
1 juin 2010
De Siem Reap à Phnom Penh, le 3 avril 2010
Après ces trois jours délicieux à Angkor et Siem Reap, Jane et moi avons quitté la maison d'hôtes de bonne heure afin d'aller prendre notre avion à destination de Phnom Penh. Jane eut encore quelques palpitations tandis que le personnel à l'aéroport ne trouvait pas son nom dans la liste des passagers. En fouillant ses emails, elle se rendit compte que la transaction pour l'achat du billet n'avait pas été effectuée et eut donc à payer sur place. Heureusement, nous nous retrouvâmes toutes les deux à bord de l'appareil.
Arrivées à l'aéroport de Phnom Penh, Jane et moi nous dîmes au revoir tandis que Geoffroy m'attendait. Jane alla prendre son deuxième vol en direction de Kuala Lumpur (Malaisie) avant de voyager vers sa destination finale, Bombay. Quant à Geoffroy et moi, nous restions dans la capitale profiter ensemble de la fin du week-end.
Aux environs d’Angkor, le 2 avril 2010
Aux environs de Siem Reap, le 1er avril 2010
Nous étions inscrites pour une excursion organisée par Osmose à la réserve ornithologique de Prek Toal. Un bus est venu nous prendre à la guesthouse à 6h15. Nous étions accompagnées d'un guide et de trois autres touristes : un couple de Hollandais, globe-trotters dont l'homme est pilote chez KLM ; ainsi qu'une Française retraitée, Lenia (d'origine russe, prononcez « Liéna »), aventurière, ayant relié la Thaïlande et Siem Reap à vélo ! Son fils s'est marié à une Thaïlandaise et habite actuellement Bangkok. Passant très peu de temps en France car voyageant beaucoup, Lenia m'a stupéfiée en disant que quand ce n'est pas son vélo qu'elle emporte, c'est son kayak qui la suit ! (Pour en savoir plus sur les tribulations de Lenia : http://millepasplusloin.blogspot.com/)
Au cours de cette journée, nous avons navigué sur l'immense lac Tonlé Sap (« grand lac ») pour observer, à l'aide de jumelles, les oiseaux migrateurs ayant élu provisoirement domicile
dans cette contrée. Nous avons déjeuné (diné) dans un village flottant que nous avons ensuite visité. La population élève des crocodiles pour les vendre, aux Chinois notamment. La peau est utilisée pour fabriquer des sacs, chaussures, etc., tandis que la chair se retrouve dans les assiettes de restaurants. L'organisation Osmose implante un projet de conservation de l'environnement et essaye d'améliorer les conditions de vie des habitants. Ainsi, par exemple, des jeunes femmes tressent des objets décoratifs avec des tiges de jacinthes d'eau, préalablement séchées. Lenia a félicité l'entreprise d'avoir trouvé une utilité à ces plantes envahissantes.
Un soir, Jane et moi nous sommes laissées tenter par un assortiment de viandes plus ou moins exotiques, du bœuf au serpent en passant par le crocodile et l'autruche. Des lamelles de viande cuisent au milieu de la table sur un mini barbecue où chauffe aussi une soupe contenant divers légumes et herbes. Nous avons en outre testé le massage par des aveugles « Seeing Hands Massage » (seulement 5 US$ pour une heure) et la pédicure par des poissons : on plonge les pieds dans un bassin et les chers petits viennent « gommer » les peaux mortes. Un peu chatouillant et pas très efficace !
A Angkor, le 31 mars 2010
Toujours à l'intérieur de la forteresse d'Angkor Thom, se trouve la Terrasse des Eléphants, ornée de pachydermes. Le Roi et son entourage s'y asseyaient pour regarder les jeux se produisant au stade. A quelques pas de là, la Terrasse du Roi lépreux – surnommée ainsi parce que la statue qui y trône a une main abîmée – accueillait les séances de tribunal présidées par le roi. Devant la terrasse, s'alignent douze tours en latérite. On raconte que des funambules s'y produisaient sur des cordes tendues entre les murs.
Après un déjeuner (diner) à Here We Eat, nous avons profité de l'ombrage au Ta Prohm pour poursuivre notre randonnée au frais. Les fromagers et figuiers étrangleurs étreignent les édifices de ce temple bouddhique, dédié à la mère de Jayavarman VII. C'est là qu'a été tourné Tomb Raider I avec l'actrice Angelina Jolie. Quant au film avec les tigres, « Deux Frères » de Jean-Jacques Annaud, il fut tourné, entre autres décors, au temple Beng Mealea (à 40 km du Bayon). « A l'instar des autres temples-montagnes d'Angkor, Angkor Vat est une réplique miniature de l'univers. La tour centrale symbolise le mont Meru, entouré de pics plus petits (les autres tours), au milieu des continents (les cours inférieures) et des océans (la douve). Le naga à sept têtes [ornant souvent les escaliers et les ponts] représente l'arc-en-ciel, pont symbolique entre l'homme et la demeure des dieux. » (LP) Le temple exhibe des représentations de scènes du Ramayana (l'un des écrits fondamentaux de l'hindouisme) : par exemple, Rama (septième incarnation de Vishnou), avec une armée de singes, combattant le démon Ravana, ayant enlevé sa belle épouse Sita ; ainsi qu'une scène avec Krishna, huitième incarnation de Vishnou.
Une longue fresque représente le barattage de la mer de lait. « 88 asura (démons) sur la gauche et 92 deva (dieux) sur la droite (…) fouettent la mer afin d'en extraire l'élixir de l'immortalité. Les démons tiennent la tête du serpent et les dieux la queue (…) Soutenus par les apsaras [nymphes ou déesses célestes] (…) les dieux l'emportent. » (LP)
21 avril 2010
20 avril 2010
Au Ratanakiri, le 2 janvier 2010
Le samedi 2 janvier, nous sommes partis pour Voen Sai, situé à environ 35 km au nord-ouest de Banlung. Peuplé de Chinois, de Lao et de Kreung, le village borde les rives du Tonlé San. Nous sommes montés à bord d'une pirogue à moteur pour rejoindre, à partir de la rive sud, la rive nord où vivent entre autres des Chinois et Tompuon. Une vieille dame de la communauté tompuon nous a emmenés jusqu'à un cimetière près du village où les tombes sont ornées de statues à l'effigie des défunts. L'entrée au cimetière nous a coûté 1 US$ par personne et l'excursion en bateau 15 US$. Notre impression du tourisme dans le Ratanakiri est que bien qu'il se soit développé plus tôt que dans le Mondolkiri, il n'est pas très organisé et manque de moyens (par exemple, le cimetière nous a semblé dans un piteux état et partout, c'est la même chose : les déchets abondent dans l'environnement). Bien que le Ratanakiri et son chef-lieu (Banlung nous semble une ville assez animée avec ses 17 000 habitants, affichant un passé colonial) aient des choses à offrir au backpacker en quête d'aventure – tel ce Russe rencontré sur la berge de Voen Sai en partance pour la « jungle » pendant cinq jours » – et recèlent de charmes, nous pensons que les paysages du Mondolkiri sont plus impressionnants et que peut-être, grâce à l'esprit d'entreprise de certains, la région prendra un essor comparable, voire supérieur, à la région septentrionale. La route en train d'être construite indique une voie vers cette direction.
Sur le retour à Bousra, le 3 janvier 2010
Le dimanche 3 janvier, nous avons repris la route en sens inverse pour rentrer à Bousra. Nous avons marqué un arrêt à Kratie pour déjeuner (diner). La ville semblait plus morte qu'à l'aller, mais toutefois plus animée que Sen Monorom. Kratie compte tout de même 79 000 habitants, d'après le Lonely Planet. Ce qui fait l'attrait de cette ville réside dans son patrimoine architectural français préservé. Les vestiges d'un pont, probablement bombardé, à la sortie de la ville évoquent les traces d'une époque florissante engloutie.
Au fur et à mesure que Bousra approchait, nous ressentions un pincement au cœur en imaginant une nouvelle semaine poindre à l'horizon. L'arrivée de Johanne de Socfinco, prévue mercredi, devrait cependant bousculer un peu notre routine. Nous attendons notre départ en congé, prévu pour le 19 janvier, avec hâte. Toutefois, nous savons déjà qu'à la fin de cette accalmie, nous devrons affronter de nouveaux défis, tel que celui de m'occuper, car le DG a confié à Geoffroy ne pas savoir quoi me donner à partir de janvier ! Or, ce ne sont pas les activités qui manquent à Phnom Penh, mais la capitale se trouve à sept heures de route, ce qui signifierait que Geoffroy et moi serions éloignés. Ce serait donc le prix à payer pour rester en poste. Nous nous retrouvons donc à nouveau confrontés aux problèmes qui résultent de la vie en brousse : solitude et ennui. L'épanouissement personnel et social s'accommode difficilement des limites d'un tel mode d'existence.
