Bousra exhale un air d'été : les pluies ont espacé leurs visites, l'atmosphère s'est allégée et le soleil brille au milieu d'un ciel limpide. On se croirait en Europe pendant la belle saison. Sauf qu'ici le bleu du ciel est plus souvent au rendez-vous.
A notre retour de Phnom Penh, Geoffroy a été malade : indigestion, accompagnée de fièvre, heureusement passagère, et maux de tête légers. Le médecin de la compagnie est venu à la maison avec un test rapide pour détecter le paludisme. Celui-ci s'est révélé négatif. Malgré une amélioration de son état de santé, Geoffroy n'est pas encore au top de sa forme. J'ai insisté pour qu'à notre prochain séjour à Phnom Penh, il consulte un médecin.
Le 9 novembre, fête de l'indépendance du Cambodge. J'ai reçu un e-mail – surprise – du directeur général de SOCFIN-KCD, qui demandait qu'on réintègre Phalla, partie en congé maternité il y a trois mois – rappelez-vous – et que Lin nous quitte. Nous pensions que le message était bien passé : nous avions demandé à la directrice administrative et épouse du DG, de garder Lin – celle-ci étant toutefois aussi enceinte – et de trouver un autre placement pour Phalla (la maison 8).
La loi cambodgienne requière que l'employeur donne trois mois de congé de maternité aux employées enceintes. Dans le cas de Phalla, son départ est survenu moins d'un mois après notre arrivée à Bousra. Nous nous sommes donc habitués à Lin entre temps, et réciproquement. Tous les efforts fournis des deux côtés pendant ces trois mois auraient-ils été vains ? Avec Lin, j'ai notamment instauré un système selon lequel je lui donne l'argent des courses et elle me donne la liste des produits qu'elle a achetés (en khmer) et des coûts associés (en chiffres arabes). Ainsi, j'opère un suivi de nos dépenses. J'essaye également petit à petit que notre foyer dépende moins du bureau, par exemple en terme de produits d'entretien.
Il faut mentionner la mentalité des travailleurs qui pensent que la compagnie peut tout prendre en charge. A tel point que peu doivent comprendre notre démarche de vouloir dissocier nos dépenses personnelles de celles de la compagnie. A ce propos, depuis que la cuisine du bureau a fermé ses portes, les employés ont acquis un cuiseur de riz pour chaque foyer, ce qui a généré une pression trop forte sur notre générateur. Par conséquent, le générateur de secours sous la maison a été déplacé pour alimenter les logements voisins tandis que notre générateur est soulagé en n'étant plus que raccordé chez nous et à la maison d'en-face.
Au final, après un échange d'emails quelque peu houleux entre eux et moi, le DG a décidé que Phalla irait travailler à la maison 8 tandis que nous pourrions employer Lin nous-mêmes, avec la possibilité d'une indemnité de la société. Une gageure, en somme, qui, j'espère, ne nous perdra pas dans les méandres de l'administration cambodgienne ! Car bien que la loi semble irréprochable – encore qu'il paraît qu'elle stipule les droits des travailleurs, non leurs devoirs ! –, elle n'est pas toujours appliquée par ceux-là mêmes censés la représenter.
Pour nous changer les idées, Geoffroy et moi sommes allés avec les chiens nous balader en plantation. Nous avons exploré plusieurs endroits agréables, à l'ombre d'arbres, dont un au bord d'une rivière parsemée de rocs énormes. Les chiens adorent se baigner et nous prenons plaisir à les regarder. Nous sommes à nouveau montés sur la colline des futures maisons.
Mardi 10 novembre, finalement le problème de la veille semble se résoudre. Plus de peur que de mal. Geoffroy a réussi à s'entendre avec le DG.
Enfin, la vie reprend son cours plus ou moins normal. Hier soir, Frédéric M. m'a téléphoné de Phnom Penh. Il est de retour au Cambodge pour la deuxième partie de sa mission. Il arrivera à Bousra lundi 16 par la connexion aérienne de Phnom Penh à Sen Monorom. Les vols ont en effet repris dans le Mondolkiri, mais ne devraient pas se poursuivre après la fin de l'année. Faute de moyens financiers, l'ONG Mission Aviation Fellowship suspendra ses vols pour le Mondolkiri et le Ratanakiri. Heureusement, la route devrait continuer à s'améliorer mais l'avion serait une option plus rapide parfois. Nous aurons peut-être l'occasion de voler à bord de cet avion.
