloc.
Pour soulager la colère des Phnongs, la compagnie a offert deux jeunes bufflonnes de couleur noire et un cochon. L'une des bufflonnes et le cochon ont été sacrifiés mercredi. Nous avons vu la bufflonne paître dans un pré avant d'être amenée à la lisière de la forêt pour y être sacrifiée. Un homme a planté à deux reprises une hache artisanale dans la tête du bœuf. Après que l'animal se soit affaissé, un jeune homme, à l'expression triste, a récolté le sang qui coulait de la tête dans une marmite. Le sacrifice fut suivi d'une séance de prière. Un groupe d'hommes et de femmes assis en cercle autour d'un autel sommaire, constitué de tiges de bambou tressées, entonnèrent des incantations. Le linguiste a enregistré les paroles se mêler en une frénésie verbale, a priori insensée. Au milieu d'eux brûlait de l'encens ; un bol de sang complétait l'attirail. La cérémonie se poursuivit par le rituel de boire à la jarre. L'un après l'autre, en commençant par Mr Monnin et en finissant par moi, nous sommes passés à la jarre aspirer par un tuyau l'alcool de riz dans lequel macéraient des feuilles. Le cocktail n'était pas trop fort, sans être excellent. Il n'y a qu'à juger par ma grimace sur la photo. En tout cas, l'homme à côté rigole « à pleine é-dentition ». Puis vint le tour de dépecer le cadavre. Chaque participant phnong reçut son trophée, qu'il s'agisse de jambe, peau, côte, boyaux ou de la tête. Toutes les parties furent emportées, logées dans une remorque tirée par un motoculteur. Pendant ce temps-là, une dame âgée regardait la scène en roulant une cigarette artisanale avec une feuille et une substance inconnue. La cérémonie s'est close avec une séance d'expression des doléances formulées par la femme du cornac, connue pour son caractère rebelle.
L'après-midi, un camion est venu décharger de la latérite à l'entrée de notre jardin. Une niveleuse a ensuite réparti le tas. Il semble que ce soit le chauffeur de Geoffroy qui ait commandé la livraison. Mr Monnin a expliqué que les Cambodgiens considèrent que la maison du boss doit être la plus belle. Evidemment, cette initiative nous arrange puisqu'à chaque forte pluie, la terre devant notre maison se changeait en gadoue.
A Bousra, le 3 août 2009
Semaine un peu difficile car l'ennui commençait à me gagner. La fatigue (mentale due à l'oisiveté ?) avait aussi apporté son lot de mauvaise humeur au tableau. La barrière de la langue est réelle. Les Cambodgiens ne sont pas vraiment des gens accessibles ; ils sont réservés à l'égard des étrangers. De plus, ils cultivent le sens de la hiérarchie ; ainsi Phalla, notre cuisinière, ne semble pas encline à sympathiser avec moi. Enceinte de huit mois et ayant droit à trois mois de congé de maternité en tant qu'employée SOCFIN, elle a commencé à se reposer et à se préparer à partir à Phnom Penh pour accoucher. Avant son départ et avant même que la compagnie propose une remplaçante, Phalla nous a présenté une amie. Lin parle heureusement aussi anglais et a également séjourné en Malaisie.
Avant qu'elle ne parte, j'ai demandé à Phalla de me montrer comment préparer un café glacé avec du lait concentré sucré. Boisson très rafraîchissante, agréable par temps chaud, comme c'est actuellement le cas. Voici la manière de procéder : mettez environ trois cuillère de café soluble dans un récipient, une dose de lait concentré sucré et ajoutez de l'eau bouillante ; remplissez avec une grande quantité de glaçons ; c'est prêt !