A Bousra et vers l’extrême nord est, du 25 décembre 2009 au 1er janvier 2010
C'est sur une période de doute que commence cette nouvelle année. Les fêtes ont été pour nous l'occasion de ressentir intensément notre isolement. Pour moi, l'ennui et la démotivation avaient précédé ce sentiment. Pour Geoffroy, le manque de vie sociale s'est installé comme une ombre au tableau, indélébile. Malgré nos efforts pour rencontrer du monde à Sen Monorom, nous savons désormais que nous n'avons qu'une maigre chance de nouer des relations plus solides que de simples connaissances. Car il n'y a guère plus de dix expats basés dans la ville, et les gens que nous avons rencontrés ne semblent pas socialement très actifs. En tout cas, personne n'organise aucune activité sociale, en raison du nombre insuffisant de participants. Néanmoins, il reste à faire la connaissance de Jack Highwood, jeune Anglais ayant monté un projet qui consiste à organiser des stages pour apprendre à s'occuper des éléphants. Il serait intéressant de le rencontrer.
Malgré cette inactivité ambiante, Geoffroy et moi croisons des personnes venues faire du tourisme dans le Mondolkiri. Ces brefs interludes s'avèrent parfois des moments de socialisation importants. Ainsi, récemment, nous avons hébergé deux Français : Mélanie, orthophoniste basée à Phnom Penh, et Ludovic, menuisier Compagnon de France volontaire dans une école à Kompong Speu, province voisine de Phnom Penh. Ils étaient venus passer deux semaines dans la province. Nous espérons les revoir, soit au cours d'un de nos séjours dans la capitale, soit à l'un de leur passage dans la région. Nous avons également rencontré dans le chef-lieu du Mondolkiri un jeune Anglais, ne sachant quelles études entreprendre de retour au pays, et un natif du Zimbabwe (d'origine indienne je suppose) vivant en Australie. Ceux-ci travaillaient volontairement pendant deux semaines chez Jack Highwood, dans le cadre
de leur tournée en Asie du Sud Est.
Notre Noël s'est déroulé entre nous à la maison. Le sapin et les décorations de Noël, le saumon fumé et la bouteille de champagne, ainsi que les films « La Boum » sur TV5 et « Les Choristes » en DVD composaient la scène du réveillon. Les bouddhistes ne célébrant pas cette fête, seuls les Phnongs convertis au christianisme partageaient cet événement. Nous sommes allés à l'église catholique de Bousra le 25 décembre (jour non-férié au sein de la compagnie) pour nous sentir en communauté, à défaut de se trouver en famille. Nous avons rencontré un prêtre colombien, officiant dans deux villages de la région.
Malgré la « règle » de n'offrir que des cadeaux symboliques (c'est-à-dire non-matériels), Geoffroy m'a offert une guitare. J'ai déjà commencé à apprendre à jouer en consultant des sites internet, mais j'attends impatiemment le livre « Pour les nuls », accompagné du CD, pour progresser. Les sites web constituent un bon moyen à partir du moment où la connexion est assez performante pour visionner les vidéos et télécharger certains outils (accordeur).
Un Noël tout de même pas très réjouissant pour nous, mais je pense que Phnom Penh ne devait pas être des plus animé en cette période. Le Nouvel An khmer ne coïncide pas avec le nôtre et les expatriés pour la plupart étaient probablement rentrés pour les vacances scolaires. Bien sûr, nous aurions pu nous joindre au couple Desmazières dont les deux fils étaient présents, mais il n'était pas prévu que l'on s'absente de Bousra et Noël se fête généralement en famille.
Pour ne pas reproduire la même mésaventure, Geoffroy et moi avions décidé de voyager pendant le long week-end du Nouvel An et découvrir un peu plus le Cambodge – cette fois l'extrême nord-est. Nous avons quitté la maison le jeudi 31 en début d'après-midi. Nous avons parcouru environ quatre heures de route pour atteindre Kratie, chef-lieu de la province du même nom. La ville est le passage obligé des touristes qui se rendent soit au Ratanakiri, soit au Laos. Nous avons rencontré une Italienne qui après avoir passé un mois au Cambodge était en route pour le Laos. Elle nous a dit qu'elle était allée au Mondolkiri où elle s'était enfin sentie au Cambodge ! Car, selon elle, à part les hautes terres du pays, le reste est trop occidentalisé. Apparemment, cette employée d'une agence de voyage cherche l'endroit idéal [suffisamment reculé] pour quitter l'Europe et son mode de vie [frénétique, superficiel ?] et s'installer dans le coin de paradis qu'elle aura choisi. Pour nous qui venions trouver un peu de compagnie, son discours confrontait nos vues, basées sur du vécu.
Nous étions assis sur la berge surplombant le Mékong face à Koh Trong, « imposant banc de sable situé au milieu du fleuve, que l'on peut rejoindre en emportant son vélo » (Lonely Planet). La vue de cette « île rurale » nous a donné l'envie de tenter un jour de la visiter. Nous imaginons volontiers un feu de camp sur la plage – probablement souillée – et une nuit à la belle étoile. Mais point d'interrogation : avec qui partager cette expérience ? Il y a aussi encore les dauphins de l'Irrawady à observer à partir de Kampi, à environ 15 km au nord de Kratie. Bien que le guide touristique présente Kratie comme l'endroit où admirer les plus beaux couchers de soleil du Cambodge, il nous semble que ceux auxquels nous assistons régulièrement dans le Mondolkiri soient plus colorés.
Un homme âgé, coiffé d'un chapeau et parlant français, nous a confirmé que le ciel était obscur ce soir-là. Propriétaire du restaurant Sun Set Bar & Inn, il nous a accosté sur le bord du fleuve et a causé avec nous avant de nous inciter à manger chez lui. Nous nous sommes laissés guider tant nous avions faim. La route nous avait aussi fatigués. Entre deux endroits, nous rentrions à notre hôtel, bien situé, pour nous reposer. Nous sommes allés notamment prendre un verre au restaurant-bar Red Sun Falling, où nous avons salué Tania, Hollandaise propriétaire du restaurant Bananas' à Sen Monorom, venue avec des amis. Nous ne nous sommes pas couchés très tard. J'avais mal à la tête comme assez fréquemment après une route éprouvante.
Le lendemain, vendredi 1er janvier, nous sommes partis après le (petit) déjeuner pour Banlung, chef-lieu de la province du Ratanakiri (signifiant « colline des pierres précieuses »). Nous sommes arrivés à destination après plus de trois heures. La route entre Kratie et O Pong Moan dans la province de Stung Treng est large et goudronnée, tandis que le reste du trajet s'effectue sur une piste poussiéreuse, un peu trop étroite pour dépasser, accidentée et parsemée de petits ponts en bois.
Nous logions à Terres Rouges Lodge, un lieu charmant niché dans un jardin joliment fleuri donnant sur le lac Boeng Kansaign. Les chambres, même standards, sont décorées avec goût et le propriétaire des lieux, apparemment ancien militaire en Indochine, semble être un collectionneur d'art et aimer la chasse. Des chambres sont logées dans une ancienne résidence de gouverneur dont l'étage héberge un élégant salon, parfait pour se détendre. Toutefois, je note quelques points négatifs : le service laisse à désirer, le manque d'attention à l'égard des clients est patent, le tout résultant en un manque d'hospitalité et de netteté déplaisants
aux yeux des visiteurs scrupuleux. De plus, le menu composé de mets européens et khmers affiche des prix plutôt élevés et les tarifs des services (massages et soins) semblent excessifs en comparaison à ceux pratiqués à Phnom Penh.
