Long silence dû à un emploi du temps plus chargé que d'habitude : seconde partie de mission de FM pour l'étude d'impact environnementale et sociale, contribution à une enquête en Afrique de l'Ouest menée par mon amie Gigi et rédaction d'un article sur l'hévéaculture pour le Phnom Penh Accueil, ainsi que des idées de projets personnels.
Cette narration évoquera les événements majeurs au cours de la période concernée : la visite de Gérard M., un séjour découverte à Phnom Penh, un mariage khmer à Bousra, la Saint-Nicolas (patron des écoliers fêté pour les enfants, notamment en Belgique) « marquée » à Bousra par la présence d'une kermesse équipée de vieux carrousels, et une excursion avec des Phnongs jusqu'au sommet du mont Nam Lyr.
Gérard, que Geoffroy connaît bien et que j'avais eu la chance de rencontrer à LAC au Libéria l'an passé, est arrivé à Sen Monorom le 16 novembre par avion avec FM et Jean-Philippe L. Il a logé chez nous. Le but de sa visite était d'examiner la plantation et d'adresser ses observations et recommandations à la direction de SOCFIN-KCD et au siège de Socfinco.
Le mardi 24 novembre, je suis partie pour Phnom Penh avec FM qui devait rencontrer le directeur général de Socfinco, de passage à l'occasion du Conseil d'Administration de SOCFIN-KCD. Le soir même, avec un mal de tête fracassant, j'ai fait la connaissance de Michèle Claudel. Petite-nièce de la sculptrice Camille Claudel – ayant entretenu une relation avec le sculpteur Auguste Rodin – et petite-fille du poète et écrivain Paul Claudel, cette dame d'une soixantaine d'années est la directrice de l'ONG IRIS-Asia, dédiée à la prévention de la cécité ainsi qu'au recouvrement de la vue chez les plus pauvres au Cambodge, Laos, Népal et Sri Lanka. Nous avons mangé avec ses amis à Comme à la maison, excellent restaurant de cuisine française hébergé dans un joli jardin. Michèle Claudel a un tempérament vif et brillant. Cette rencontre n'aurait pu avoir lieu sans l'intermédiaire de mon amie Caroline, Suisse travaillant pour le Comité International de la Croix Rouge et qui essaye de récolter des fonds pour IRIS. La directrice de l'ONG était accompagnée d'un généreux donateur grec, ayant financé l'établissement d'une clinique – dans la province de Battambang, je pense.
Geoffroy et Gérard ont quitté Bousra le mercredi 25. Ce jour-là, j'en ai profité pour explorer les boutiques que j'avais manquées en raison de leur fermeture durant la fête de l'eau. A midi, j'ai eu le plaisir de voir Marcus Thompson que je n'avais jamais revu depuis notre rencontre à Oxfam Ghana mais avec qui nous avons continué à correspondre par email. Marcus travaille pour Oxfam et voyage beaucoup. Il connaît depuis longtemps le Cambodge – il a beaucoup lu sur ce pays et m'a recommandé une liste de bouquins ; il se rend aussi pour le travail au Libéria. Il s'intéresse à tout ce qui concerne les pays dont il s'est épris. Passionné de livres, il écrit des revues sur Facebook. Cet homme, à la veille de la retraite, a le cœur sur la main. Après un déjeuner léger à Jars of Clay, à deux pas du Marché russe, et une conversation aux accents de retrouvailles, Marcus m'a emmenée au magasin d'à-côté proposant des objets artisanaux produits par des handicapés, regroupés dans l'organisation Peace Handicrafts. Marcus connaît l'une des couturières depuis qu'elle est petite et la considère, avec son mari et ses enfants, comme sa famille cambodgienne. Quelle belle leçon d'humanisme ! Je regrette que Geoffroy ne soit pas arrivé plus tôt pour lui présenter Marcus.
Geoffroy et moi étions reçus par Catherine Desmazières et son mari, l'Ambassadeur de France, à la résidence, sise dans l'enceinte de l'Ambassade. Cette invitation survient suite à leur passage à Bousra durant lequel nous les avions hébergés à la maison. Il faut ajouter que les parents de Geoffroy connaissaient déjà le couple en Côte d'Ivoire. Nous avons logé dans un studio confortable, bien équipé et sympa, donnant sur le parc. Nous avons pris certains repas avec nos hôtes, avons pu profiter de la piscine et nous promener dans le parc jonché
d'essences variées, dont deux hévéas.