Sont arrivés le soir de Phnom Penh le linguiste Sylvain Vogel, qui a rédigé un recueil de chants et poèmes phnong, son neveu Adrian, Français en vacances au Cambodge, et le photographe américain Joe Garrison. Le lendemain, après le rassemblement des travailleurs à 6h, j'ai accompagné Mr Monnin et les visiteurs faire un tour en plantation. Charles et Adrian se sont mis dans la benne, tandis que je me suis assise dans la voiture à l'arrière, au milieu entre Sylvain et Joe. J'ai trouvé la visite instructive. Nous nous sommes arrêtés au jardin à bois (de greffe), à la scierie, à la pépinière d'essences forestières destinées à être plantés dans un arboretum à l'entrée de la plantation. Nous avons assisté à une démonstration de greffage dans la pépinière hévéa.
L'après-midi, sur les conseils de Mr Monnin, Charles, Adrian et moi sommes partis en expédition. Nous avons pénétré une forêt sacrée pour rejoindre un arbre géant situé sur la concession. Sur le chemin glissant à travers la jungle tropicale, nous avons découvert de jolies fleurs. Pour descendre à la cascade, dont j'ai malheureusement raté la photo (mon appareil ne fonctionnait pas bien ; il avait dû prendre l'humidité), il fallait s'agripper aux troncs grouillant de fourmis, en essayant de ne pas tomber en arrière. Adrian avait ramassé une branche de bambou pour s'appuyer dessus et il me la tendait dans les pentes difficiles. Remonter était plus rapide ; il suffisait de grimper en se tenant à tout ce qui paraissait assez solide.
Quand nous sommes rentrés au village, j'ai amené Charles et Adrian à la maison. Ils ont fait la connaissance des chiens qui étaient attachés au système de cordes et poulies. Adrian, voulant admirer de plus près les rizières, s'est avancé au bout du jardin. Sirocco a subitement foncé sur lui. Le jeune homme a couru pour s'éloigner, mais le chien a réussi à attraper sa chaussette et la déchirer. Heureusement, il n'y a pas eu d'autres dégâts à constater.
A Bousra, le 2 août 2009
On avait pris la précaution de demander la veille à Juan d'allumer seulement le générateur à 8h du matin, afin de ne pas subir le réveil frénétique de nos voisins. Nous nous sommes levés vers 7h30. Pendant le (petit) déjeuner, nous nous sommes amusés à regarder les chats jouer. Hatha est vive et aime cavaler et sautiller – que dis-je, bondir. Il lui arrive même de poursuivre Coquin, qui doit peser au moins trois fois son poids. Elle essaye de tirer sur sa longue queue rousse. Etonnamment, elle a rejoint son compagnon de jeu sur le fauteuil, où il sommeillait, et s'est blottie contre lui. On les a même surpris à dormir dans notre lit !
Autre note positive améliorant considérablement la qualité de notre nuit : on n'a plus eu à subir les inconvénients de la paye car Saroom (celui qu'on apprécie beaucoup) a obtenu la responsabilité de veiller sur l'argent. Le coffre qui trônait dans notre bureau s'en est aussi allé.
Malgré le temps maussade, nous sommes sortis promener les chiens dans le village avant de déjeuner/dîner. Dans l'après-midi, nous les avons emmenés sur la plantation. En roulant pour y aller, on a failli entrer en collision avec une moto conduite par une femme. Les conducteurs cambodgiens ont tendance à serrer à gauche dans les tournants, c'est ainsi qu'on se retrouve nez-à-nez avec un véhicule devant soi. A cause de la boue glissante comme de la neige, même si Geoffroy ne roulait qu'à 30 km/h, il n'a pas pu se déporter comme en temps normal. Heureusement, la conductrice de la moto s'est arrêtée à temps.