Après un déjeuner léger, nous sommes partis voir le lac volcanique Boeng Yeak Lom. Lac de cratère, certains pensent qu'il résulte de l'impact d'une météorite. « (…) Le Yeak Lom est un lieu sacré pour les ethnies locales. Leurs légendes évoquent de mystérieuses créatures peuplant les eaux du lac » (LP). L'entrée de cette zone protégée coûte 1 US$ par personne. Geoffroy et moi avons fait le tour du lac mais ne nous sommes pas baignés en raison de la présence d'autres visiteurs. Nous avons préféré plonger dans la piscine du Lodge, remplie d'eau salée et entourée de galets blancs et de végétation luxuriante, créant un cadre empreint d'une tranquillité savoureuse. Cette bénédiction nous a amenés à nous récompenser davantage encore avec un massage aux huiles essentielles de gingembre pour Geoffroy et aux tampons d'herbes chauffés à la vapeur pour moi.
A Bousra, le 24 décembre 2009
Bien que Noël ne soit pas célébré par les Khmers bouddhistes, Geoffroy et moi avons ceci de particulier de nous situer dans une contrée où les habitants phnongs possèdent une culture à part entière, et qui, bien qu'animistes, se sont convertis en nombre au christianisme. On trouve ainsi à Bousra des églises catholique et protestante, voire évangéliste. Noël est donc vécu ici comme une grande fête religieuse avec l'organisation de messes. D'ailleurs, certains travailleurs phnongs ont obtenu trois jours de congé pour l'occasion.
A Bousra, le 21 décembre 2009
Après maintes explications à nos collègues sur le sapin de Noël que nous désirions obtenir (naturel, avec des racines pour le replanter), nous ne croyions plus qu'il arriverait ! Nous avons finalement reçu un arbre envoyé de Phnom Penh que nous avons paré d'anciennes décorations et de quelques nouveaux objets que j'avais achetés au marché de Noël. Dommage qu'il manquait une guirlande électrique pour revêtir notre sapin d'une touche plus festive. Le vert des forêts s'alliant parfaitement au bois de la maison, Noël sera pour nous une fête chaleureuse, tant par le climat que le décor, à défaut d'avoir lieu en famille.
A Bousra, le 19 décembre 2009
Le temps de la fin d'après-midi fut plus clément que durant la journée où la grisaille et la fraîcheur nous avait emplis d'une apathie complaisante. Les premiers rayons francs du soleil ont réussi à nous sortir de notre torpeur. Nous sommes partis avec Geoffroy et les chiens en direction de Sen Monorom. Sur la route se trouve un coin charmant, bordé d'une rivière, nommée O'Plei. C'est sur ce cours d'eau qu'une semaine plus tôt Geoffroy et moi sommes allés avec nos kayaks. Nous avions remonté à contre-courant – en fait, Geoffroy tirait les deux kayaks, dont un dans lequel j'étais parfois assise – pour découvrir le parcours le long duquel l'eau poursuit sa course. Le torrent comporte de nombreux rapides qu'il est fatigant de remonter. La descente est agréable, mais le niveau de l'eau est trop bas à certains endroits pour passer en kayak.
Dans la voiture, les chiens étaient surexcités d'arriver dans un nouvel environnement où une étendue d'eau les attendait. C'était divertissant de les regarder s'ébattre et gambader les pattes mouillées. Geoffroy a emmené sa canne à pêche où le lit de la rivière est plus profond. Il revint cependant bredouille. Il faut dire qu'il n'avait pas tenté sa chance très longtemps ! Sans doute, l'eau lui avait-elle glacé les os. Quant à moi, assise sur le rivage rocailleux, j'écoutais le flot émanant de la cascade, à peine couvert par le chant des insectes.
Ce lieu est notre favori malgré la diversité des jolis coins de la plantation. Premièrement, le grand espace paisible favorise l'évasion ; deuxièmement, il nous offre une excursion, rapidement accessible, hors de Bousra et de la plantation.
Le matin, nous étions allés à une cérémonie phnong où un cochon sacrifié était présenté en offrande à l'esprit du riz pour tenter de l'apaiser. Un excavateur de la compagnie avait en effet détruit le totem dressé pour la réussite de la récolte. Bien que le riz avait déjà été ramassé, le symbole en bambou était censé rester sur place jusqu'à la cérémonie de remerciement pour la récolte. Ce qui n'a pas été respecté par les sous-traitants chargés de défricher des parcelles de la concession.
A Bousra, le 10 décembre 2009
Journée Internationale des Droits de l'Homme, jour férié au Cambodge – poudre aux yeux de la communauté internationale. Geoffroy et moi avons profité de ce jour de congé bienvenu pour dormir la veille à Sen Monorom, où nous espérons toujours rencontrer des gens sympas. Sur le chemin du retour le lendemain, nous nous sommes arrêtés repérer les environs d'O'Plei, puis nous sommes allés pique-niquer près de la cascade en plantation, accompagnés des chiens.
A Bousra, le 9 décembre 2009
Plusieurs soirs au cours des semaines passées, nous sommes allés en plantation admirer le coucher du soleil. Ces moments, où le ciel se teinte de couleurs pastel ou vives, nous procurent une sensation de bien-être, au milieu d'un environnement tranquille, nous éloignant à des lieues du village animé. Nous apprécions particulièrement nous promener aux abords d'un bas-fond, tapissé d'herbes et de plantes grasses. Des arbres parsèment cette prairie incrustée d'un étang telle une pierre sertie au cœur d'un joyau. Le climat doux et sec de l'hiver sur les hautes terres, mêlé à la brise et parfois aux rafales de vent, saupoudre de poussière ocre les buissons.
C'est aussi la saison de récolte du riz, que les paysans s'affairent, dans les rizières, à faucher. Ensuite, ils battent le riz pour enlever les morceaux de paille mélangés aux grains. Chez les plus pauvres, cette opération s'effectue en versant la hotte au vent dont le souffle chasse les bribes de paille.
La nuit, nous attrapons régulièrement des souris grâce aux deux trappes dans lesquelles on suspend un morceau de pain et qui se referment dès que l'animal le saisit. Il faut noter que les pièges doivent être lavés après chaque prise pour les débarrasser des odeurs laissées par les souris capturées. Nous ne savons pas vraiment ce qu'il advient des bestioles. Souvent l'après-midi, le fils de Juan, âgé d'environ deux ans, joue avec elles à travers la cage – à vrai dire, il les malmène un peu et s'est déjà fait mordre une fois ! Le soir, elles ont déjà disparu. Un matin, nous avons trouvé quatre souriceaux tombés de leur nid sur le sol de notre chambre. Peut-être la mère avait-elle été prise la veille. Geoffroy les a donnés aux chats dont un seul s'est régalé. Hatha n'a pas eu le temps de les admirer que déjà Coquin les avaient toutes avalées. Ce dernier nous a d'ailleurs causé du tracas un matin car il avait le côté droit de la tête gonflé, ne dévoilant pourtant aucune blessure. Comme il a pris l'habitude de s'absenter la nuit, nous craignions qu'il se soit fait heurter par une moto. Peut-être n'était-ce qu'une piqûre d'insecte car déjà le lendemain la tête avait repris son aspect normal.
A Bousra et PP, du 16 novembre au 6 décembre 2009
Long silence dû à un emploi du temps plus chargé que d'habitude : seconde partie de mission de FM pour l'étude d'impact environnementale et sociale, contribution à une enquête en Afrique de l'Ouest menée par mon amie Gigi et rédaction d'un article sur l'hévéaculture pour le Phnom Penh Accueil, ainsi que des idées de projets personnels.
Cette narration évoquera les événements majeurs au cours de la période concernée : la visite de Gérard M., un séjour découverte à Phnom Penh, un mariage khmer à Bousra, la Saint-Nicolas (patron des écoliers fêté pour les enfants, notamment en Belgique) « marquée » à Bousra par la présence d'une kermesse équipée de vieux carrousels, et une excursion avec des Phnongs jusqu'au sommet du mont Nam Lyr.
Gérard, que Geoffroy connaît bien et que j'avais eu la chance de rencontrer à LAC au Libéria l'an passé, est arrivé à Sen Monorom le 16 novembre par avion avec FM et Jean-Philippe L. Il a logé chez nous. Le but de sa visite était d'examiner la plantation et d'adresser ses observations et recommandations à la direction de SOCFIN-KCD et au siège de Socfinco.
