A Bousra et vers l’extrême nord est, du 25 décembre 2009 au 1er janvier 2010
C'est sur une période de doute que commence cette nouvelle année. Les fêtes ont été pour nous l'occasion de ressentir intensément notre isolement. Pour moi, l'ennui et la démotivation avaient précédé ce sentiment. Pour Geoffroy, le manque de vie sociale s'est installé comme une ombre au tableau, indélébile. Malgré nos efforts pour rencontrer du monde à Sen Monorom, nous savons désormais que nous n'avons qu'une maigre chance de nouer des relations plus solides que de simples connaissances. Car il n'y a guère plus de dix expats basés dans la ville, et les gens que nous avons rencontrés ne semblent pas socialement très actifs. En tout cas, personne n'organise aucune activité sociale, en raison du nombre insuffisant de participants. Néanmoins, il reste à faire la connaissance de Jack Highwood, jeune Anglais ayant monté un projet qui consiste à organiser des stages pour apprendre à s'occuper des éléphants. Il serait intéressant de le rencontrer.
Malgré cette inactivité ambiante, Geoffroy et moi croisons des personnes venues faire du tourisme dans le Mondolkiri. Ces brefs interludes s'avèrent parfois des moments de socialisation importants. Ainsi, récemment, nous avons hébergé deux Français : Mélanie, orthophoniste basée à Phnom Penh, et Ludovic, menuisier Compagnon de France volontaire dans une école à Kompong Speu, province voisine de Phnom Penh. Ils étaient venus passer deux semaines dans la province. Nous espérons les revoir, soit au cours d'un de nos séjours dans la capitale, soit à l'un de leur passage dans la région. Nous avons également rencontré dans le chef-lieu du Mondolkiri un jeune Anglais, ne sachant quelles études entreprendre de retour au pays, et un natif du Zimbabwe (d'origine indienne je suppose) vivant en Australie. Ceux-ci travaillaient volontairement pendant deux semaines chez Jack Highwood, dans le cadre
de leur tournée en Asie du Sud Est.
Notre Noël s'est déroulé entre nous à la maison. Le sapin et les décorations de Noël, le saumon fumé et la bouteille de champagne, ainsi que les films « La Boum » sur TV5 et « Les Choristes » en DVD composaient la scène du réveillon. Les bouddhistes ne célébrant pas cette fête, seuls les Phnongs convertis au christianisme partageaient cet événement. Nous sommes allés à l'église catholique de Bousra le 25 décembre (jour non-férié au sein de la compagnie) pour nous sentir en communauté, à défaut de se trouver en famille. Nous avons rencontré un prêtre colombien, officiant dans deux villages de la région.
Malgré la « règle » de n'offrir que des cadeaux symboliques (c'est-à-dire non-matériels), Geoffroy m'a offert une guitare. J'ai déjà commencé à apprendre à jouer en consultant des sites internet, mais j'attends impatiemment le livre « Pour les nuls », accompagné du CD, pour progresser. Les sites web constituent un bon moyen à partir du moment où la connexion est assez performante pour visionner les vidéos et télécharger certains outils (accordeur).
Un Noël tout de même pas très réjouissant pour nous, mais je pense que Phnom Penh ne devait pas être des plus animé en cette période. Le Nouvel An khmer ne coïncide pas avec le nôtre et les expatriés pour la plupart étaient probablement rentrés pour les vacances scolaires. Bien sûr, nous aurions pu nous joindre au couple Desmazières dont les deux fils étaient présents, mais il n'était pas prévu que l'on s'absente de Bousra et Noël se fête généralement en famille.
Pour ne pas reproduire la même mésaventure, Geoffroy et moi avions décidé de voyager pendant le long week-end du Nouvel An et découvrir un peu plus le Cambodge – cette fois l'extrême nord-est. Nous avons quitté la maison le jeudi 31 en début d'après-midi. Nous avons parcouru environ quatre heures de route pour atteindre Kratie, chef-lieu de la province du même nom. La ville est le passage obligé des touristes qui se rendent soit au Ratanakiri, soit au Laos. Nous avons rencontré une Italienne qui après avoir passé un mois au Cambodge était en route pour le Laos. Elle nous a dit qu'elle était allée au Mondolkiri où elle s'était enfin sentie au Cambodge ! Car, selon elle, à part les hautes terres du pays, le reste est trop occidentalisé. Apparemment, cette employée d'une agence de voyage cherche l'endroit idéal [suffisamment reculé] pour quitter l'Europe et son mode de vie [frénétique, superficiel ?] et s'installer dans le coin de paradis qu'elle aura choisi. Pour nous qui venions trouver un peu de compagnie, son discours confrontait nos vues, basées sur du vécu.
