13 mars 2010

A Phnom Penh, le 31 octobre 2009


Samedi 31 octobre, après un (petit) déjeuner au saut du lit, Geoffroy et moi avons quitté le Phnom Penh Hotel pour nous rendre en voiture, conduite par Phearun, au marché russe (Phsar Tuol Tom Pong), surnommé ainsi par les étrangers car les Russes y faisaient leurs courses dans les années 1980. On y trouve de tout, notamment des vêtements de marques internationales, provenant des fabriques alentour, à des prix défiant toute concurrence. (Lonely Planet) Nous avons acheté deux nattes de couleur naturelle bordées d'un contour marron pour remplacer les nattes affreuses dans le séjour – l'une au motif fleuri, l'autre ressemblant à un tapis de prière musulman –, deux abat-jours en tissu orangé et deux boîtes en bois pour mouchoirs.
Puis, nous sommes allés à l'incontournable musée Toul Sleng ou musée du génocide. « En 1975, les forces de sécurité de Pol Pot investirent le lycée Tuol Svay Prey et en firent la prison de haute sécurité 21, ou S-21. Elle devint rapidement le plus grand centre de détention et de torture du pays. Entre 1975 et 1978, plus de 17 000 détenus du S-21 furent massacrés au camp d'extermination de Choeung Ek. Le S-21 est devenu le musée Toul Sleng, un témoignage bouleversant des atrocités commises par les Khmers rouges (…) Les Khmers rouges tenaient des registres méticuleux de leurs exactions. Chaque prisonnier qui arrivait au S-21 était photographié, parfois avant et après une séance de torture. Plusieurs salles sont entièrement tapissées de photos en noir et blanc d'hommes, de femmes et d'enfants, presque tous exécutés par la suite (…) » (Lonely Planet) Des étrangers, français, américains et australiens ont aussi été détenus et assassinés. « Quand l'armée vietnamienne libéra Phnom Penh au début de l'année 1979, elle ne trouva que sept prisonniers vivants au S-21 ; ils devaient leur survie à leur talent de peintre ou de photographe. Quatorze autres avaient été torturés à mort alors que les Vietnamiens approchaient de la ville. Dans les salles où ils furent retrouvés, des photos témoignent du sort atroce qu'ils connurent. Ils sont enterrés dans le jardin de l'ancien lycée. La visite de Toul Sleng est éprouvante. L'aspect banal du lieu le rend d'autant plus épouvantable : l'environnement urbain, la simplicité des bâtiments scolaires (…) les lits rouillés, les instruments de torture, les barbelés empêchant les prisonniers de se jeter des balcons et les cellules improvisées évoquent la face la plus terrifiante de l'humanité (…) » (Lonely Planet)
Quoi que la visite fut instructive (le documentaire du réalisateur franco-cambodgien, Rithy Panh, Bophana, étant projeté sur place), nous avons trouvé les locaux mal entretenus et la présentation du contenu peu soignée. Nous aurions souhaité plus d'efforts de reconstitution ainsi qu'une plus grande netteté des photographies et davantage de considération des victimes, par exemple en plaçant une limite dans les chambres de torture que les visiteurs ne pourraient franchir.
Après avoir quitté le musée de l'horreur, nous avons pris la direction de notre hôtel pour le reste du séjour, le Bougainvillier, situé sur le Quai Sisowath. Le choix de cet hébergement s'explique par la situation du lieu, favorisant la vue sur le fleuve, permettant d'assister à la fête des eaux sans en perdre une miette et en évitant le bain de foule. Le personnel nous a reçu impeccablement dans un cadre soigné et une déco orientale raffinée. Un serveur nous a offert un verre de jus de mangue, accompagné d'une serviette rafraichissante. Nous sommes ressortis dans la rue pour aller à notre chambre logée dans le bâtiment au-dessus de celui voisin. Située au quatrième étage – parfait pour voir sans être vu –, la suite s'ouvre sur un patio couvert d'un toit de paille, abritant la salle de bain et un salon d'extérieur. En face, une autre porte accède à la chambre spacieuse aménagée sous les combles et ornée d'un lit, d'un secrétaire, d'une garde-robe, d'un meuble bar-TV et d'un salon en rotin tourné vers le fleuve. Ce mobilier confirme les dires d'une connaissance selon lequel le patron, français, serait un amateur d'art. Une petite terrasse, où jonchent des grands pots dans lesquels poussent des bougainvilliers blancs et roses et gardée par une balustrade en fer forgé, offrait une vue imprenable sur les préparatifs de la fête. Geoffroy a immortalisé les réjouissances avec son appareil photo Reflex et suivi la scène grâce à ses jumelles.
Vue d'ici, il semble bien que Phnom Penh est la perle de l'Asie. Notre impression générale est l'excellence visée par les prestataires du secteur tertiaire dans le pays. La qualité, notamment du service, est ordinaire au sens d'habituel ; la variété des expériences est étonnante pour nous qui sommes des novices du tourisme en Asie. La seule ville de Phnom Penh déborde de potentiels et talents qui méritent d'être connus et explorés. Le joyau le plus précieux réside dans la serviabilité des gens : ici, le client est roi.
Après un déjeuner (diner) au KWest, brasserie de type anglo-saxon, nous sommes allés au Musée national. Il occupe un joli bâtiment traditionnel en terre cuite, construit entre 1917 et 1920 au milieu d'un jardin charmant. Le musée comprend quatre salles ouvertes sur un patio. (Lonely Planet) « Le musée renferme la plus belle collection au monde de sculptures khmères, plus d'un millénaire de somptueuses réalisations d'un art exceptionnel. » (Idem) Geoffroy et moi avons particulièrement apprécié nous asseoir dans la cour après la visite : les plantes attirent quelques oiseaux et papillons dans ce décor d'un autre temps, masquant la réalité urbaine proche.
A notre retour à l'hôtel, les spectateurs commençaient à affluer vers le centre de gravité. Nous avons siroté un apéritif assis à la terrasse du restaurant du Bougainvillier tandis qu'un spectacle pyrotechnique
déclinait ses couleurs chatoyantes devant nous au-dessus de l'eau où plongeaient les feux d'artifice et autres paillettes scintillantes. Nous avons mangé à l'intérieur, dans un cadre aéré et élégant, bercé de rythmes chauds latino. Après s'être rempli l'estomac de mets gastronomiques savoureux, nous sommes partis pour une balade digestive le long de la croisette cambodgienne. Les quais ont récemment été rénovés ; il reste à planter des palmiers et cocotiers entre les allées. Ayant entendu du bien du pub Memphis, j'y ai emmené Geoffroy. Encore un peu tôt pour les sorteurs phnompénois, nous avons bu une bière tous les deux dans le bar ayant pour thème le rock and roll. Le concert commençait à 22h30. Le public a peu à peu investi la salle : principalement des jeunes professionnels, dont Maia, juriste, à qui l'équipe de l'étude d'impact a confié une analyse juridique contenue dans les termes de référence. C'était une drôle de coïncidence de la voir, vêtue d'une tenue de collégienne, que nous avons ensuite imputée au fait qu'elle chantait dans le groupe !

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