Le mardi 24 novembre, je suis partie pour Phnom Penh avec FM qui devait rencontrer le directeur général de Socfinco, de passage à l'occasion du Conseil d'Administration de SOCFIN-KCD. Le soir même, avec un mal de tête fracassant, j'ai fait la connaissance de Michèle Claudel. Petite-nièce de la sculptrice Camille Claudel – ayant entretenu une relation avec le sculpteur Auguste Rodin – et petite-fille du poète et écrivain Paul Claudel, cette dame d'une soixantaine d'années est la directrice de l'ONG IRIS-Asia, dédiée à la prévention de la cécité ainsi qu'au recouvrement de la vue chez les plus pauvres au Cambodge, Laos, Népal et Sri Lanka. Nous avons mangé avec ses amis à Comme à la maison, excellent restaurant de cuisine française hébergé dans un joli jardin. Michèle Claudel a un tempérament vif et brillant. Cette rencontre n'aurait pu avoir lieu sans l'intermédiaire de mon amie Caroline, Suisse travaillant pour le Comité International de la Croix Rouge et qui essaye de récolter des fonds pour IRIS. La directrice de l'ONG était accompagnée d'un généreux donateur grec, ayant financé l'établissement d'une clinique – dans la province de Battambang, je pense.
Geoffroy et Gérard ont quitté Bousra le mercredi 25. Ce jour-là, j'en ai profité pour explorer les boutiques que j'avais manquées en raison de leur fermeture durant la fête de l'eau. A midi, j'ai eu le plaisir de voir Marcus Thompson que je n'avais jamais revu depuis notre rencontre à Oxfam Ghana mais avec qui nous avons continué à correspondre par email. Marcus travaille pour Oxfam et voyage beaucoup. Il connaît depuis longtemps le Cambodge – il a beaucoup lu sur ce pays et m'a recommandé une liste de bouquins ; il se rend aussi pour le travail au Libéria. Il s'intéresse à tout ce qui concerne les pays dont il s'est épris. Passionné de livres, il écrit des revues sur Facebook. Cet homme, à la veille de la retraite, a le cœur sur la main. Après un déjeuner léger à Jars of Clay, à deux pas du Marché russe, et une conversation aux accents de retrouvailles, Marcus m'a emmenée au magasin d'à-côté proposant des objets artisanaux produits par des handicapés, regroupés dans l'organisation Peace Handicrafts. Marcus connaît l'une des couturières depuis qu'elle est petite et la considère, avec son mari et ses enfants, comme sa famille cambodgienne. Quelle belle leçon d'humanisme ! Je regrette que Geoffroy ne soit pas arrivé plus tôt pour lui présenter Marcus.
Geoffroy et moi étions reçus par Catherine Desmazières et son mari, l'Ambassadeur de France, à la résidence, sise dans l'enceinte de l'Ambassade. Cette invitation survient suite à leur passage à Bousra durant lequel nous les avions hébergés à la maison. Il faut ajouter que les parents de Geoffroy connaissaient déjà le couple en Côte d'Ivoire. Nous avons logé dans un studio confortable, bien équipé et sympa, donnant sur le parc. Nous avons pris certains repas avec nos hôtes, avons pu profiter de la piscine et nous promener dans le parc jonché
d'essences variées, dont deux hévéas.
Jeudi midi, nous avons mangé avec des amies de Catherine venues confectionner des biscuits pour les vendre au marché de Noël au profit d'œuvres sociales du Women International Group (WIG) en faveur de femmes et d'enfants cambodgiens vulnérables. A cette occasion, nous avons rencontré les mamans de deux élèves du Lycée Descartes préparant un exposé sur le caoutchouc, que j'ai essayé d'aider en envoyant de la documentation.
Le jeudi 26 novembre a eu lieu la remise du Mérite agricole à Philippe Monnin, DG de SOCFIN-KCD, en même temps qu'au Cambodgien Lord Rasmey. Geoffroy et moi avons été conviés au cocktail, ainsi que d'autres personnes connues dans le milieu hévéicole, dont des employés de l'AFD, du CIRAD et du gouvernement.
A plusieurs reprises au cours de la semaine, Geoffroy et moi sommes allés manger au restaurant avec FM et GM. Nous avons testé le Malis, restaurant de cuisine cambodgienne mise au goût du jour, et le restaurant italien Pop Café ; nous avons également opté pour une valeur sûre, La Patate II issue d'une synergie
franco-belge, où nous a rejoints LB, qui nous a ensuite fait découvrir l'Elephant Bar à l'hôtel Le Royal. Ensemble, nous sommes sortis au Riverhouse et au Memphis.
Geoffroy a heureusement pu reporter son départ du vendredi 27 au dimanche 29, grâce à LB, qui lui a demandé d'être présent à une réunion interne, le vendredi après-midi. Le matin, j'ai suivi Catherine, à la permanence du Phnom Penh Accueil (PPA) à la brasserie KWest tandis que Geoffroy était resté à la résidence pour travailler. Le PPA, équivalent francophone du WIG paraît-il, se définit ainsi : « association destinée à aider votre installation dans le pays et à créer des liens d'échange, de convivialité, d'ouverture et de découvertes entre plusieurs cultures ». Le PPA organise tous les vendredis matins une permanence où les anciens accueillent les nouveaux arrivants. Bien que pas franchement nouvelle au Cambodge, mais n'étant que rarement à PP, cette réunion fut l'occasion de rencontrer quelques dames sympas basées dans la capitale, notamment la gérante de l'hôtel Villa Langka et une jeune femme d'origine somalienne mariée à un prof du Lycée français. Ma présence fut surtout le déclencheur de ma contribution au prochain numéro du bulletin trimestriel du PPA, dont la parution est prévue mi-décembre.
Samedi 28 novembre, Geoffroy et moi sommes partis avec l'Ambassadeur et sa femme au Centre Culturel Français (CCF) où fut lancée la deuxième édition de PhotoPhnomPenh, conjuguant en 22 expositions visions asiatiques et européennes pour le plaisir des yeux. Au gré d'un parcours reliant des sites dignes d'intérêt, le public a vogué sur le souffle de talents aussi originaux que diversifiés. Davantage qu'un vernissage, le festival fut l'occasion de découvrir des endroits normalement fermés au public, telle que l'école professionnelle où, dit-on, Pol Pot aurait fait ses études. Ce voyage, ludique parce qu'il était organisé en tuk-tuk, permettait de croiser différents personnages. Ainsi, Geoffroy et moi sommes montés à bord d'un véhicule en compagnie d'artistes, dont une Bretonne prometteuse, un jeune exprimant son art par la photographie nocturne et le biais de projections, et une auteure d'histoires pour enfants. Seuls désagréments au tableau : la chaleur éreintante de l'après-midi et l'exiguïté de certaines salles d'exposition.
Le soir même se tenait un cocktail dans le jardin de l'Ambassade décoré de lumières rouges pour l'événement. Y trônaient également de grands écrans projetant les images présentées au festival. Durant la soirée, nous avons revu le couple Bernardi et rencontré un autre couple, jeunes parents de deux enfants, dont l'homme est d'origine lilloise et la femme connaît par son travail Sylvain Vogel.
Dimanche 29, il a bien fallu se résoudre à voir partir Geoffroy, alors que j'avais prévu de me rendre au marché de Noël à l'Hôtel Intercontinental, organisé par WIG. J'ai acheté principalement des décorations pour le futur sapin de Noël que nous allons commander à PP. J'ai revu le kiné français, exposant ses produits cosmétiques à base d'huiles essentielles. Nous avons entretenu une conversation sur la faisabilité d'un partenariat avec des agriculteurs du Mondolkiri pour fournir les plantes à l'origine des huiles qu'il fabrique lui-même avec un alambic. Pour l'instant, il importe la plupart des produits. Mentionnons également la présence aux stands d'une française et d'une belge commercialisant de jolis vêtements pour enfants, d'une cambodgienne parlant parfaitement le français, propriétaire d'un magasin de décoration, Le Passage, où Catherine m'avait emmenée au retour du PPA, ainsi que d'autres initiatives originales et attrayantes.