Jeudi midi, nous avons mangé avec des amies de Catherine venues confectionner des biscuits pour les vendre au marché de Noël au profit d'œuvres sociales du Women International Group (WIG) en faveur de femmes et d'enfants cambodgiens vulnérables. A cette occasion, nous avons rencontré les mamans de deux élèves du Lycée Descartes préparant un exposé sur le caoutchouc, que j'ai essayé d'aider en envoyant de la documentation.
Le jeudi 26 novembre a eu lieu la remise du Mérite agricole à Philippe Monnin, DG de SOCFIN-KCD, en même temps qu'au Cambodgien Lord Rasmey. Geoffroy et moi avons été conviés au cocktail, ainsi que d'autres personnes connues dans le milieu hévéicole, dont des employés de l'AFD, du CIRAD et du gouvernement.
A plusieurs reprises au cours de la semaine, Geoffroy et moi sommes allés manger au restaurant avec FM et GM. Nous avons testé le Malis, restaurant de cuisine cambodgienne mise au goût du jour, et le restaurant italien Pop Café ; nous avons également opté pour une valeur sûre, La Patate II issue d'une synergie
franco-belge, où nous a rejoints LB, qui nous a ensuite fait découvrir l'Elephant Bar à l'hôtel Le Royal. Ensemble, nous sommes sortis au Riverhouse et au Memphis.
Geoffroy a heureusement pu reporter son départ du vendredi 27 au dimanche 29, grâce à LB, qui lui a demandé d'être présent à une réunion interne, le vendredi après-midi. Le matin, j'ai suivi Catherine, à la permanence du Phnom Penh Accueil (PPA) à la brasserie KWest tandis que Geoffroy était resté à la résidence pour travailler. Le PPA, équivalent francophone du WIG paraît-il, se définit ainsi : « association destinée à aider votre installation dans le pays et à créer des liens d'échange, de convivialité, d'ouverture et de découvertes entre plusieurs cultures ». Le PPA organise tous les vendredis matins une permanence où les anciens accueillent les nouveaux arrivants. Bien que pas franchement nouvelle au Cambodge, mais n'étant que rarement à PP, cette réunion fut l'occasion de rencontrer quelques dames sympas basées dans la capitale, notamment la gérante de l'hôtel Villa Langka et une jeune femme d'origine somalienne mariée à un prof du Lycée français. Ma présence fut surtout le déclencheur de ma contribution au prochain numéro du bulletin trimestriel du PPA, dont la parution est prévue mi-décembre.
Samedi 28 novembre, Geoffroy et moi sommes partis avec l'Ambassadeur et sa femme au Centre Culturel Français (CCF) où fut lancée la deuxième édition de PhotoPhnomPenh, conjuguant en 22 expositions visions asiatiques et européennes pour le plaisir des yeux. Au gré d'un parcours reliant des sites dignes d'intérêt, le public a vogué sur le souffle de talents aussi originaux que diversifiés. Davantage qu'un vernissage, le festival fut l'occasion de découvrir des endroits normalement fermés au public, telle que l'école professionnelle où, dit-on, Pol Pot aurait fait ses études. Ce voyage, ludique parce qu'il était organisé en tuk-tuk, permettait de croiser différents personnages. Ainsi, Geoffroy et moi sommes montés à bord d'un véhicule en compagnie d'artistes, dont une Bretonne prometteuse, un jeune exprimant son art par la photographie nocturne et le biais de projections, et une auteure d'histoires pour enfants. Seuls désagréments au tableau : la chaleur éreintante de l'après-midi et l'exiguïté de certaines salles d'exposition.
Le soir même se tenait un cocktail dans le jardin de l'Ambassade décoré de lumières rouges pour l'événement. Y trônaient également de grands écrans projetant les images présentées au festival. Durant la soirée, nous avons revu le couple Bernardi et rencontré un autre couple, jeunes parents de deux enfants, dont l'homme est d'origine lilloise et la femme connaît par son travail Sylvain Vogel.