Ce soir, le plat que nous a cuisiné Phalla était très spécial. Comme à chaque repas, elle nous a servi du riz blanc. Sur la table se trouvaient aussi une soupe de poisson et une assiette avec des rondelles vertes et des lamelles de bœuf. La soupe était très épaisse et mélangeait tous les ingrédients : chair et arêtes de poisson, cubes de potiron et pommes de terre, morceaux de haricots et feuilles. Curieux de connaître le nom du légume accompagné de bœuf, nous avons cherché sur internet. Il s'agit de la margose. « La margose (Momordica charantia), également nommée momordique, pomme de merveille, poire balsamique, concombre africain ou melon amer, est une plante grimpante de la famille des Cucurbitaceae, donc apparentée à la courge, cultivée dans les pays chauds pour son fruit comestible bien que très amer. » (Wikipedia) On lit d'ailleurs plus loin que c'est le plus amer des légumes ! Geoffroy trouvait que le goût ressemblait à celui de la quinine. La margose est réputée pour ses vertus médicinales. Meilleure motivation pour en manger ! N'empêche, on s'est demandés ce qu'on avait bien pu faire de mal pour mériter une telle punition.
A Bousra, le 1er août 2009
Phalla et moi sommes allées chez le voisin demander si je pouvais adopter le chaton. L'un des hommes est parti le chercher dans l'atelier pour nous le montrer. Ils nous ont proposé de le prendre sans payer (donc ils blaguaient peut-être la veille quand ils ont prononcé le mot argent). Phalla a tenu le chaton contre son blouson pour l'apporter à la maison. On a confectionné une laisse adaptée à la taille du petit chat et on l'a attaché au pied d'une chaise dans la cuisine. Coquin, notre chat mâle, ne s'est pas immédiatement aperçu de l'intruse. Quand il l'a découverte, il a avancé discrètement vers elle, d'un air intrigué. Le chaton s'est rebiffé en crachant et en menaçant avec ses griffes. On peut dire qu'elle a du caractère. Néanmoins, elle s'est approchée petit à petit de Coquin, qui semblait également sur ses gardes. J'ai donné à la chatte du pâté pour chat qu'elle a dévoré. Plus tard, je suis allée acheter du lait au magasin d'en-face où j'ai pu expérimenter ma première vraie interaction en khmer. J'ai dû paraphraser pour obtenir ce que je voulais car je prononçais sans doute incorrectement. Lait en khmer se dit phonétiquement teûk döh kau, ce qui se décompose littéralement en « teûk = eau, döh = sein, kau = vache ». C'est un exemple de la construction des phrases selon l'ordre du général au déterminé. J'ai prononcé le terme « kafé », ce qui a mis la puce à l'oreille de la vendeuse.
Geoffroy et moi avons mangé avec Mr Monnin, François, Manu, Tavi et Charles (16 ans), fils d'amis des Monnin, venu pour les vacances. Quand nous sommes rentrés, Geo a fait la connaissance du chaton. Il a la queue coupée (typique des chats khmers) et le pelage noir et beige, alterné d'un côté à l'autre du corps et de la tête, des yeux ronds et de grandes oreilles. On l'a baptisée Hatha. Le nom s'est imposé après avoir lu le jour même dans un livre d'exercices de yoga que le « hatha yoga tire son nom de l'union des contraires : on pense communément que le terme résulte de la réunion des mots "soleil", ha, et "lune", tha » en sanscrit. Ben oui, il faut bien s'acclimater au contexte oriental…
A Bousra, le 31 juillet 2009
En marchant avec Juan et les deux chiens dans le quartier, j'ai entrevu un chaton chez le voisin. J'ai voulu savoir s'il s'agissait d'un mâle ou d'une femelle. D'après l'homme qui l'a attrapé et examiné, le chaton, à l'attitude sauvage, serait une femelle. Ce qui serait parfait pour notre chat (non castré) dont on perçoit l'oisiveté et à qui on veut apporter de la compagnie afin qu'il ne s'aventure pas trop loin de la maison.