L'après-midi, je me suis rendue au café Living Room, où je m'attendais à voir exposés de chouettes produits du Ratanakiri, suivant les informations de la juriste Maia Diokno. Toutefois, ce jour-là, les exposants de l'ONG Non-Timber Forest Products (NTFP) étaient absents, peut-être parce qu'une représentante occupait déjà un stand au marché de Noël. Malgré la déception de ne pas trouver ce pourquoi j'étais venue, j'ai parcouru un quartier intéressant où se sont implantés différents commerces et lieux de détente, dont Shiatsu-Ya, où un Japonais soigne les patients en appliquant une technique de massage particulière. J'ai croisé l'enseigne du centre de bien-être U & Me Spa, voisin d'un magasin de lingerie et de beyond interiors, magasin de décoration d'intérieur, dont j'ai poussé la porte pour explorer le showroom : meubles et objets modernes au style raffiné, rare pour le Cambodge – bien qu'il ne faille pas sous-estimer le pays où semble fleurir une offre riche et variée. J'ai aussi pris des informations aux deux centre de yoga proches de quelques mètres l'un de l'autre (notons en passant le regroupement remarquable à PP des commerces similaires se retrouvant souvent le long d'une même rue). Il était amusant de visiter le premier endroit : des gens, assis contre un mur ou allongés, n'ont même pas remarqué ma présence ! L'un des profs est arrivé et m'a expliqué que c'était un week-end de méditation. Arrivés sur le toit où les cours ont lieu, j'ai été étonnée de voir un occidental debout immobile dans une posture facétieuse. On se serait cru dans un autre monde.
Lundi 30 novembre, j'ai pris la route du retour, toujours en compagnie de Frédéric Mertens, qui revenait à Bousra pour une semaine. Nous avons quitté PP relativement tard. Il a donc fallu que je me dépêche en arrivant à la maison pour me préparer pour le mariage, organisé à la maison d'en-face. Pisseth, représentant du Parti du Peuple cambodgien (PPC) à la commune, s'unissait à Rida, fille des propriétaires de la maison n° 2, louée par la compagnie pour loger des employés. Une table nous était réservée, avec plusieurs plats de nourriture. Nous étions avec Frédéric et Dimitri. On a dansé en ronde à la manière des Apsaras (nymphes célestes) en effectuant toujours les mêmes mouvements de bras de chaque côté mais désynchronisés – ce qui complique pas mal la technique (quand une main est en haut, l'autre est en bas) – et en courbant les doigts vers l'arrière autant que possible. Particularité du mariage khmer : la mariée change de tenue au moins trois fois. Nous avions apporté l'enveloppe d'invitation portant nos noms (tradition oblige), dans laquelle nous avions placé de l'argent pour les mariés – pas une trop petite somme pour ne pas déplaire. C'était en un sens une motivation pour profiter de la fête en dansant plus que nous n'aurions pu normalement. On a eu de la chance car, au moment de se coucher, la musique était déjà arrêtée, nous accordant une nuit de répit.
Ce qui n'est pas le cas de tous les soirs de la semaine dernière, depuis qu'une kermesse s'est installée sur la place du village, à deux pas de chez nous ! Bien que l'attraction fasse probablement la joie des jeunes, elle est abasourdissante, et déplait apparemment aux Phnongs. Il est possible que les forains soient venus à Bousra en quête de grasses recettes provenant des salaires payés par la compagnie aux travailleurs. En ce sens, l'implantation d'une entreprise économique attire autour d'elle un pôle de développement : de nombreuses maisons se sont construites depuis la venue de SOCFIN-KCD ; des commerces ont ouvert leurs portes ; des opportunistes prévoient de faire des affaires en montant divers projets, comme des karaokés. Il est important de noter que ces activités sont les prérogatives des Khmers et que les Phnongs perdent du terrain face à toutes ces incursions et changements dans leur contexte originel.
Les Phnongs sont plus proches de la nature que de l'environnement urbain. Geoffroy et moi avons eu la chance de nous joindre à un groupe de Phnongs à l'occasion d'une randonnée jusqu'au Nam Lyr, instiguée par Jean-Philippe et Frédéric. De Phnongs, il s'agissait de Sovan, assistant pour l'étude socio-économique, de l'homme recruté par SK pour aider à délimiter les forêts sacrées et les cimetières avant le défrichage de la concession et de sa femme, d'un employé chargé de relever les points GPS pendant le mesurage des essarts, de la femme de celui-ci et leur enfant, et d'autres Phnongs amis du groupe. En file indienne, nous avons parcouru plus de trois kilomètres en empruntant un chemin forestier pour arriver au pied du mont de granit, que les Phnongs nomment Nam Lyr. La légende veut que les premiers hommes et femmes (cinquante de chaque) sont sortis de dessous – d'un trou exactement, que nous sommes allés voir sur le retour – et qu'ensuite ils se sont dispersés sur terre. Après avoir grimpé une pente raide, nous avons tenu une séance photo, pour laquelle la vieille femme avait emmené des vêtements traditionnels.
A l'heure de manger, les hommes ont préparé un feu pour griller la viande apportée. Ils ont fait tout cela avec les moyens du bord, sauf le briquet utilisé pour allumer les branches. Les brochettes conçues à partir de tiges de bambou étaient succulentes ; le goût de cuisson au feu de bois m'a rappelé les entrecôtes rôties chez mes grands-parents. La femme âgée a offert à Geoffroy une écharpe et à moi une jupe et un sac qu'elle avait elle-même tissés. Je crois qu'elle voulait nous remercier pour l'emploi de son mari. Nous sommes repartis à la voiture, légers, rassérénés par cette balade en harmonie. En rentrant, le couple de vieux voulait encore nous inviter chez eux à boire de l'alcool de riz, mais Geoffroy et moi avons poliment décliné l'invitation, tandis que Frédéric et Jean-Philippe se sont laissés entraîner. Après notre retour à la maison, nous avons emmené les chiens en plantation. Le soir, nous avions pris des couleurs, surtout mes épaules qui avaient rougi. Nous avions omis nos précautions à l'égard du soleil, dont la force avait été dissimulée sous la brise balayant le sommet rocheux.
Sur le plan personnel, je cherche à me libérer des contraintes de la compagnie pour m'essayer à des projets me convenant mieux. J'ai commencé en quelque sorte l'étape préliminaire en explorant les possibilités de travailler à partir de Bousra, mais je n'ai pas encore eu le temps de me plonger dans les recherches. J'ai néanmoins quelques pistes que je compte approfondir. Je pense qu'à terme j'envisage plus volontiers un statut d'indépendante, déjà amorcé grâce à la sollicitation de Gigi pour de la traduction. Il faut avouer que l'article pour le Phnom Penh Accueil me conforte dans la voie de l'écriture, même si, pour l'instant, celle-ci semble aléatoire et ardue… si ce n'est pour la diffusion de mon journal à mes lecteurs préférés. J'ai l'impression que je dois réaliser un gros effort sur moi-même pour développer une autodiscipline me permettant de poursuivre des projets à plus long-terme. C'est comme pour l'apprentissage du khmer : je m'y adonne trop irrégulièrement que pour avancer à une cadence soutenue et satisfaisante.
A Bousra, du 5 au 15 novembre 2009
Bousra exhale un air d'été : les pluies ont espacé leurs visites, l'atmosphère s'est allégée et le soleil brille au milieu d'un ciel limpide. On se croirait en Europe pendant la belle saison. Sauf qu'ici le bleu du ciel est plus souvent au rendez-vous.
A notre retour de Phnom Penh, Geoffroy a été malade : indigestion, accompagnée de fièvre, heureusement passagère, et maux de tête légers. Le médecin de la compagnie est venu à la maison avec un test rapide pour détecter le paludisme. Celui-ci s'est révélé négatif. Malgré une amélioration de son état de santé, Geoffroy n'est pas encore au top de sa forme. J'ai insisté pour qu'à notre prochain séjour à Phnom Penh, il consulte un médecin.
Le 9 novembre, fête de l'indépendance du Cambodge. J'ai reçu un e-mail – surprise – du directeur général de SOCFIN-KCD, qui demandait qu'on réintègre Phalla, partie en congé maternité il y a trois mois – rappelez-vous – et que Lin nous quitte. Nous pensions que le message était bien passé : nous avions demandé à la directrice administrative et épouse du DG, de garder Lin – celle-ci étant toutefois aussi enceinte – et de trouver un autre placement pour Phalla (la maison 8).
La loi cambodgienne requière que l'employeur donne trois mois de congé de maternité aux employées enceintes. Dans le cas de Phalla, son départ est survenu moins d'un mois après notre arrivée à Bousra. Nous nous sommes donc habitués à Lin entre temps, et réciproquement. Tous les efforts fournis des deux côtés pendant ces trois mois auraient-ils été vains ? Avec Lin, j'ai notamment instauré un système selon lequel je lui donne l'argent des courses et elle me donne la liste des produits qu'elle a achetés (en khmer) et des coûts associés (en chiffres arabes). Ainsi, j'opère un suivi de nos dépenses. J'essaye également petit à petit que notre foyer dépende moins du bureau, par exemple en terme de produits d'entretien.
