
Assise sur le plancher de la terrasse de la maison en bois sur pilotis, je m'apprête à retracer les jours qui se sont écoulés du 14 au 18 juillet. Dans le brouhaha des dernières lueurs du jour, ballet des camions et musique de fond asiatique émanant d'un lieu encore vague à ma connaissance. La vue donne sur une échoppe de légumes où je n'ai pas encore fait un saut. Derrière celle-ci se trouve la maison dans laquelle Geoffroy a logé lors de sa première visite dans le coin. Le village s'appelle Bousra, dont les chutes d'eau (vertigineuses ?) attirent, entre autres, les touristes. Nous sommes dans la province du Mondolkiri (signifiant « rencontre des collines »), à environ sept heures de la capitale cambodgienne, Phnom Penh.
L'itinéraire pour arriver ici fut éreintant. Le 14 juillet, après une nuit très courte, nous avons d'abord pris l'avion décollant de Bruxelles à 7h30. Nous accompagnaient, outre nos bagages, nos deux chiens, placés en soute, et notre chat, avec nous en cabine pour la première partie du trajet. Arrivés à l'aéroport de Rome à 9h40, il a fallu se dépêcher d'enregistrer le chat qui devait voyager en soute de Rome à Phnom Penh (condition de Malaysian Airlines). Le long-courrier décolla à 13h45. Malgré ces complications logistiques, le voyage – d'une durée totale de 22 heures – s'est très bien passé. Nous avons transité par Kuala Lumpur en Malaisie avant de revoir les animaux à Phnom Penh (PP) le 15 juillet à 10h20 (heure locale, GMT+7, soit 5 heures de plus qu'en France et en Belgique à l'heure d'été – 6 heures en hiver). Le détour s'explique par le fait que le petit aérodrome cambodgien ne peut accueillir de gros avions.
Dimitri, consultant, et Saream, assistante du Directeur Administratif, nous attendaient à la sortie de l'aéroport international de PP. Nous sommes d'abord allés déposer les animaux au bureau de SOCFIN-KCD. Puis Geoffroy et moi sommes partis à notre hôtel, le Phnom Penh Hotel, un bon hôtel à moins de 70 dollars la chambre (ça change de Monrovia où les prix ne descendaient pas en-dessous de 100 dollars pour une moindre qualité !). On s'est évidemment reposés, mais seulement deux heures, avant de se sustenter puis d'aller faire quelques courses, accompagnés de Saream. Nous sommes ensuite repassés au bureau nourrir les animaux. On s'est à nouveau reposés (une petite heure). Vers 19h00, Dimitri est venu nous chercher pour manger dans un restaurant. Un autre collègue, Pascal le financier, nous y attendait.
Je ne me souviens pas du nom de ce resto sino-cambodgien. Il est situé à la confluence du Tonlé Sap et du Mékong. La nourriture y est appréciable et les jeunes serveurs sont prévenants (ils resservent constamment à boire !). On a pu s'enivrer de Phnom Penh by night, mais bizarrement on a remarqué l'absence de musique et d'animation dans les rues (différence frappante par rapport aux villes bruyantes que l'on a connues en Afrique). Il ne s'agit peut-être que d'une coïncidence. Il faudra retourner à PP pour vérifier.
Après une nuit – d'une durée insuffisante pour récupérer – et un (petit) déjeuner avec un buffet largement copieux (encore un contraste avec les hôtels de Monrovia), le chauffeur est venu nous chercher à l'hôtel pour aller au bureau avant de prendre la route pour le Mondolkiri. Saream et Dimitri ainsi que Manu (en charge du garage) et sa femme cambodgienne, Tavi (orthographe ?), faisaient aussi partie du voyage. Notre départ fut retardé et notre arrivée à destination fut par conséquent tardive. On a marqué de fréquents arrêts pour abreuver les animaux. La pluie nous a frappés à Snuol lors d'une courte interruption pour sortir les chiens et nous furent trempés. Ah la Mousson ! Ses vents forts charrient des averses torrentielles. Les pluies peuvent être brèves comme durer plusieurs heures. Le terrain devient rapidement boueux et glissant, mais sèche heureusement assez vite.
Le soir même, on a mangé sur la terrasse du bureau. Il y avait une grande tablée. Certains, comme le directeur général et son épouse – en congé en France actuellement, vivent au Cambodge depuis plusieurs années, voire plus d'une décennie dans le cas du DG.
Le vendredi, Geoffroy s'est levé très tôt pour assister à l'appel des travailleurs (6h00), alors que j'en ai profité pour dormir. L'après-midi, je suis allée visiter la plantation avec Geo, le DG et le chef de garage qui se rendait aussi sur les lieux pour la première fois. J'ai trouvé que c'était difficile de se repérer. Concrètement, les équipes sont en train de planter des hévéas (clones) sur la concession. On commence également à construire un village. Des routes ont déjà été créées et des ponts placés. Des forêts sacrées demeurent sur le site tandis que les bois coupés sont andainés (non brûlés) sur les côtés des lignes de plantation où ils se désintégreront en matière organique, favorable à la croissance des arbres à caoutchouc (du nom d'origine précolombienne Cao Tchu : arbre qui pleure).
Une des frontières naturelles de la concession (d'une surface de 10 000 hectares) caresse le pied de la montagne Nam Lyr. A son sommet, on peut, dit-on, admirer sur l'autre versant le Vietnam scintillant. Des rivières coulent sur la zone de plantation. La terre volcanique, de couleur rouge (d'où le nom de la compagnie d'hévéaculture Terres Rouges), y est réputée très fertile. Le peuple Pnong vivant sur ces terres et y cultivant notamment le riz a pu conserver des territoires, enclavés dans la concession. Certains habitants, ayant décidé de céder leurs terres, ont reçu des parcelles destinées à la plantation d'hévéas en double ligne (ils pourront donc planter d'autres cultures pendant la période immature des hévéas) ; ceux-là deviendront planteurs villageois bénéficiant de la proximité d'une usine industrielle pour vendre leur production. D'autres ont choisi de céder leurs terres à la compagnie pour de l'argent.
Le samedi, Geoffroy s'est à nouveau levé très tôt. Quant à moi, je me suis réveillée plus tôt que la veille. L'après-midi, je suis allée avec Geo en plantation. On a parcouru quelques pépinières (il y en a, au total, quatre, réparties sur divers sites !) et des blocs en cours de plantation. C'était très instructif. Un rhume me gênait. J'ai dû l'attraper à cause du chauffe-eau de la douche qui à deux reprises n'a pas fonctionné. Gla gla gla. La salle de bain se trouve dans une extension de la maison, abritée seulement par un toit en tôle laissant s'engouffrer les courants d'air. Il faut savoir que la température ici peut atteindre moins de dix degrés le matin en saison froide.
Petit à petit, on essaye de se familiariser avec la langue khmère. En plus des livres, on devrait bientôt prendre des cours. Le khmer est une langue avec une syntaxe simple (pas de conjugaison, de genre, de nombre, ni d'article) mais avec un vocabulaire vaste et précis.
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