L'après-midi, je suis allée avec Geo sur la plantation pour photographier les graines d'hévéas récemment arrivées par tonnes de Kompong Cham, province hébergeant les plantations industrielles de Memot et Chup. Les graines de GT 1 produisent les meilleurs porte-greffes connus actuellement. Les graines sont disposées dans un germoir, constitué de plates-bandes d'un mètre de largeur et situé à proximité immédiate d'un point d'eau et de la pépinière. Les pépiniéristes étalent d'abord un tapis de sable sur lequel ils répartissent ensuite les graines avant de recouvrir celles-ci d'une épaisse couche de végétation
pour maintenir une humidité constante. La germination commence normalement quatre jours après la mise en place des graines (à partir de sept jours sous notre climat, relativement frais). La première manifestation de la germination est l'ouverture de l'opercule d'où apparaît la radicule blanche entourée de plusieurs petits points également blancs. Les graines germées sont plantées dans des sacs en polyéthylène. Les plants seront greffés à l'âge de 5 à 6 mois. (résumé basé sur le livre « Le Technicien d'Agriculture Tropicale. L'Hévéa » et sur mes conversations avec Geoffroy)
L'après-midi, j'ai étudié un peu la langue khmère en me référant au livre « Parler le cambodgien. Comprendre le Cambodge » de Pierre-Régis Martin et Dy Dathsy. J'ai complété un lexique de mots utiles ainsi qu'une liste d'expressions courantes. Ensuite, j'ai traduit en anglais le compte-rendu de la deuxième semaine pour les lecteurs anglophones. J'ai utilisé la fonction 'traduction' de Windows. Bien qu'approximative et parfois très littérale, elle comporte l'avantage d'être rapide, donc pratique. Il fallait ensuite relire et rectifier les mots laissés en français ou les erreurs d'interprétation du logiciel.
Le soir, d'une fraîcheur inhabituelle nous dissuadant de prendre une douche, j'ai voulu me divertir avec un film parmi les DVD prêtés par les Monnin. Colombo et Poirot n'étant pas vraiment notre tasse de thé et Doberman contenant trop de violence pour nos âmes sensibles, j'ai sélectionné, après en avoir retenu deux, Taxi Driver, œuvre culte mais que je n'avais jamais vue. Tandis que Geo, tombant de fatigue, était parti se coucher, j'ai regardé le film jusqu'à 21h45, anticipant sur la coupure d'électricité de 22h.
A Bousra, le 30 juillet 2009
Il faut aussi que je raconte notre premier réveil en fracas vers 3h du matin. J'étais en train de rêver quand j'ai entendu du verre tomber et se briser. J'ai tout de suite pensé au chat. J'ai réveillé Geoffroy. Tous les deux, nous nous sommes levés dans l'obscurité, torche et lampe de secours à la main, pour se rendre compte de l'étendue des dégâts. Dans la cuisine, plusieurs débris de verres (ayant servi la veille avec le DG venu manger chez nous) reposaient sur le sol et dans l'évier. Voulant bien faire, nous avions débarrassé (après le départ de Phalla, hier soir, car il était déjà tard quand nous sommes sortis de table) et posé la vaisselle sur le plan de travail. Pas de bol : Coquin est passé par là pendant la nuit ! L'acrobate monte sur le mur d'environ 2 mètres de hauteur pour essayer d'attraper les geckos qui vivent dans le toit. En sautant de là-haut, le chat a raté son coup et atterri sur la vaisselle. On a nettoyé le sol afin que Phalla ne marche pas pieds nus sur un morceau de verre cassé, puis on s'est recouchés. Je n'ai pu cependant me replonger dans le sommeil.
Pour en revenir aux visiteurs, ils vivent à Phnom Penh. L'un est correspondant pour l'agence de presse espagnole, l'autre est photographe ayant suivi son compagnon australien, chercheur à l'Université John Hopkins. Bien qu'Arantxa ne fut pas la journaliste des deux, ce fut elle qui nous mitrailla le plus de questions. Un photographe professionnel passe sa journée à photographier. Quoi de plus banal ! Elle nous demandait d'arrêter la voiture, descendait, se déplaçait pour choisir différents angles de vue et photographiait ainsi pendant au moins un quart d'heure.