Il faut mentionner la mentalité des travailleurs qui pensent que la compagnie peut tout prendre en charge. A tel point que peu doivent comprendre notre démarche de vouloir dissocier nos dépenses personnelles de celles de la compagnie. A ce propos, depuis que la cuisine du bureau a fermé ses portes, les employés ont acquis un cuiseur de riz pour chaque foyer, ce qui a généré une pression trop forte sur notre générateur. Par conséquent, le générateur de secours sous la maison a été déplacé pour alimenter les logements voisins tandis que notre générateur est soulagé en n'étant plus que raccordé chez nous et à la maison d'en-face.
Au final, après un échange d'emails quelque peu houleux entre eux et moi, le DG a décidé que Phalla irait travailler à la maison 8 tandis que nous pourrions employer Lin nous-mêmes, avec la possibilité d'une indemnité de la société. Une gageure, en somme, qui, j'espère, ne nous perdra pas dans les méandres de l'administration cambodgienne ! Car bien que la loi semble irréprochable – encore qu'il paraît qu'elle stipule les droits des travailleurs, non leurs devoirs ! –, elle n'est pas toujours appliquée par ceux-là mêmes censés la représenter.
Pour nous changer les idées, Geoffroy et moi sommes allés avec les chiens nous balader en plantation. Nous avons exploré plusieurs endroits agréables, à l'ombre d'arbres, dont un au bord d'une rivière parsemée de rocs énormes. Les chiens adorent se baigner et nous prenons plaisir à les regarder. Nous sommes à nouveau montés sur la colline des futures maisons.
Mardi 10 novembre, finalement le problème de la veille semble se résoudre. Plus de peur que de mal. Geoffroy a réussi à s'entendre avec le DG.
Enfin, la vie reprend son cours plus ou moins normal. Hier soir, Frédéric M. m'a téléphoné de Phnom Penh. Il est de retour au Cambodge pour la deuxième partie de sa mission. Il arrivera à Bousra lundi 16 par la connexion aérienne de Phnom Penh à Sen Monorom. Les vols ont en effet repris dans le Mondolkiri, mais ne devraient pas se poursuivre après la fin de l'année. Faute de moyens financiers, l'ONG Mission Aviation Fellowship suspendra ses vols pour le Mondolkiri et le Ratanakiri. Heureusement, la route devrait continuer à s'améliorer mais l'avion serait une option plus rapide parfois. Nous aurons peut-être l'occasion de voler à bord de cet avion.
Geoffroy et moi essayons de rencontrer des gens, voire de se faire des amis. Maintenant que les fortes pluies ont cessé, nous pouvons nous rendre plus facilement à Sen Monorom pour rencontrer des expats et touristes, aller au restaurant ou boire un verre. Il convient de noter le changement d'horaire appréciable pour le personnel de plantation. La pause de midi a été réduite : à l'origine à partir de 11h00 jusqu'à 13h00, elle est désormais de 11h00 à midi. En outre, la réunion du soir a été avancée à 13h00. Cet aménagement a permis de raccourcir les journées de travail pour clore à 16h00 – en principe. Dans ce lieu où le soleil amorce sa descente vers 17h30, nous pouvons donc profiter davantage de nos soirées. Un jour, nous sommes allés courir en plantation. La nuit nous a rattrapés et nous avons regagné la voiture dans l'obscurité. Un soir, nous sommes allés avec les chiens sur la colline des maisons.
Samedi 14 novembre, le week-end de Geoffroy commençant à présent – officiellement – après sa réunion de début d'après-midi, nous sommes partis à Sen Monorom vers 15h00. Nous sommes d'abord allés voir les chutes d'eau Chrey Thom. Difficile à trouver, cette cascade se situe au bout d'une route traversant un village, à plusieurs kilomètres de Sen Monorom. Le coin est charmant au milieu des arbres, mais pour arriver au bas de la chute, il faut emprunter des marches en bois qui ploient sous les pas et l'escalier s'interrompt avant l'arrivée.
Puis, de retour en ville, nous sommes passés au bureau de SOCFIN-KCD. Lin avait passé une commande à Mme Sotheary pour des denrées alimentaires que nous sommes allés prendre. Ensuite, nous sommes passés dire bonjour à Bill avec qui nous avons discuté dans la cour de son magasin. A côté de chez lui se trouve un bar fréquenté qu'un Français a, paraît-il, financé. Nous avons failli aller prendre un verre là, mais le vent nous a poussés dans une autre direction, vers le Nature Lodge. Comme le pont que nous devions franchir pour nous rendre à l'endroit avait été emporté par les crues, nous avons fait demi-tour pour chercher l'autre route qui nous y mènerait. De la route principale de Sen Monorom, des panneaux guident les visiteurs jusqu'au havre de paix. L'on pénètre dans une allée bordée de végétation conduisant au chalet, joliment éclairé de nuit. Construit autour de quelques arbres, le bar et le restaurant accueillent les gens dans un décor chaleureux et soigné. Tout le monde se trouvait sur la plateforme récemment ajoutée. Nous avons pris place au bar où se trouvaient un homme et une femme d'une soixantaine d'années. Un couple de jeunes Français nous a rejoints et nous avons entamé la conversation. Ils avaient passé un mois en Thaïlande et étaient venus découvrir le Cambodge. Après avoir passé une agréable soirée en leur compagnie et parlé avec les propriétaires du Lodge, nous avons repris la route de Bousra. Il faisait nuit et le trajet a duré une heure, mais nous étions contents de notre sortie.
Dimanche 15 novembre, entre nos occupations ménagères, Geoffroy et moi avons tenté de voir le spectacle de danse du groupe bunong (phnong) aux chutes d'eau de Bousra. Toutefois, à l'entrée du site, on m'a dit que la troupe se trouvait au village 5 et, ne connaissant pas exactement le lieu, nous avons traversé le village en scrutant les alentours. Encore raté pour cette fois. Il faudra essayer d'aller aux chutes samedi prochain, car ce jour-là en allant à Sen Monorom, nous avons vu les danseurs se changer après le spectacle.
En fin d'après-midi, le couple rencontré la veille nous a rendu visite à la maison. Ils avaient loué une moto à Sen Monorom pour voir les chutes d'eau. Nous leur avons montré la plantation. Comme ils voulaient rentrer avant la nuit, nous nous sommes simplement arrêtés au village d'Ochel, où se construisent les maisons ouvrières et le garage, où la vue en hauteur permet de décrire le site. Ensuite, nous sommes rentrés à la maison où nous avons échangé nos adresses e-mail, puis Maud et Jean-Pierre – dont nous avions appris les prénoms sur le tard – sont repartis pour Sen Monorom, d'où ils prévoyaient de voyager le lendemain vers le Ratanakiri.
Cette semaine se termine sur une note positive. Geoffroy et moi avons pris à deux mains notre volonté de goûter à une vie sociale. Il était temps. Nous habitons à Bousra depuis déjà quatre mois. D'autres améliorations sont aussi possibles localement. J'ai l'impression de ne pas connaître le village ni ses habitants. Nous connaîtrons vraisemblablement notre premier mariage khmer à la fin du mois : Pisseth, fonctionnaire à la commune, est venu nous apporter l'invitation à son mariage qui aura lieu à la maison de sa fiancée, en face de notre demeure. Un événement particulier, d'après les dires de nos connaissances, auquel nous sommes impatients d'assister.
13 mars 2010
De Phnom Penh à Bousra, le 4 novembre 2009
Mercredi 4 novembre, nous sommes partis à 7h30. La route jusque Bu Sra a de nouveau duré huit heures. Le ciel clair s'assombrissait à mesure que nous nous rapprochions de la forêt, bien que les nuages blancs dévoilaient des bribes d'un fond bleu azur. La terre des pistes avait séché, malgré les pluies survenues les jours passés. Cuits par la chaleur, les herbes folles sur les collines du Mondolkiri, agitées tel des vagues sous la force du vent, ont revêtu une robe dorée comme les blés.
Arrivés à la maison, nous avons rangé et installé nos objets de décoration. Alors que nous étions partis faire un tour en voiture sur la plantation en bordure du soir, nous avons été rattrapés par la pluie. Le vent se levait et la température baissait au point de nous donner des frissons. Au moment de nous coucher, nous avons évoqué les souvenirs phares de notre séjour à Phnom Penh. Une récompense que nous ne regrettons pas nous être accordée.