Nous étions assis sur la berge surplombant le Mékong face à Koh Trong, « imposant banc de sable situé au milieu du fleuve, que l'on peut rejoindre en emportant son vélo » (Lonely Planet). La vue de cette « île rurale » nous a donné l'envie de tenter un jour de la visiter. Nous imaginons volontiers un feu de camp sur la plage – probablement souillée – et une nuit à la belle étoile. Mais point d'interrogation : avec qui partager cette expérience ? Il y a aussi encore les dauphins de l'Irrawady à observer à partir de Kampi, à environ 15 km au nord de Kratie. Bien que le guide touristique présente Kratie comme l'endroit où admirer les plus beaux couchers de soleil du Cambodge, il nous semble que ceux auxquels nous assistons régulièrement dans le Mondolkiri soient plus colorés.
Un homme âgé, coiffé d'un chapeau et parlant français, nous a confirmé que le ciel était obscur ce soir-là. Propriétaire du restaurant Sun Set Bar & Inn, il nous a accosté sur le bord du fleuve et a causé avec nous avant de nous inciter à manger chez lui. Nous nous sommes laissés guider tant nous avions faim. La route nous avait aussi fatigués. Entre deux endroits, nous rentrions à notre hôtel, bien situé, pour nous reposer. Nous sommes allés notamment prendre un verre au restaurant-bar Red Sun Falling, où nous avons salué Tania, Hollandaise propriétaire du restaurant Bananas' à Sen Monorom, venue avec des amis. Nous ne nous sommes pas couchés très tard. J'avais mal à la tête comme assez fréquemment après une route éprouvante.
Le lendemain, vendredi 1er janvier, nous sommes partis après le (petit) déjeuner pour Banlung, chef-lieu de la province du Ratanakiri (signifiant « colline des pierres précieuses »). Nous sommes arrivés à destination après plus de trois heures. La route entre Kratie et O Pong Moan dans la province de Stung Treng est large et goudronnée, tandis que le reste du trajet s'effectue sur une piste poussiéreuse, un peu trop étroite pour dépasser, accidentée et parsemée de petits ponts en bois.
Nous logions à Terres Rouges Lodge, un lieu charmant niché dans un jardin joliment fleuri donnant sur le lac Boeng Kansaign. Les chambres, même standards, sont décorées avec goût et le propriétaire des lieux, apparemment ancien militaire en Indochine, semble être un collectionneur d'art et aimer la chasse. Des chambres sont logées dans une ancienne résidence de gouverneur dont l'étage héberge un élégant salon, parfait pour se détendre. Toutefois, je note quelques points négatifs : le service laisse à désirer, le manque d'attention à l'égard des clients est patent, le tout résultant en un manque d'hospitalité et de netteté déplaisants
aux yeux des visiteurs scrupuleux. De plus, le menu composé de mets européens et khmers affiche des prix plutôt élevés et les tarifs des services (massages et soins) semblent excessifs en comparaison à ceux pratiqués à Phnom Penh.
Après un déjeuner léger, nous sommes partis voir le lac volcanique Boeng Yeak Lom. Lac de cratère, certains pensent qu'il résulte de l'impact d'une météorite. « (…) Le Yeak Lom est un lieu sacré pour les ethnies locales. Leurs légendes évoquent de mystérieuses créatures peuplant les eaux du lac » (LP). L'entrée de cette zone protégée coûte 1 US$ par personne. Geoffroy et moi avons fait le tour du lac mais ne nous sommes pas baignés en raison de la présence d'autres visiteurs. Nous avons préféré plonger dans la piscine du Lodge, remplie d'eau salée et entourée de galets blancs et de végétation luxuriante, créant un cadre empreint d'une tranquillité savoureuse. Cette bénédiction nous a amenés à nous récompenser davantage encore avec un massage aux huiles essentielles de gingembre pour Geoffroy et aux tampons d'herbes chauffés à la vapeur pour moi.
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