13 mars 2010

A Bousra, du 5 au 18 octobre 2009


Revenons sur les grands événements de la période écoulée. D'abord, Manu nous a quittés, suite aux coups qu'il a portés à Dimitri. Ensuite notre chienne est en chaleur ; nous devons donc prendre des précautions pour qu'elle n'ait pas de rapport avec son père. La vétérinaire nous ayant expliqué que la pilule est dangereuse pour les chiens – utilisée par les femmes jadis, je préfère ne pas lui donner, et attacher les chiens à nouveau, si possible le plus loin possible l'un de l'autre afin qu'ils ne puissent se rencontrer. Cependant, j'essaye de les lâcher deux fois par jour dans l'enclos. Le reste du temps, ils peuvent se balader le long de la corde. De toute façon, ils préfèrent généralement rester à l'ombre, à moins qu'une proie ne passe dans le jardin. Les chaleurs chez la chienne se produisent heureusement seulement deux fois par an ; elles durent maximum trois semaines et la chienne est censée être la plus féconde entre le 9e et le 14e jour. D'après ce que j'ai lu sur internet, pour la chatte, c'est une autre histoire. Il faudra certainement qu'on intervienne chez ces animaux d'une manière ou d'une autre (contraception ou opération).
J'ai continué à m'impliquer dans les études AFD, en particulier pour l'étude de faisabilité. Celle-ci constitue en fait l'ossature sur laquelle viennent se greffer l'étude d'impact, le plan de gestion et le plan de réinstallation. Par exemple, j'ai récolté des informations concernant les données sociales de la concession, c'est-à-dire des renseignements relatifs au personnel, à leurs conditions de travail, aux procédures administratives liées aux ressources humaines. J'ai commencé à rédiger le texte décrivant ces questions. Je serai peut-être bientôt amenée – à la demande de Philippe – à m'occuper d'autres aspects de cette étude, concernant entre autres les composantes « plantations d'hévéas familiales » et « jardins à bois certifiés », que le prêt non-souverain visé par les études doit permettre de développer.
Geoffroy et moi avons continué notre installation dans la maison de village en bois sur pilotis. Nous avons d'abord ordonné les diverses boîtes dans la chambre convertie en grenier. Puis, nous avons posé des étagères dans le bureau permettant de créer un grand espace de rangement. Nous avons aussi accroché des tableaux apportés du Libéria ; ce qui donne un aspect personnalisé à l'ensemble, contrastant avec le style originel, les trophées par exemple, sans toutefois être dénué d'esthétisme. Il reste à ajouter des abat-jours sur quelques lampes suspendues. Enfin, nous aimerions meubler l'espace à notre goût en changeant le salon et en ornant le séjour d'un nouveau meuble TV et d'une bibliothèque pour accueillir nos livres.
Entre-temps, une équipe a commencé à nettoyer la colline sur laquelle devrait être construite notre future maison en plantation. En bordure du soir, nous sommes allés y faire un tour. Au sommet, où se trouvera sûrement la maison du DG, la vue est magnifique. Elle contemple un coucher de soleil plongeant dans l'accolade de deux collines.
Avec le retour du soleil, la plantation revêt une parure émeraude dans un écrin de pureté. Nous aimerions venir y habiter le plus tôt possible, mais la construction des maisons prendra certainement du temps, d'autant que les plans ne sont pas encore dessinés.
Joe Garrison, le photographe, est revenu pour un nouveau round de photos illustrant les activités de la compagnie. Joe a eu la gentillesse d'imprimer une série de photos, tels que des portraits, à distribuer à ses sujets, surtout des Phnongs, mais j'ai aussi reçu une photo de moi buvant à la jarre. Dommage que je fasse une grimace ! Depuis le dernier passage de Joe, la plantation a encore changé : la charpente des maisons ouvrières est sortie de terre au village, près de la rivière Ochel ; la croissance des hévéas est fulgurante ; et le défrichement a commencé dans la concession de Sethikula.
Geoffroy a instauré une organisation des travaux de préparation qui permettent de mieux tenir compte des spécificités des populations locales. Il a demandé le traçage préalable des routes kilométriques et a confié à une équipe mixte, composée de Phnongs et Khmers,
la mission d'inspecter les lieux afin de délimiter correctement les sites d'intérêt culturel pour les Phnongs (forêts sacrées, cimetières). Ensuite, il fait tracer les routes secondaires et, chaque fois, avant l'abattage d'un bloc, l'équipe part recenser les biens des familles phnongs, tels que les essarts, se trouvant sur ces terrains.