A Phnom Penh, le 3 novembre 2009
Grisaille dont nous a gratifiés le ciel ce matin 3 novembre. Nous sommes partis au restaurant Comme à la maison, où nous avait fixé rendez-vous un couple de Français, récemment arrivés au Cambodge pour travailler à l'Ambassade de France. L'Ambassadeur nous avait mis en contact. Laurence travaille à la Chancellerie et Mathieu à la Coopération. Il écrit également des romans dont le premier, « La ville sans regard », a été publié chez J.C. Lattès. Ils sont très sympathiques. Nous les reverrons certainement.
Plus tard dans l'après-midi, nous nous sommes coltinés la corvée – habituelle avant de repartir à Bu Sra – des courses au supermarché : d'abord Lucky, puis Thai Huot. Ensuite, Phearun nous a déposés au bout d'une rue adjacente au quai où se situe Le Bougainvillier. Nous avons profité d'une accalmie pour parcourir la distance nous séparant de notre logement. Alors que la pluie reprenait, nous avons regardé la fin des festivités sur le fleuve.
A Phnom Penh, le 2 novembre 2009
Lundi 2 novembre, nous sommes allés à la réserve animalière de Phnom Tamao. Située à 44 km de Phnom Penh, la plus grande réserve animalière du pays accueille des animaux confisqués à des trafiquants ou sauvés des pièges tendus par les braconniers (…) Mélange de zoo et de parc à safari, Phnom Tamao deviendra sans doute l'une des meilleures réserves animalières de la région dans les prochaines années. (Lonely Planet) « Il est très difficile d'observer la faune du pays, car les grands mammifères vivent dans des régions isolées et inhospitalières. Phnom Tamao est l'endroit idéal pour en découvrir l'incroyable variété. » (Idem) Ce qui nous a le plus marqués dans cette visite est le fait que notre guide était un sourd muet mimant ses explications avec des gestes. Nous suivait également un vendeur de noix de coco accrochées à sa bicyclette essayant de nous les faire acheter à tous prix : il lançait aux ours les fruits, sans attendre notre accord préalable, et insistait en citant les animaux qui mangent des cocos et ceux qui n'en consomment pas ; pour les éléphants, il nous a d'abord fait boire le jus avant de jeter aux pachydermes la coque renfermant la chair.
Le soir, nous avons revu Emeric, ami et ancien camarade de classe de Geoffroy, qui était revenu de Siem Reap, où il s'était fait mordre par un serpent, sans fâcheuse conséquence heureusement. Il était venu nous voir la semaine précédente à Bu Sra et avait passé quelques jours avec nous. Il devait s'envoler le lendemain pour retrouver en France la grisaille.
A Phnom Penh, le 1er novembre 2009
1er novembre, la fête de l'eau a officiellement commencé. Bon Om Tuk commémore la victoire de Jayavarman VII sur les Chams qui occupaient Angkor en 1177. Ce festival a donc lieu dans deux villes importantes du Cambodge : la capitale, Phnom Penh, évidemment, mais aussi Siem Reap, près de laquelle se situe la cité d'Angkor, ancienne capitale du royaume. Des courses de bateaux ont lieu sur le fleuve. Chaque embarcation, décorée de couleurs vives, est propulsée par une quarantaine de rameurs. Jusqu'à deux millions de visiteurs affluent dans la capitale pour profiter des réjouissances. (Lonely Planet)
La fête marque aussi l'inversion du cours du Tonlé Sap (tonlé signifie « fleuve »). « De la mi-mai au début octobre (la saison des pluies), le niveau du Mékong augmente rapidement, refoulant les eaux du Tonlé Sap et renversant son cours vers le nord-ouest et dans le lac du même nom. La superficie passe alors de 2 500 km2 à 13 000 km2, voire plus, et sa profondeur maximale, de 2,20 m à plus de 10 m. Vers le début du mois d'octobre, le Mékong amorce sa décrue, le Tonlé Sap reprend son cours normal et draine le surplus du lac vers le Mékong. Ce processus extraordinaire fait du Tonlé Sap l'une des plus riches réserves de poissons d'eau douce du monde (…) » (idem)
Après le (petit) déjeuner, nous sommes partis en longeant la berge vers le nord du centre-ville où se dresse le Vat Phnom. En plus de symboliser la fondation de Phnom Penh – Madame Penh y déposa les quatre statues du Bouddha trouvées dans le tronc d'un arbre flottant sur le fleuve –, la seule colline de la ville abrite des singes gesticulant ou paressant dans les tamariniers. « Beaucoup viennent aujourd'hui y prier pour la réussite aux examens ou dans les affaires. Quand un vœu est exaucé, le fidèle revient porter l'offrande promise lors de la supplique – guirlande de jasmin ou bananes, dont les esprits seraient particulièrement friands (…) Mendiants, gamins des rues, vendeurs de boissons et d'oiseaux en cage (on paie pour les libérer, mais ils sont dressés à revenir dans leur cage) sollicitent les visiteurs sans trop d'insistance. » (Lonely Planet)
Après nous être délectés de la fraîcheur ombragée qu'offre le Vat Phnom, nous avons continué notre promenade en suivant le tracé du guide Lonely Planet. Nous nous sommes arrêtés siroter un pot au Bar des Ecrivains de l'hôtel Le Royal, appelé ainsi en l'honneur des journalistes et écrivains qui y résidaient pendant la guerre. Ensuite, nous avons foulé les rues animées, en passant par le marché central et explorant la rue 240, réputée pour ses boutiques, de stylistes notamment. J'ai acheté des vêtements dans la boutique Sông, fabriqués au Vietnam d'après une vendeuse. Nous avons déjeuné (diné) au Sugar Palm, à côté, où j'ai pu goûter une spécialité cambodgienne, le délicieux amoc, curry de poisson à la noix de coco tandis que Geoffroy dégustait un lok lak (dés de bœuf sautés au sel, poivre et jus de citron).
Nous avons ensuite monté le boulevard Sothearos où l'animation commençait à gagner son plein et la foule à croître. En arrivant devant le Palais royal, les hommes en uniforme ordonnaient aux gens de se mettre sur les abords des trottoirs pour libérer le passage. Nous avons vu venir un cortège de voitures, transportant probablement le Premier Ministre Hun Sen. Puis ce fut au tour de la famille royale de rejoindre la tribune d'honneur. Avant la sortie du souverain, les pigeons ont effectué une danse énigmatique, s'envolant des flèches du palais et tourbillonnant dans le ciel au-dessus de nos têtes. Ayant regagné notre hôtel, après une randonnée de 6 heures, nous sommes montés prendre un rafraichissement sur le balcon.
De notre observatoire, nous avons assisté au feu d'artifice magistral explosant au-dessus du fleuve, déployant ses éclats réverbérés sur les flots, sous la bienveillance de la lune argent. Une série de barges décorées avec des illuminations défilait sous les éclairs artificiels. Nous avons été impressionnés par le spectacle, même si, à mon avis, Bangkok doit offrir un festival encore plus grandiose.
A Phnom Penh, le 31 octobre 2009
Samedi 31 octobre, après un (petit) déjeuner au saut du lit, Geoffroy et moi avons quitté le Phnom Penh Hotel pour nous rendre en voiture, conduite par Phearun, au marché russe (Phsar Tuol Tom Pong), surnommé ainsi par les étrangers car les Russes y faisaient leurs courses dans les années 1980. On y trouve de tout, notamment des vêtements de marques internationales, provenant des fabriques alentour, à des prix défiant toute concurrence. (Lonely Planet) Nous avons acheté deux nattes de couleur naturelle bordées d'un contour marron pour remplacer les nattes affreuses dans le séjour – l'une au motif fleuri, l'autre ressemblant à un tapis de prière musulman –, deux abat-jours en tissu orangé et deux boîtes en bois pour mouchoirs.