Geoffroy et moi essayons de rencontrer des gens, voire de se faire des amis. Maintenant que les fortes pluies ont cessé, nous pouvons nous rendre plus facilement à Sen Monorom pour rencontrer des expats et touristes, aller au restaurant ou boire un verre. Il convient de noter le changement d'horaire appréciable pour le personnel de plantation. La pause de midi a été réduite : à l'origine à partir de 11h00 jusqu'à 13h00, elle est désormais de 11h00 à midi. En outre, la réunion du soir a été avancée à 13h00. Cet aménagement a permis de raccourcir les journées de travail pour clore à 16h00 – en principe. Dans ce lieu où le soleil amorce sa descente vers 17h30, nous pouvons donc profiter davantage de nos soirées. Un jour, nous sommes allés courir en plantation. La nuit nous a rattrapés et nous avons regagné la voiture dans l'obscurité. Un soir, nous sommes allés avec les chiens sur la colline des maisons.
Samedi 14 novembre, le week-end de Geoffroy commençant à présent – officiellement – après sa réunion de début d'après-midi, nous sommes partis à Sen Monorom vers 15h00. Nous sommes d'abord allés voir les chutes d'eau Chrey Thom. Difficile à trouver, cette cascade se situe au bout d'une route traversant un village, à plusieurs kilomètres de Sen Monorom. Le coin est charmant au milieu des arbres, mais pour arriver au bas de la chute, il faut emprunter des marches en bois qui ploient sous les pas et l'escalier s'interrompt avant l'arrivée.
Puis, de retour en ville, nous sommes passés au bureau de SOCFIN-KCD. Lin avait passé une commande à Mme Sotheary pour des denrées alimentaires que nous sommes allés prendre. Ensuite, nous sommes passés dire bonjour à Bill avec qui nous avons discuté dans la cour de son magasin. A côté de chez lui se trouve un bar fréquenté qu'un Français a, paraît-il, financé. Nous avons failli aller prendre un verre là, mais le vent nous a poussés dans une autre direction, vers le Nature Lodge. Comme le pont que nous devions franchir pour nous rendre à l'endroit avait été emporté par les crues, nous avons fait demi-tour pour chercher l'autre route qui nous y mènerait. De la route principale de Sen Monorom, des panneaux guident les visiteurs jusqu'au havre de paix. L'on pénètre dans une allée bordée de végétation conduisant au chalet, joliment éclairé de nuit. Construit autour de quelques arbres, le bar et le restaurant accueillent les gens dans un décor chaleureux et soigné. Tout le monde se trouvait sur la plateforme récemment ajoutée. Nous avons pris place au bar où se trouvaient un homme et une femme d'une soixantaine d'années. Un couple de jeunes Français nous a rejoints et nous avons entamé la conversation. Ils avaient passé un mois en Thaïlande et étaient venus découvrir le Cambodge. Après avoir passé une agréable soirée en leur compagnie et parlé avec les propriétaires du Lodge, nous avons repris la route de Bousra. Il faisait nuit et le trajet a duré une heure, mais nous étions contents de notre sortie.
Dimanche 15 novembre, entre nos occupations ménagères, Geoffroy et moi avons tenté de voir le spectacle de danse du groupe bunong (phnong) aux chutes d'eau de Bousra. Toutefois, à l'entrée du site, on m'a dit que la troupe se trouvait au village 5 et, ne connaissant pas exactement le lieu, nous avons traversé le village en scrutant les alentours. Encore raté pour cette fois. Il faudra essayer d'aller aux chutes samedi prochain, car ce jour-là en allant à Sen Monorom, nous avons vu les danseurs se changer après le spectacle.
En fin d'après-midi, le couple rencontré la veille nous a rendu visite à la maison. Ils avaient loué une moto à Sen Monorom pour voir les chutes d'eau. Nous leur avons montré la plantation. Comme ils voulaient rentrer avant la nuit, nous nous sommes simplement arrêtés au village d'Ochel, où se construisent les maisons ouvrières et le garage, où la vue en hauteur permet de décrire le site. Ensuite, nous sommes rentrés à la maison où nous avons échangé nos adresses e-mail, puis Maud et Jean-Pierre – dont nous avions appris les prénoms sur le tard – sont repartis pour Sen Monorom, d'où ils prévoyaient de voyager le lendemain vers le Ratanakiri.
Cette semaine se termine sur une note positive. Geoffroy et moi avons pris à deux mains notre volonté de goûter à une vie sociale. Il était temps. Nous habitons à Bousra depuis déjà quatre mois. D'autres améliorations sont aussi possibles localement. J'ai l'impression de ne pas connaître le village ni ses habitants. Nous connaîtrons vraisemblablement notre premier mariage khmer à la fin du mois : Pisseth, fonctionnaire à la commune, est venu nous apporter l'invitation à son mariage qui aura lieu à la maison de sa fiancée, en face de notre demeure. Un événement particulier, d'après les dires de nos connaissances, auquel nous sommes impatients d'assister.
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