10 novembre 2009

A Bousra, le 5 août 2009



Geoffroy et moi, avec d'autres personnes de SOCFIN, étions invités à une cérémonie phnong. Le groupe des organisateurs, emmenés par la femme du cornac, avait convoqué l'événement après que les bulldozers aient abattu une partie de forêt sacrée. Un mot d'explication concernant les forêts sacrées présentes sur la concession : les Phnongs considèrent que ces repaires abritent des esprits de la nature . La compagnie, soucieuse de respecter la culture des populations locales, a loué les services du cornac qui, monté sur son éléphant et accompagné d'un employé de SOCFIN muni d'un GPS, a tracé les frontières des forêts sacrées. Toutefois, l'une d'elles s'est retrouvée amputée de plusieurs arbres lors du défrichement. Geoffroy impute cette méprise au GPS dont la marge d'erreur serait d'environ 6 mètres. Une autre cérémonie est prévue cette semaine pour apaiser les morts dont les tombes ont été endommagées lors de l'abattage dans un autre bloc.

Pour soulager la colère des Phnongs, la compagnie a offert deux jeunes bufflonnes de couleur noire et un cochon. L'une des bufflonnes et le cochon ont été sacrifiés mercredi. Nous avons vu la bufflonne paître dans un pré avant d'être amenée à la lisière de la forêt pour y être sacrifiée. Un homme a planté à deux reprises une hache artisanale dans la tête du bœuf. Après que l'animal se soit affaissé, un jeune homme, à l'expression triste, a récolté le sang qui coulait de la tête dans une marmite. Le sacrifice fut suivi d'une séance de prière. Un groupe d'hommes et de femmes assis en cercle autour d'un autel sommaire, constitué de tiges de bambou tressées, entonnèrent des incantations. Le linguiste a enregistré les paroles se mêler en une frénésie verbale, a priori insensée. Au milieu d'eux brûlait de l'encens ; un bol de sang complétait l'attirail. La cérémonie se poursuivit par le rituel de boire à la jarre. L'un après l'autre, en commençant par Mr Monnin et en finissant par moi, nous sommes passés à la jarre aspirer par un tuyau l'alcool de riz dans lequel macéraient des feuilles. Le cocktail n'était pas trop fort, sans être excellent. Il n'y a qu'à juger par ma grimace sur la photo. En tout cas, l'homme à côté rigole « à pleine é-dentition ». Puis vint le tour de dépecer le cadavre. Chaque participant phnong reçut son trophée, qu'il s'agisse de jambe, peau, côte, boyaux ou de la tête. Toutes les parties furent emportées, logées dans une remorque tirée par un motoculteur. Pendant ce temps-là, une dame âgée regardait la scène en roulant une cigarette artisanale avec une feuille et une substance inconnue. La cérémonie s'est close avec une séance d'expression des doléances formulées par la femme du cornac, connue pour son caractère rebelle.


L'après-midi, un camion est venu décharger de la latérite à l'entrée de notre jardin. Une niveleuse a ensuite réparti le tas. Il semble que ce soit le chauffeur de Geoffroy qui ait commandé la livraison. Mr Monnin a expliqué que les Cambodgiens considèrent que la maison du boss doit être la plus belle. Evidemment, cette initiative nous arrange puisqu'à chaque forte pluie, la terre devant notre maison se changeait en gadoue.

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