Puis, nous sommes allés à l'incontournable musée Toul Sleng ou musée du génocide. « En 1975, les forces de sécurité de Pol Pot investirent le lycée Tuol Svay Prey et en firent la prison de haute sécurité 21, ou S-21. Elle devint rapidement le plus grand centre de détention et de torture du pays. Entre 1975 et 1978, plus de 17 000 détenus du S-21 furent massacrés au camp d'extermination de Choeung Ek. Le S-21 est devenu le musée Toul Sleng, un témoignage bouleversant des atrocités commises par les Khmers rouges (…) Les Khmers rouges tenaient des registres méticuleux de leurs exactions. Chaque prisonnier qui arrivait au S-21 était photographié, parfois avant et après une séance de torture. Plusieurs salles sont entièrement tapissées de photos en noir et blanc d'hommes, de femmes et d'enfants, presque tous exécutés par la suite (…) » (Lonely Planet) Des étrangers, français, américains et australiens ont aussi été détenus et assassinés. « Quand l'armée vietnamienne libéra Phnom Penh au début de l'année 1979, elle ne trouva que sept prisonniers vivants au S-21 ; ils devaient leur survie à leur talent de peintre ou de photographe. Quatorze autres avaient été torturés à mort alors que les Vietnamiens approchaient de la ville. Dans les salles où ils furent retrouvés, des photos témoignent du sort atroce qu'ils connurent. Ils sont enterrés dans le jardin de l'ancien lycée. La visite de Toul Sleng est éprouvante. L'aspect banal du lieu le rend d'autant plus épouvantable : l'environnement urbain, la simplicité des bâtiments scolaires (…) les lits rouillés, les instruments de torture, les barbelés empêchant les prisonniers de se jeter des balcons et les cellules improvisées évoquent la face la plus terrifiante de l'humanité (…) » (Lonely Planet)
Quoi que la visite fut instructive (le documentaire du réalisateur franco-cambodgien, Rithy Panh, Bophana, étant projeté sur place), nous avons trouvé les locaux mal entretenus et la présentation du contenu peu soignée. Nous aurions souhaité plus d'efforts de reconstitution ainsi qu'une plus grande netteté des photographies et davantage de considération des victimes, par exemple en plaçant une limite dans les chambres de torture que les visiteurs ne pourraient franchir.
Après avoir quitté le musée de l'horreur, nous avons pris la direction de notre hôtel pour le reste du séjour, le Bougainvillier, situé sur le Quai Sisowath. Le choix de cet hébergement s'explique par la situation du lieu, favorisant la vue sur le fleuve, permettant d'assister à la fête des eaux sans en perdre une miette et en évitant le bain de foule. Le personnel nous a reçu impeccablement dans un cadre soigné et une déco orientale raffinée. Un serveur nous a offert un verre de jus de mangue, accompagné d'une serviette rafraichissante. Nous sommes ressortis dans la rue pour aller à notre chambre logée dans le bâtiment au-dessus de celui voisin. Située au quatrième étage – parfait pour voir sans être vu –, la suite s'ouvre sur un patio couvert d'un toit de paille, abritant la salle de bain et un salon d'extérieur. En face, une autre porte accède à la chambre spacieuse aménagée sous les combles et ornée d'un lit, d'un secrétaire, d'une garde-robe, d'un meuble bar-TV et d'un salon en rotin tourné vers le fleuve. Ce mobilier confirme les dires d'une connaissance selon lequel le patron, français, serait un amateur d'art. Une petite terrasse, où jonchent des grands pots dans lesquels poussent des bougainvilliers blancs et roses et gardée par une balustrade en fer forgé, offrait une vue imprenable sur les préparatifs de la fête. Geoffroy a immortalisé les réjouissances avec son appareil photo Reflex et suivi la scène grâce à ses jumelles.
Vue d'ici, il semble bien que Phnom Penh est la perle de l'Asie. Notre impression générale est l'excellence visée par les prestataires du secteur tertiaire dans le pays. La qualité, notamment du service, est ordinaire au sens d'habituel ; la variété des expériences est étonnante pour nous qui sommes des novices du tourisme en Asie. La seule ville de Phnom Penh déborde de potentiels et talents qui méritent d'être connus et explorés. Le joyau le plus précieux réside dans la serviabilité des gens : ici, le client est roi.
Après un déjeuner (diner) au KWest, brasserie de type anglo-saxon, nous sommes allés au Musée national. Il occupe un joli bâtiment traditionnel en terre cuite, construit entre 1917 et 1920 au milieu d'un jardin charmant. Le musée comprend quatre salles ouvertes sur un patio. (Lonely Planet) « Le musée renferme la plus belle collection au monde de sculptures khmères, plus d'un millénaire de somptueuses réalisations d'un art exceptionnel. » (Idem) Geoffroy et moi avons particulièrement apprécié nous asseoir dans la cour après la visite : les plantes attirent quelques oiseaux et papillons dans ce décor d'un autre temps, masquant la réalité urbaine proche.
A notre retour à l'hôtel, les spectateurs commençaient à affluer vers le centre de gravité. Nous avons siroté un apéritif assis à la terrasse du restaurant du Bougainvillier tandis qu'un spectacle pyrotechnique
déclinait ses couleurs chatoyantes devant nous au-dessus de l'eau où plongeaient les feux d'artifice et autres paillettes scintillantes. Nous avons mangé à l'intérieur, dans un cadre aéré et élégant, bercé de rythmes chauds latino. Après s'être rempli l'estomac de mets gastronomiques savoureux, nous sommes partis pour une balade digestive le long de la croisette cambodgienne. Les quais ont récemment été rénovés ; il reste à planter des palmiers et cocotiers entre les allées. Ayant entendu du bien du pub Memphis, j'y ai emmené Geoffroy. Encore un peu tôt pour les sorteurs phnompénois, nous avons bu une bière tous les deux dans le bar ayant pour thème le rock and roll. Le concert commençait à 22h30. Le public a peu à peu investi la salle : principalement des jeunes professionnels, dont Maia, juriste, à qui l'équipe de l'étude d'impact a confié une analyse juridique contenue dans les termes de référence. C'était une drôle de coïncidence de la voir, vêtue d'une tenue de collégienne, que nous avons ensuite imputée au fait qu'elle chantait dans le groupe !
A Phnom Penh, le 30 octobre 2009
Vendredi 30 octobre, Geoffroy et moi sommes allés au bureau de Phnom Penh. Nous devions également passer à la banque chercher notre carte… deux mois après avoir ouvert notre compte ! J'avais rendez-vous chez le coiffeur à 13h00. La femme de l'Ambassadeur de France m'avait recommandé De Gran, salon de beauté, dont le patron est japonais. C'était une aventure dans laquelle Geoffroy m'a accompagnée. Nous avons franchi un portail derrière lequel s'étendait une allée de grands carreaux blancs ; de chaque côté un bassin étiré en longueur ruisselait d'eau cristalline. Dans la bâtisse en face, tout le monde attendait derrière l'immense baie vitrée pour nous accueillir, y compris des femmes avec casque et micro. Une première dame à la réception nous a invités à nous asseoir dans la salle d'attente pourvue de chaises écarlates. Le maître a débarqué en nous honorant d'un salut japonais : inclinaison avec les mains posées sur les cuisses. Il avait une allure fantasque, avec sa trousse de ciseaux et peignes attachée à la ceinture. Une assistante cambodgienne a traduit notre échange anglo-japonais à propos de la coupe. Puis, je suis partie au lavage qui offrait une expérience à part entière : il dure plus longuement que d'ordinaire, comprend deux applications de shampooing et un soin et se ponctue de massages vigoureux des tempes et de douces caresses avec le pommeau, pendant que les yeux sont couverts d'un linge cotonneux. Après l'étape du lavage, je suis allée prendre place sur un siège face à un miroir sous un éclairage éblouissant, mélange de lumière naturelle et artificielle. Il faut savoir que la couleur dominante de la salle, ouverte sur l'extérieur, est le blanc et le matériau principal le verre, ce qui favorise la réverbération. Bref, pendant toute la durée de la coupe, j'ai tenu mes yeux à demi ouverts tant l'éblouissement me gênait. Ce qui fut le seul désagrément à l'ensemble. L'artiste m'a coiffée avec assurance tout en discutant avec Geoffroy et moi, par le truchement de son interprète. Son maniement rapide des outils, ses déplacements agiles et son air absorbé dans l'action m'ont incitée à le comparer à Edouard aux mains d'argent. Geoffroy l'a d'ailleurs complimenté en lui disant que c'était agréable de le regarder travailler. Après un rinçage final et le séchage, puis le paiement, nous sommes sortis de l'enceinte, suivis de la troupe. Quand la voiture s'est mise en route, le maître et ses assistants alignés nous ont remerciés par un salut japonais simultané en pleine rue.






