Dimanche 29, il a bien fallu se résoudre à voir partir Geoffroy, alors que j'avais prévu de me rendre au marché de Noël à l'Hôtel Intercontinental, organisé par WIG. J'ai acheté principalement des décorations pour le futur sapin de Noël que nous allons commander à PP. J'ai revu le kiné français, exposant ses produits cosmétiques à base d'huiles essentielles. Nous avons entretenu une conversation sur la faisabilité d'un partenariat avec des agriculteurs du Mondolkiri pour fournir les plantes à l'origine des huiles qu'il fabrique lui-même avec un alambic. Pour l'instant, il importe la plupart des produits. Mentionnons également la présence aux stands d'une française et d'une belge commercialisant de jolis vêtements pour enfants, d'une cambodgienne parlant parfaitement le français, propriétaire d'un magasin de décoration, Le Passage, où Catherine m'avait emmenée au retour du PPA, ainsi que d'autres initiatives originales et attrayantes.
L'après-midi, je me suis rendue au café Living Room, où je m'attendais à voir exposés de chouettes produits du Ratanakiri, suivant les informations de la juriste Maia Diokno. Toutefois, ce jour-là, les exposants de l'ONG Non-Timber Forest Products (NTFP) étaient absents, peut-être parce qu'une représentante occupait déjà un stand au marché de Noël. Malgré la déception de ne pas trouver ce pourquoi j'étais venue, j'ai parcouru un quartier intéressant où se sont implantés différents commerces et lieux de détente, dont Shiatsu-Ya, où un Japonais soigne les patients en appliquant une technique de massage particulière. J'ai croisé l'enseigne du centre de bien-être U & Me Spa, voisin d'un magasin de lingerie et de beyond interiors, magasin de décoration d'intérieur, dont j'ai poussé la porte pour explorer le showroom : meubles et objets modernes au style raffiné, rare pour le Cambodge – bien qu'il ne faille pas sous-estimer le pays où semble fleurir une offre riche et variée. J'ai aussi pris des informations aux deux centre de yoga proches de quelques mètres l'un de l'autre (notons en passant le regroupement remarquable à PP des commerces similaires se retrouvant souvent le long d'une même rue). Il était amusant de visiter le premier endroit : des gens, assis contre un mur ou allongés, n'ont même pas remarqué ma présence ! L'un des profs est arrivé et m'a expliqué que c'était un week-end de méditation. Arrivés sur le toit où les cours ont lieu, j'ai été étonnée de voir un occidental debout immobile dans une posture facétieuse. On se serait cru dans un autre monde.
Lundi 30 novembre, j'ai pris la route du retour, toujours en compagnie de Frédéric Mertens, qui revenait à Bousra pour une semaine. Nous avons quitté PP relativement tard. Il a donc fallu que je me dépêche en arrivant à la maison pour me préparer pour le mariage, organisé à la maison d'en-face. Pisseth, représentant du Parti du Peuple cambodgien (PPC) à la commune, s'unissait à Rida, fille des propriétaires de la maison n° 2, louée par la compagnie pour loger des employés. Une table nous était réservée, avec plusieurs plats de nourriture. Nous étions avec Frédéric et Dimitri. On a dansé en ronde à la manière des Apsaras (nymphes célestes) en effectuant toujours les mêmes mouvements de bras de chaque côté mais désynchronisés – ce qui complique pas mal la technique (quand une main est en haut, l'autre est en bas) – et en courbant les doigts vers l'arrière autant que possible. Particularité du mariage khmer : la mariée change de tenue au moins trois fois. Nous avions apporté l'enveloppe d'invitation portant nos noms (tradition oblige), dans laquelle nous avions placé de l'argent pour les mariés – pas une trop petite somme pour ne pas déplaire. C'était en un sens une motivation pour profiter de la fête en dansant plus que nous n'aurions pu normalement. On a eu de la chance car, au moment de se coucher, la musique était déjà arrêtée, nous accordant une nuit de répit.