Philippe nous a annoncé la visite de l'Ambassadeur de France au Cambodge, Mr Jean-François Desmazières, et son épouse. Les parents de Geoffroy les avaient rencontrés en Côte d'Ivoire en 2002. L'objet de sa venue est de constater lui-même le développement de la concession. Comme ils séjourneront à la maison, nous allons préparer la chambre d'amis de circonstance, en plaçant une moustiquaire de lit notamment.
Mercredi 14, j'ai reçu la responsabilité de superviser l'organisation du diner officiel avec l'Ambassadeur devant se tenir le vendredi 16. Il ne fallait pas tarder. Après avoir concocté le menu avec le personnel de cuisine, nous avons commandé la nourriture jeudi matin à Mme Sotheary, basée au bureau de Sen Monorom. L'après-midi, l'équipe d'impact social avait rendez-vous avec le vice-gouverneur en charge de la concession au gouvernement provincial à Sen Monorom. Ce qui tombait bien : nous pouvions faire d'une pierre deux coups en rencontrant notre interlocuteur et en prenant les courses au bureau. Notre faux départ avec la Landcruiser – échangée contre un pick-up quelques minutes après le démarrage à cause d'un problème de radiateur – et la fondrière aux chutes d'eau nous ayant fait perdre du temps, Jean-Philippe a préféré téléphoner au secrétaire pour annuler la réunion.
Lin m'accompagnait à Sen Monorom. Nous sommes allées toutes les deux au marché pendant que Jean-Philippe et Sovan, Phnong recruté comme enquêteur pour l'étude d'impact social, se rendaient au bureau du SEILA, organisme qui coordonne les actions de développement dans la province. Après avoir collecté les provisions pour le diner et des statistiques sur la région, nous sommes rentrés à Bu Sra.
J'avais appris en début d'après-midi que l'Ambassadeur et sa femme arriveraient un jour plus tôt. Ils devaient passer une nuit à Sen Monorom au cas où il était trop tard pour s'aventurer sur la route de Bu Sra. Comme ils avaient bien roulé, que le temps était clément et qu'ils prévoyaient d'atteindre Bu Sra avant la nuit, ils avaient décidé de venir directement. J'étais à la maison pour les accueillir.
Nous avons diné tous les cinq, avec Philippe, à la maison. Pendant le repas, nous avons entendu notre chienne geindre. Geoffroy est allé voir. Ce qui ne devait surtout pas arriver s'était produit : les deux clebs étaient coincés et la chienne souffrait le martyr. Elle bavait même de l'écume.
Vendredi matin, les invités se sont levés tôt pour aller à l'appel des travailleurs. Après le petit déjeuner, nous sommes allés ensemble visiter l'école et l'hôpital avant de nous rendre en plantation. Après le déjeuner à la maison, nous avons agrémenté la visite de la scierie par une balade en forêt (sacrée). A 15 h, j'ai quitté mes compagnons pour donner quelques consignes au personnel de cuisine pour le repas du soir.
L'apéritif a eu lieu à la maison, le repas au bureau. L'ambiance était détendue et à la bonne franquette. Philippe a pris la parole au cours de la soirée. Il a remercié l'Ambassadeur pour sa visite, appréciant qu'il ait été le premier officiel à venir sur la plantation. Le DG de SOCFIN-KCD a reconnu que tout n'était pas parfait mais que la société essayait de faire de son mieux. L'Ambassadeur lui a répondu que le contexte dans lequel la concession se développait était difficile. Il a déclaré être satisfait de sa visite, lui ayant permis de constater que le projet avançait, contrairement aux rumeurs propagées à Phnom Penh.
Le lendemain, l'Ambassadeur et Catherine sont partis en compagnie de Philippe… et de Sylvain, ayant été appelé à rentrer dans la capitale, une fois encore – pour régler un problème avec son supérieur. Catherine a invité Geoffroy et moi à dormir chez eux – à l'Ambassade ! – quand nous serons à Phnom Penh. Je pense qu'elle organisera un diner pour que nous rencontrions des gens.
Le départ de nos hôtes a laissé une sensation de vide dans la maison. Nous avons décidé de poursuivre notre emménagement. Geoffroy a fabriqué une moustiquaire pour la fenêtre du salon. On peut désormais laisser la fenêtre ouverte, même la nuit, sans que les chats ne puissent se faufiler à l'intérieur. Geo a ajouté une étagère supplémentaire dans la cuisine afin de caser davantage d'objets. Quant à moi, j'ai rangé la pièce avec les penderies, où j'ai placé une étagère – vernie pour la protéger contre la moisissure – sur laquelle j'ai posé le linge : draps, serviettes de bain et nappes.
Après une balade avec les chiens sur la colline, où nous avons élu notre futur domicile, plateau de granit surplombant une jungle de bambous et d'arbres majestueux, nous avons continué à agrémenter notre maison actuelle. Nous avons revêtu le bureau d'images paisibles : grands mats, voiles et phare au cœur d'une mer déchainée ou d'un océan infini. A présent, nous vaquons à nos occupations sur la musique émanant des baffles, récemment accrochés dans le séjour, et dans l'atmosphère chaleureuse, procurée par la lumière des lampes tamisées recouvertes de nasses, reflétant sur les boiseries des halos clairs et ombragés.

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