J'ai apprécié la discussion avec le journaliste catalan qui semblait au faîte des conditions de vie des Phnongs et autres chunchiet (minorités) et partageait volontiers son opinion sur le sujet. Geoffroy leur a montré une maison phnong, reconnaissable à son matériau principal, le chaume. On a rencontré sa propriétaire en compagnie de ses enfants. On a approché l'orée d'une forêt sacrée dans laquelle sont censés errer les esprits, selon les croyances phnongs. Quant à moi, je n'y ai remarqué que la faune qui y foisonne (j'ai même aperçu un écureuil qui grimpait sur un tronc d'arbre). Ensuite, les visiteurs ont interviewé un chef d'équipe phnong. Je croise les doigts pour qu'ils ne repartent pas avec de mauvaises intentions à l'égard de la compagnie et qu'ils n'aient pas dissimulé leur réelle motivation sous le motif de documenter les Phnongs. Il faut se méfier des journalistes, mais je pense qu'il est parfois pire de leur bloquer l'accès. C'est le meilleur moyen pour qu'ils s'insurgent contre la rétention d'informations et traduisent le refus de communiquer en manque de transparence, voire en volonté de masquer la vérité. Vérité qu'ils peuvent interpréter à leur façon, selon leurs références et en fonction de leur angle d'analyse, sans qu'il y ait eu échange d'arguments avec la cible en question. Ces réactions exacerbées pourraient causer plus de tort que si les journalistes observaient la réalité selon un encadrement approprié.surtout à Phnom Penh, des torts causés par les guerres et le régime khmer rouge et des rôles respectifs du gouvernement, des ONG et des compagnies privées.
A Bousra, le 29 juillet 2009
Au moment où je tapais les lignes précédentes, Khemara est apparu pour la nième fois. Il est vrai que la connexion internet ne fonctionnait pas de nouveau. On nous avait prévenus dès le début que les Cambodgiens – tout au moins en milieu rural, je suppose – entrent chez les gens sans frapper. L'expérience le confirme, bien qu'on pense jouir suffisamment de notre intimité. Personne ne nous a encore surpris en train de regarder la TV le soir ou de dormir la nuit. Dans le domaine, il faut aussi parler des allées et venues successives, dans le jardin, d'animaux tels que volaille, porcins, ainsi que bétail de temps à autre. Par contre, les chiens se tiennent éloignés en raison de notre garde. De toute façon, les us veulent que tout le monde, surtout les animaux domestiques, vagabonde librement. De plus, la notion de propriété n'est pas vécue par tous de la même manière. En témoigne le fait que Phalla et un inconnu, se soient servis un morceau de la corde que Geoffroy avait fait acheter pour concevoir le système de mouvement des chiens : chacun peut se déplacer le long d'une corde suspendue d'un bout à l'autre du jardin sur laquelle est reliée une chaîne au bout de laquelle le chien est attaché.