Ce qui n'est pas le cas de tous les soirs de la semaine dernière, depuis qu'une kermesse s'est installée sur la place du village, à deux pas de chez nous ! Bien que l'attraction fasse probablement la joie des jeunes, elle est abasourdissante, et déplait apparemment aux Phnongs. Il est possible que les forains soient venus à Bousra en quête de grasses recettes provenant des salaires payés par la compagnie aux travailleurs. En ce sens, l'implantation d'une entreprise économique attire autour d'elle un pôle de développement : de nombreuses maisons se sont construites depuis la venue de SOCFIN-KCD ; des commerces ont ouvert leurs portes ; des opportunistes prévoient de faire des affaires en montant divers projets, comme des karaokés. Il est important de noter que ces activités sont les prérogatives des Khmers et que les Phnongs perdent du terrain face à toutes ces incursions et changements dans leur contexte originel.
Les Phnongs sont plus proches de la nature que de l'environnement urbain. Geoffroy et moi avons eu la chance de nous joindre à un groupe de Phnongs à l'occasion d'une randonnée jusqu'au Nam Lyr, instiguée par Jean-Philippe et Frédéric. De Phnongs, il s'agissait de Sovan, assistant pour l'étude socio-économique, de l'homme recruté par SK pour aider à délimiter les forêts sacrées et les cimetières avant le défrichage de la concession et de sa femme, d'un employé chargé de relever les points GPS pendant le mesurage des essarts, de la femme de celui-ci et leur enfant, et d'autres Phnongs amis du groupe. En file indienne, nous avons parcouru plus de trois kilomètres en empruntant un chemin forestier pour arriver au pied du mont de granit, que les Phnongs nomment Nam Lyr. La légende veut que les premiers hommes et femmes (cinquante de chaque) sont sortis de dessous – d'un trou exactement, que nous sommes allés voir sur le retour – et qu'ensuite ils se sont dispersés sur terre. Après avoir grimpé une pente raide, nous avons tenu une séance photo, pour laquelle la vieille femme avait emmené des vêtements traditionnels.
A l'heure de manger, les hommes ont préparé un feu pour griller la viande apportée. Ils ont fait tout cela avec les moyens du bord, sauf le briquet utilisé pour allumer les branches. Les brochettes conçues à partir de tiges de bambou étaient succulentes ; le goût de cuisson au feu de bois m'a rappelé les entrecôtes rôties chez mes grands-parents. La femme âgée a offert à Geoffroy une écharpe et à moi une jupe et un sac qu'elle avait elle-même tissés. Je crois qu'elle voulait nous remercier pour l'emploi de son mari. Nous sommes repartis à la voiture, légers, rassérénés par cette balade en harmonie. En rentrant, le couple de vieux voulait encore nous inviter chez eux à boire de l'alcool de riz, mais Geoffroy et moi avons poliment décliné l'invitation, tandis que Frédéric et Jean-Philippe se sont laissés entraîner. Après notre retour à la maison, nous avons emmené les chiens en plantation. Le soir, nous avions pris des couleurs, surtout mes épaules qui avaient rougi. Nous avions omis nos précautions à l'égard du soleil, dont la force avait été dissimulée sous la brise balayant le sommet rocheux.
Sur le plan personnel, je cherche à me libérer des contraintes de la compagnie pour m'essayer à des projets me convenant mieux. J'ai commencé en quelque sorte l'étape préliminaire en explorant les possibilités de travailler à partir de Bousra, mais je n'ai pas encore eu le temps de me plonger dans les recherches. J'ai néanmoins quelques pistes que je compte approfondir. Je pense qu'à terme j'envisage plus volontiers un statut d'indépendante, déjà amorcé grâce à la sollicitation de Gigi pour de la traduction. Il faut avouer que l'article pour le Phnom Penh Accueil me conforte dans la voie de l'écriture, même si, pour l'instant, celle-ci semble aléatoire et ardue… si ce n'est pour la diffusion de mon journal à mes lecteurs préférés. J'ai l'impression que je dois réaliser un gros effort sur moi-même pour développer une autodiscipline me permettant de poursuivre des projets à plus long-terme. C'est comme pour l'apprentissage du khmer : je m'y adonne trop irrégulièrement que pour avancer à une cadence soutenue et satisfaisante.
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