Notre réalité est qu'on vit au milieu du village et qu'il convient de suivre les normes établies par la communauté. Ce qui, ma foi, n'est pas déplaisant car il semble qu'un esprit de tolérance, même envers les nouveaux arrivants (étrangers), souffle sur Bousra. L'atmosphère est paisible ici. Personne ne nous demande rien (peut-être parce qu'ils préfèrent se servir !), contrairement à l'Afrique où il était fréquent que quelqu'un quémande. Ce qui créait un malaise à la longue. Bien sûr, les choses doivent être différentes à Phnom Penh, comme dans toutes les capitales où l'argent doit occuper une place à part entière et régner en maître sur les relations. Il est tristement préoccupant de lire dans le Cambodge Soir les crimes commis à Phnom Penh pour l'appât du gain. En ce sens, nous sommes bien lotis. Ma seule inquiétude concerne la méfiance que les personnes associées à la compagnie peuvent procurer aux Pnongs. Pour cette raison, je souhaiterais m'investir davantage dans les relations avec ce groupe ethnique afin d'assurer au maximum la paix et le bien-être mutuel…
A Bousra, le 28 juillet 2009
Journée quelque peu pittoresque ! Mr Khemara est venu, une fois de plus, à la maison. Il nous avait déjà honoré de sa visite à plusieurs reprises pour réparer la connexion à internet (toujours défectueuse). Cette fois, il était accompagné d'un collègue vietnamien. J'ai demandé à celui-ci s'il mangeait les chats car Coquin était dans les parages et que j'avais appris que les Vietnamiens aiment manger les chats. Il m'a répondu que non : il aime les chats, mais n'en consomme pas. Il préfère les chiens ! Ils ont ajouté une prise pour la TV, le décodeur et le lecteur DVD que Geo et moi avions déplacés.
Au début, le Vietnamien avait connecté les fils de telle façon que le fonctionnement de la TV dépendait de la lampe dans le salon. Quand on éteignait la lumière, la TV s'éteignait aussi. Ennuyeux pour regarder un bon film dans le noir ! Les réparateurs, après s'en être aperçus, ont modifié le branchement. Pendant ce temps-là, équivalant au moins à une demie heure, sous la maison, le gardien, dans son hamac, et les deux chiens, couchés dans la poussière, savouraient leur sieste.
Après que les pros de l'électricité soient partis, j'ai demandé à Juan d'emmener les deux chiens en laisse se balader dans le village. Je tenais Docile tandis que Juan se chargeait de Sirocco qui s'essouffle très vite à force de tirer sur sa laisse comme un fou. Ma crainte était que le mâle attaque les autres chiens, voire morde quelqu'un ou se rue sur une moto. C'est sûr qu'il était excité, mais les chiens du quartier ne sont pas des anges non plus. On s'est sans doute fait remarquer dans le voisinage avec tous ces aboiements canins. Arrivés à un croisement que je redoute, où une meute de chiens semble dicter sa loi, j'ai préféré faire demi-tour et rentrer à la maison pour éviter la bagarre entre Sirocco et les autres. Au moins, les chiens ont pu se familiariser avec les autres animaux des environs, incluant poules, cochons et vaches outre les nombreux chiens. Evidemment, on ne peut laisser constamment les chiens enfermés (c'est-à-dire attachés sans qu'ils ne puissent gambader) et reclus. Ils doivent commencer à côtoyer le monde extérieur et vice-versa. Je redoute cependant que les habitants du village soient réticents à l'égard de Sirocco qui a une tendance à la dominance et un comportement plutôt brutal.
A Bousra, le 27 juillet 2009
Je me suis levée un peu avant 7h pour aller à l'hôpital du village où se déroulait la visite médicale des employés de SOCFIN-KCD. Ni Geo ni moi n'avons pu manger de pain pour le (petit) déjeuner. Il paraît que le boulanger du coin s'était saoulé la veille et avait découché, omettant son engagement à l'égard de la compagnie : celle-ci lui ayant fourni du matériel (pétrin et four), il est censé rembourser en pains.
A l'hôpital se trouvait l'équipe du docteur Prandi : quatre Françaises internes en médecine et, parmi les Cambodgiens, deux infirmiers, deux techniciens, une secrétaire et une interprète. Il s'agissait avant tout d'une visite de routine pour évaluer si les patients sont aptes au travail. Ils vérifiaient également le cœur à l'aide d'un électrocardiogramme et d'une échographie, équipements onéreux et inexistants dans les dispensaires ruraux. L'autre examen se concentrait sur les maladies pulmonaires. Il y a une forte prévalence de tuberculose dans le pays. Toutefois, comme pour le paludisme, les enfants et les personnes âgées sont évidemment les plus victimes. Une consultation des travailleurs pnongs s'était déjà produite quelques semaines plus tôt, aboutissant à la conclusion qu'ils sont généralement en bonne santé.
Dans l'après-midi, Juan, notre gardien, et moi avons enlevé la toile cirée à fleurs qui couvrait le plancher du séjour. Pour ce faire, on a extrait toutes les punaises enfoncées dans le plancher tous les 20 cm. Geoffroy et moi voulions éprouver davantage la sensation de vivre dans une maison en bois. La compagnie avait posé le plastique pour cacher les intervalles entre les planches qui, il est vrai, laissent passer la lumière (et les insectes). Nous avions vérifié, au préalable, la vue à travers les espacements par en-dessous. Il faudrait vraiment se concentrer pour décerner les actions se déroulant dans la maison.
A Bousra, le 26 juillet 2009
Dimanche, seul jour de repos (normalement). Geoffroy a dû se lever à deux reprises durant la nuit : d'abord à 1h pour réceptionner l'argent de la paye pour les travailleurs, ensuite à 6h pour redonner la bourse afin qu'on la distribue le matin même. En résumé, le processus se passe de la manière suivante : le samedi soir, le personnel administratif compte les billets (à l'aide d'une machine) et prépare des paquets correspondant aux revenus de chaque travailleur. On dépose l'argent chez un directeur, en l'occurrence Geoffroy, pour le garder en lieu sûr jusqu'à ce que ce soit l'heure d'ouvrir les guichets de paiement. Geoffroy et moi espérons vivement que ce mode de fonctionnement changera très vite pour ne pas devoir subir ce genre de dérangement trop longtemps.
En plus, vers 6h, le bruit commençait déjà à retentir chez nos voisins. Le village se réveille en musique. Le karaoké a la côte. On entend fréquemment (surtout le soir) les gens chanter des chansons khmères et anglophones. Il semble que la culture japonaise soit très influente. En tout cas, il n'est pas rare de croiser des jeunes, surtout des garçons, habillés avec des vêtements branchés et les cheveux coiffés à la dernière mode. Il paraît que quand un Cambodgien achète un lecteur de DVD (par exemple de la marque Akira comme chez nous), c'est avec la fonction karaoké – sans oublier le micro ! Saream, l'assistante de la directrice administrative, nous a d'ailleurs dit posséder un karaoké chez elle. Elle est revenue à Bousra pour quelques jours en nous apportant des denrées alimentaires (principalement pour nourrir les animaux). Elle doit bientôt être à Phnom Penh pour participer au championnat de ping pong du Cambodge. Elle est actuellement deuxième au classement national.
En raison de ce vacarme, on n'a pas pu se rendormir et on était donc debout tôt (pour un dimanche !). Le point positif est que ce réveil matinal nous a permis d'être actifs dès le début de la journée. Nous sommes allés aux chutes de Bousra dans l'avant-midi. « Cette chute d'eau, dans la jungle épaisse, est l'une des plus impressionnantes du Cambodge. Célèbre dans tout le pays, cette double cascade plonge d'abord sur quelque 10 m, puis chute avec fracas 25 m plus bas. » (Lonely Planet) L'entrée aux chutes coûtait 5 000 riels, soit 1,25 $ (1 $ = 4 000 r). Arrivés au pied de la première cascade, on a rencontré un groupe d'au moins cinq hommes, assis sur un tapis en train de boire et de causer, qui nous ont proposé à chacun une bière (Angkor, bière nationale produite par une grande brasserie à Sihanoukville). Ils nous ont expliqué qu'ils étaient profs dans un lycée à Kompong Cham. L'un d'eux nous a parlé en français, un autre en anglais. Ils se rendaient pour la première fois aux chutes de Bou Sra. Ils nous ont confondus avec des touristes. On a pris congé d'eux pour se rendre au bas de la deuxième cascade. On a marché au hasard afin de trouver le chemin qui menait là-bas. En vain. Donc nous sommes repartis à l'entrée demander la direction. Il fallait en fait ressortir et faire demi-tour pour accéder au site. On a suivi un petit chemin à travers la brousse jusqu'à un escalier raide en bois. Pour admirer ces chutes, plus grandes et impressionnantes que les premières, il n'y a pas d'entrée à payer.
A midi, on a mangé au bureau avec le cardiologue français, venu de Phnom Penh avec son équipe (quatre stagiaires françaises, deux techniciens, deux infirmiers, une administrative et une interprète cambodgiens) pour examiner les 120 employés de SOCFIN-KCD. Ancien coordinateur de Médecins du Monde au Cambodge, le Dr Jean-Claude Prandi, collabore à présent à La Chaine de l'Espoir (http://www.chainedelespoir.org/index.php3), une association humanitaire d'aide à l'enfance. La visite médicale aura lieu demain (lundi). Je vais me rendre avec Saream à l'hôpital du village pour y assister.
Dans l'après-midi, nous sommes allés nous promener sur la plantation avec les chiens. On les transporte dans la benne du 4x4, attachés de sorte qu'ils ne puissent pas tomber. Il n'est pas rare que la chienne Docile vomisse car elle est malade en voiture sur ces pistes cahoteuses. Nous avons parcouru une colline sur laquelle devraient être construites les futures maisons des directeurs, dont celle du directeur de plantation. Au fur et à mesure qu'on grimpait, on s'est aperçus qu'il y a une grande surface de granit, ce qui équivaut a priori à très peu de terre pour notre jardin. A la manière d'explorateurs, on s'est faufilés à travers les arbres et les roches pour découvrir les lieux qui ne manquent pas de charme. Cet endroit offre un beau panorama.
Le soir, Paala a cuisiné au wok des nouilles avec des écrevisses et des légumes. On a mangé avec des baguettes en bois. Un régal ! En dessert, on a dégusté quelques ramboutans, de la même famille que les litchis, recouverts d'une écorce aux molles épines rouges et vertes. Comme fruits typiques de la région, on a déjà aussi goûté le mangoustan (à la peau violette contenant des quartiers de chair crémeuse au goût raffiné), le longane (au goût de melon sucré selon moi) et le fruit du dragon, à la peau rose vif et à la chair blanche piquetée de petits points noirs (un peu comme le kiwi). Les fruits du dragon poussent sur des lianes, ressemblant à un cactus, s'appuyant sur un arbre. Je ne connais pas encore le durian, réputé pour sa vertu aphrodisiaque. « Le durian a un goût très subtil dont la base serait un camembert au lait cru à point avec des nuances d'ananas et d'ail, et dégage une odeur particulièrement forte considérée par beaucoup d'Européens comme peu agréable, souvent comparée à celle du vomi. » (Wikipedia) Vu cette description peu ragoûtante, on peut s'interroger sur l'efficacité aphrodisiaque de ce produit ! Parmi les fruits classiques, on a trouvé la pastèque exquise, et Geoffroy apprécie particulièrement les pommes du Vietnam.
Entre-temps, on a déplacé les meubles (T.V., canapé et table) du salon pour agrandir en largeur l'espace du séjour (pièce qui mesure environ 10 mètres sur 4) en veillant à ne rien laisser dans le passage de l'entrée à la chambre pour ne pas buter dans quelque chose. Précaution utile quand le générateur est éteint la nuit. Il faut savoir que l'électricité est générée par un groupe électrogène qui alimente plusieurs maisons, dont la nôtre, et une station service. Le générateur se trouve d'ailleurs à l'arrière du jardin. Les horaires de fonctionnement sont 5h-8h, 11h-13h et 17h-22h. Bientôt, les lumières vont s'éteindre pour laisser place à la tranquillité nocturne.




















